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Comment aborder la bulle au poker?

Valentin Messina

Valentin Messina - -

Comme chaque vendredi, l'émission "Docteur Poker" soigne votre technique. Cette semaine, le joueur professionnel Valentin Messina revient sur un moment délicat à aborder au poker, la bulle.

Définition

Pour tous les joueurs de poker l’arrivée de la bulle lors d’un tournoi représente un instant crucial. C’est en effet le moment où nous allons soit rentrer dans l’argent ou repartir les poches vides. “Faire la bulle” est la chose psychologiquement la plus difficile à supporter au poker. Mais rassurez-vous, tout joueur de poker, même professionnel, a déjà vécu cette situation.

Pourtant, il n’en demeure pas moins la phase de jeu la plus critique du tournoi, celle où de nombreux amateurs prennent peur et perdent leurs moyens. Avec l’expérience il faut apprendre à éviter de paniquer et savoir profiter de ce moment pour exploiter les joueurs victimes de ce genre de faiblesses. Bien entendu, d’un point de vue purement stratégique, cela va dépendre de votre taille de tapis.

Avec un gros tapis

Il est facile de comprendre que c’est la situation idéale pour aborder la bulle. En effet, muni de votre gros tapis vous allez pouvoir mettre une pression énorme sur vos adversaires. Si vous êtes chipleader de votre table, je vous conseille de relancer toutes vos mains, même vos poubelles. Il faut profiter de cette phase pour continuer à monter votre stack afin de mieux aborder l’après bulle et vous donnez le maximum de chances d’aller en table finale et de viser la victoire.

Bien entendu, ne payez pas light vos adversaires shortstack qui vous reviennent dessus à tapis. D’abord parce qu’il est pratiquement sûr qu’ils envoient leurs tapis avec une très bonne main. Mais aussi parce que ce n’est pas spécialement votre intérêt que la bulle éclate. En effet, vous êtes sûr avec votre tapis de rentrer dans l’argent, or plus la bulle dure et plus vous pourrez engranger des jetons sans trop de résistance en gagnant de nombreux pots préflop.

Vos meilleures cibles lors de cette phase sont les tapis moyens. Les shortstacks seront par nature obligés de prendre plus de risque pour espérer doubler. Il y a donc de grandes chances qu’ils ne jettent pas des mains de premiers ordres comme JJ ou AK après votre ouverture. Surtout si ils connaissent votre petit manège, et qu’ils ne sont pas scared money (joueurs pros, businessman…). A contrario les joueurs munis d’un tapis moyens seront beaucoup plus enclin à se coucher suite à votre relance ou votre sur-relance. Ils savent qu’is vont pouvoir rentrer dans l’argent sans trop de mal, ils vont donc souvent faire le dos rond contre vous et éviter de s’attaquer aux gros tapis. N’hésitez pas contre eux à les 3bet énormément, même en étant très light. Attention cependant aux batailles d’égos si vous avez à votre table un autre gros tapis !

Avec un tapis moyen

Avoir un tapis moyen est sans nul doute la situation la plus délicate à jouer à ce moment du tournoi car perdre un pot signifie soit se retrouver “shortstack”, soit sortir du tournoi. Il faut donc être armé de patience et éviter à tout prix les gros tapis et essayer de privilégier les petits tapis en les relançant avec parcimonie pour notamment tenter de voler leurs blinds. Le meilleur conseil est de tout de même jouer serré. Mais si vous décidez de rentrer dans un coup, il vaut mieux doubler d’agressivité et ne pas être timoré.

Avec un petit tapis

Quand vous êtes “shortstacks” avec un tapis entre 10 et 15 blindes vos actions sont très limitées et se réduisent principalement à du “push or fold”. Attention de bien choisir son moment et d’avoir le bon timing pour tout pousser. Privilégiez les mains “premiums” et ciblez les joueurs également “shortstacks”.

Votre but est de doubler pour sortir la tête de l’eau ou espérer qu’un autre short sorte prématurément du tournoi vous permettant de rentrer dans l’argent. Ne soyez pas apeurés et n’hésitez pas à pousser votre tapis contre les ouvertures incessantes des gros tapis. Vous avez encore de la fold equity et le besoin de doubler se fait sentir.

Il vous faudra souvent prendre des risques « mesurés » à part si :

• Vous êtes scared money et que pour vous rentrer dans l’argent est votre unique objectif (par exemple si vous êtes qualifiés pour 100€ et vous vous retrouvez à la bulle du Main Event WSOP et la première place rapporte 20.000$ ce qui représente une somme énorme pour vous).

• Il y a des tapis bien plus petits que le vôtre.

• Vous êtes dans un tournoi satellite.

Quelques conseils à mettre en application

• Surveillez son stack et les changements de blinds. Calculez constamment votre nombre de blinds.

• Observez les adversaires. Ont-ils peur ? Sont-ils scared money ?

• Observez la taille des stacks adverses.

• Gardez un œil sur l’horloge et le compteur. Combien d’éliminations avant l’ITM ?

• Anticipez l’action. Décidez d’abord de la manière dont vous allez jouer votre main.

JS