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Attentats de Paris - Rémi Bonfils: "C’était l’horreur, une scène de guerre"

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Invité de Direct Laporte, ce lundi sur RMC, Rémi Bonfils a raconté comment il a échappé aux balles des terroristes vendredi soir, dans le 10e arrondissement de Paris. Avant de se faire opérer de l’épaule pour une blessure datant d’avant les évènements, le joueur du Stade Français relate l’horreur.

« J’ai tissé des liens d’amitié avec une bande de potes, on se voit assez régulièrement sur Paris. Comme je me suis blessé à l’épaule, j’avais le week-end de libre. J’ai un de mes amis qui vit en Autriche qui venait en France pour nous voir. J’habite au pied de l’hôpital Saint-Louis. Depuis longtemps, je mange au Petit Cambodge très souvent. Cette place, je la connais bien. On avait réservé une table en face du Petit Cambodge et du Carillon et en attendant, avec les copains, on s’est retrouvé pour boire des coups sur la place, où il y a beaucoup de monde.

On passait un bon moment. Et, sortis de nulle part, on ne comprend pas trop ce qu’il se passe, ça commence à tirer de partout. On voit des éclats de balles, des gens qui tirent, des gens qui tombent. On ne comprend pas trop. On part en courant, ça continue à tirer, il y a des gens à côté qui prennent des éclats de balles.

« Du sang de partout »

On arrive vers le canal Saint-Martin. On était cinq et on se rend compte qu’on n’est plus que quatre, qu’il y en a un qui n’est pas là. On essaie de l’appeler tout de suite. En fait, il était resté un peu plus haut dans la rue parce qu’il y avait une fille qui galérait un peu. Il l’a prise et ils se sont mis dans le renfoncement d’un immeuble juste à côté. Je suis parti le récupérer sur la place. J’ai retrouvé mon pote. Ce n’était pas la meilleure idée. On est arrivés tous les deux sur la place et c’était l’horreur, une scène de guerre : il y avait des gens partout, du sang partout, des impacts de balles partout. Les gens qui étaient assis à table autour de nous n’étaient pas dans un bon état pour la plupart. Après coup, j’ai pris mes copains et on s’est réfugiés chez moi pour la nuit. On a marché une dizaine de minutes et on est rentrés.

Un miracle ? Nous on pense à tous ceux qui étaient à côté de nous, qui n’ont pas eu la même chance que nous. C’est très personnel mais on n’a pas trop la réaction de penser qu’on est des miraculés, on pense surtout aux gens qui y sont restés. On n’a pas trop envie d’en parler. On en parle parce que ça fait partie du truc. Aujourd’hui, avec mes amis, on s’est rendus à l’Hôtel Dieu pour voir une psychiatre et commencer à en parler ensemble. On verra par la suite ce qu’on fera.

« Ne pas arrêter de vivre ni faire le pain de ces gens-là »

Au Stade Français, je suis un des seuls à habiter dans Paris intra-muros. Ça fait longtemps que je leur dis "venez manger au Petit Cambodge, ils ont les meilleurs Bo-bun de Paris". Donc quand ils ont entendu le nom Petit Cambodge, ils se sont tous inquiétés. Jules Plisson m’a appelé rapidement, il a vite compris que ça n’allait pas trop. Et après les nouvelles vont vite, tous mes copains du Stade Français étaient au courant et m’ont tous envoyé des messages.

J’ai eu pas mal de témoignages de sympathie, ça fait chaud au cœur. Malheureusement, un membre du staff a un membre de sa famille qui n’a pas eu la même chance, donc on a tous une pensée pour lui. Je serai présent dimanche à Jean-Bouin pour le match Stade Français-Munster. Comme les gens disent, même si on a peur, il ne faut pas arrêter de vivre ni faire le pain de ces gens-là en restant cloîtrés. »

Bonfils donne des nouvelles de Barraud

Rémi Bonfils a donné des nouvelles d’Aristide Barraud, ancien joueur du Stade Français, blessé dans les attentats de vendredi et dont les jours ne sont plus en danger : « Je connais très bien Aristide Barraud et j’ai d’ailleurs un mot pour lui et tous ses proches. Je suis passé le voir aujourd’hui à l’hôpital Saint-Louis. Il est en service de réanimation, il a été touché et visiblement été touché et ça a perforé le poumon. Il récupère, ils l’ont opéré avec succès. On pourra le voir directement dans les jours qui viennent. »