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Le "donkbet" au poker.

Valentin Messina

Valentin Messina - -

Comme chaque vendredi, l'émission "Docteur Poker" soigne votre technique. Cette semaine, le joueur professionnel Valentin Messina vous décrypte le "donkbet".

Qu’est-ce qu’un donkbet ?

Le donkbet est une mise effectuée par un joueur (généralement au flop) alors que ce dernier n'a pas l'initiative (c'est-à-dire qu'il n'est pas le dernier relanceur préflop).

Exemple : Le premier joueur relance préflop et n'est suivi que par un joueur de blind. Au flop, le joueur de blind parle en premier et mise : il fait un donkbet.

Le donkbet vu par les fishs.

Généralement le donkbet est un move qui s’apparente à un move de fish, d’où l’appellation de « donkbet » ou « mise d’âne ».

En effet, par expérience, ce move est très souvent un signe de faiblesse et une tentative désespérée de s’emparer du pot immédiatement. Les joueurs qui font cela payent souvent des relances pré-flop avec une grande variété de mains et sur-relancent rarement pré-flop. Leur jeu est habituellement très passif et c'est souvent leur façon de voler un pot avec une main faible. Les grosses mises sont trop risquées aux yeux de ces joueurs. Suivre un continuation bet leur semble également trop coûteux alors miser frontalement pour voler le pot leur parait être une bonne solution. Souvent, ce type de joueurs font un donkbet en misant petit au flop (mini-donkbet).

La plupart du temps les joueurs faibles font un donkbet avec une main faible ou moyenne du type top paire/mauvais kicker, 2ème paire ou avec air soit pour arracher le coup soit pour situer leur main.

Face à ce type de joueurs, vous remporterez très souvent le pot en relançant au flop même avec rien en main.

Exemple : Vous relancez AK au bouton à 500 sur des blinds 100/200 et le joueur en BB call. Sur le flop 952 vous faîtes face à un donkbet à 300 dans un pot de 1100. Vous relancez à 900 avec vos deux overcards et votre adversaire jette sa main vous laissant ramasser le pot.

Le donkbet vu par les sharks.

Ce move est vu comme un aveu de faiblesse, mais attention, lorsqu’un pro emploie cette arme c’est souvent dans un but bien précis.

En effet, le donkbet peut être redoutable dans certaines situations particulières. Le secret est de savoir l’employer à bon escient. Un bon joueur, afin de rester illisible, fera en sorte d’équilibrer sa range de donkbet en la mixant entre des mains faites comme top paire, des mains monstrueuses (brelan ou deux paires), des gros tirages ou parfois de purs bluffs.

Exemple 1 : Dans un pot à 4 joueurs vous avez défendu 44 en BB. Sur le flop 346hh vous décidez de donkbet et de miser frontalement 2/3 du pot. Ce move ici a plusieurs intérêts :

• vous camouflez la force de votre main représentant plutôt une main à tirage,

• vous protégez votre main en cas de check collectif sur ce flop très riche,

• vous faîtes gonfler le pot,

• vous pouvez induire un raise adverse.

Evidemment vous pourrez, dans un coup similaire, faire la même chose avec un gros tirage du type A5hh.

Exemple 2 : Vous avez défendu votre BB avec AT et le flop est J97. C’est un bon flop ici pour donkbet car :

• vous avez de l’équité avec un tirage quinte par le ventre,

• ce flop est censé toucher plus votre range de mains en défense de blinds,

• vous pouvez jouer de manière très agressive avec un 3bet sur la relance éventuelle de votre adversaire,

• vous pouvez toujours second barrel selon la turn si vous êtes payés.

Enfin, dans certains cas le donkbet peut faire office « d’effet de levier » induisant un raise adverse, vous laissant la place de faire tapis.

Exemple : J’ai personnellement utilisé le donkbet dans cette main que j’ai disputée au Marrakech Poker Open face à Philippe Ktorza. En effet, ce dernier a relancé préflop en début de parole. Muni de 35bb, j’ai défendu ma grosse blind en payant simplement avec KQhh. Sur le flop 9T5hh cinq options s’offraient à moi :

• check/fold : une option trop faible à mon goût avec mes deux overcards et mon tirage flush+gutshot

• check/call : une possibilité, surtout au vu de ma profondeur de tapis,

• check/raise à tapis : une autre option possible mais dans ce cas particulier, j’ai trop de jetons pour pouvoir check/raise. Je serais assez face-up représentant souvent un gros tirage,

• check/raise : autre option possible, mais personnellement en semi-bluff je préfère être celui qui met la pression en faisant tapis et non payé un tapis. Or ici si je check/raise Philippe Ktorza a encore la place de faire tapis,

• donkbet : la meilleure solution selon moi dans cette configuration.

Pourquoi ? Tout simplement parce que mon donkbet risque d’être vu comme un aveu de faiblesse et Philippe Ktorza peut très bien me raise en bluff. Je pourrais donc éventuellement prendre une mise supplémentaire. De plus, si ce dernier raise sur mon donkbet, désormais j’aurais le stack parfait pour faire tapis.

Dans les faits, j’ai donkbet environ 3bb dans un pot de 6bb. Philippe Ktorza a raise 9bb, me permettant de faire tapis de mes 30bb restantes, ce qui aura eu pour effet de faire fold mon adversaire. Si j’avais été payé j’avais encore de grandes chances de remporter le coup avec mes nombreux outs.

Conclusion.

A vous de savoir bien identifier qui réalise un donkbet et quel est le but escompté. Est-ce un joueur amateur ? Un professionnel ? Une fois cette question résolue, à vous d’aviser en conséquence et d’opter pour la meilleure stratégie à adopter.

VM et JS