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Troussier : « Le football chinois n’existe pas »

Philippe Troussier

Philippe Troussier - -

L’ancien entraîneur de l’OM dirige le club de Shenzhen depuis l’hiver dernier. S’il n’est pas surpris par le recrutement de stars, à l’image de Shanghai avec Nicolas Anelka, il dresse un constat sans appel du football chinois, largement sous-développé.

Philippe, êtes-vous étonné de l’arrivée de Nicolas Anelka à Shanghai et peut-être d’autres joueurs en Chine ?

Ce n’est pas une surprise. C’est une évolution normale de cette partie du monde, de ce continent, liée à l’aspect économique bien évidemment. La Chine a besoin de créer des impacts pour attirer l’intérêt des médias, des sponsors.

Quel est le niveau du foot chinois ?

Une équipe nationale, c’est le reflet du véritable niveau local. Quand vous regardez les résultats de la Chine, éliminée de la course à la Coupe du monde 2014, et de ses jeunes, éliminés pour les Jeux Olympiques, qui n’apparaissent plus sur la place asiatique... Le football n’existe qu’à travers quatre ou cinq clubs dont les propriétaires achètent cinq joueurs étrangers. Les résultats des équipes chinoises sont liés à 80% à la qualité des étrangers. A partir de là, tout le monde se repose sur leur valeur. On ne se soucie pas du développement du football chinois. Le football chinois n’existe pas en lui-même

Son intérêt est donc très limité…

Quand on est européen, qu’on est habitué à voir du football espagnol, anglais, allemand ou français, un match chinois n’a aucun intérêt. Il y a un grand fossé. Pour le moment, le football chinois ne peut pas être suivi avec assiduité. C’est très clair.

« A la télé, c’est du badminton, du ping-pong… »

Est-il vrai que les clubs ont-ils du mal à payer les joueurs en fin de mois ?

C’est vrai pour la partie chinoise. Les joueurs sont confrontés à ce problème. Ils sont payés, mais en retard. Ils ne bénéficient pas de la même considération. Les étrangers sont par contre payés en temps et en heure. Leurs contrats et leur organisation juridique sont beaucoup plus puissants. Les joueurs chinois le savent. Ils ne font pas plus d’efforts que ça parce que tout repose sur les étrangers. Ça ne permet pas au football chinois de progresser.

Comment le foot chinois peut-il décoller ?

Il n’y a pas de structures pour accueillir les enfants à partir de 7-8 ans. Il n’y a pas de formation. Il n’y a rien au niveau du foot. Le foot est très populaire, mais si on regarde la télé, c’est du badminton, du ping-pong, de la natation et du volley-ball. La Fédération en est consciente. Elle réfléchit sur la manière d’attirer les jeunes au football.