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La Rochelle: "L’UBB ? On ne se déteste pas mais il y a un peu de jalousie", assure Atonio

Brillant pour son retour avec le Stade Rochelais samedi face au Racing (19-0), le "Chelemard" Uini Atonio attend avec impatience les trois confrontations à venir face à l’UBB, en Top 14 puis en 1/8e de finale de Champions Cup. A tout juste 32 ans, le pilier droit international voit La Rochelle jouer encore les premiers rôles cette saison. Il se confie à RMC Sport.

Uini, un grand Chelem en tant que titulaire avec les Bleus, suivi d’une victoire face au Racing, il devait y avoir la cerise sur votre gâteau d’anniversaire, samedi…

Franchement pas mal, hein. J’ai retrouvé les copains après huit semaines. Avant de partir, on a perdu contre Montpellier ensemble. Là, tu les retrouves et tu mets 19-0 au Racing, dans un match aussi important pour le club. Ça fait vraiment plaisir. C’est la cerise sur le gâteau, comme vous dites. Après, le match, j’étais mâché. J’ai bu deux trois coups, je suis rentré vite fait à la maison. C’était l’anniversaire de ma fille la semaine précédente et je n’étais pas là. Du coup, on a fait le gâteau ensemble, elle était contente.

Comment abordez-vous ce triptyque à venir contre l’UBB ?

C’est bizarre. C’est du jamais vu. En tout cas, je n’ai jamais joué trois fois de suite la même équipe. En plus, c’est une équipe de haut de tableau. Ça risque d’être des matchs très très durs. Aborder trois fois un match contre la même équipe, je ne sais pas si on va utiliser trois fois la même formule (sourire). Pour nous, c’est nouveau. On verra bien le premier match. Les deux équipes auront à cœur de faire un bon match, surtout nous pour la 300e de Saze (Romain Sazy a disputé face au Racing son 299e match sous le maillot rochelais, ndlr). On va tous attaquer à fond.

Alors, "derby de l’Atlantique" ou pas derby ?

Pfff… Je ne sais pas, en fait. Beaucoup de monde annonce un derby. Mais ce n’est pas non plus Biarritz-Bayonne, Stade Français-Racing. Je ne sais pas…

Quoi qu’il en soit, la rivalité semble monter d’un cran supplémentaire chaque saison ?

Oui car les parcours sont à peu près similaires. Ils ont fait les phases finales de Top 14 et de coupe d’Europe, comme nous la saison dernière. Ça fait quelques années que la rivalité s’installe. Avant, à part Pau, il n’y avait pas une équipe proche de nous contre laquelle on rivalisait. Avec Bordeaux, on ne se déteste pas mais il y a un peu de jalousie à l’idée de savoir qui peut être le meilleur.

" Quand on est 1er ou 2e avec plusieurs points d’avance à la fin de l’année, on n’a rien, on ne gagne rien… Je pense que, aujourd’hui, d’être 4e, c’est le mieux pour nous. Là, on a un peu le feu au cul, il faut se bouger"

Vous avez forcement dû en parler avec Maxime Lucu et Cameron Woki à Marcoussis…

C’est plutôt moi qui mets des pièces tout le temps, depuis huit semaines ! Même avec Matthieu Jalibert. Depuis que l’on sait que l’on va jouer contre eux ce match aller-retour en Champions Cup, à chaque fois, je lance "Attention, attention !". Mais ça reste bon enfant. S’ils peuvent nous battre, ils le feront avec grand plaisir. Ces garçons aiment gagner. Cette semaine, ça va piquer !

Vous avez stoppé les chambrages ?

Non, je continue ! Maxime et "Cam" m’ont souhaité mon anniversaire samedi, je leur ai envoyé "A la semaine prochaine !", avec des poings (émoticônes). Ça les fait rire. Ce sont vraiment des bons mecs, des copains en équipe de France.

L’UBB vous réussit plutôt bien ces dernières saisons…

Ouais… Faut pas parler trop vite. Des fois, les stats, ça peut faire monter la tête. Il faut se méfier. S’ils sont en haut de tableau, ce n’est pas par hasard. Quand tu vois leurs internationaux, leur potentiel, l’expérience de Lamerat et Picamoles… Ils jouent bien au rugby, ils gagnent un peu partout. Très bonne mêlée, touche. Très bons leaders de jeu qui portent leur équipe.

Au fond de vous, pensez-vous que La Rochelle, moins impressionnante que la saison dernière jusqu’ici, peut refaire le coup en coupe d’Europe comme en Top 14 ?

D’expérience avec La Rochelle… A chaque fois, soit on est premier, soit milieu de tableau. Quand on est premier ou deuxième avec plusieurs points d’avance, à la fin de l’année, on n’a rien, on ne gagne rien… Je pense que, aujourd’hui, être 4e, c’est le mieux pour nous. Là, on a un peu le feu au cul, il faut se bouger. C’est bien parce que ça nous met un peu de pression. Notre équipe a besoin de ça. Il doit rester sept équipes pour quatre places en Top 14. Ça nous oblige à rester debout. On verra, mais je pense que ça va être une bonne année.

Le niveau actuel est-il "suffisant" pour taper de nouveau un très grand d’Europe, à l’image du Leinster la saison dernière en demi-finale de Champions Cup ?

Peut-être. Quand tu vois le match face au Racing, certes, ce n’était pas le plus spectaculaire. Mais devant, et derrière en défense, ça tapait ! Quand tu mets 19-0 à une équipe capable de gagner partout, ça fait plaisir. En défense, mêlée, touche, ballons portés, c’était vraiment un défi qu’on n’avait pas relevé depuis un moment.

Ça vous agace d’entendre parler régulièrement de "saison de transition" ?

C’est souvent les gens qui ne jouent pas au rugby qui lancent des trucs comme ça. Transition, oui, peut-être mais on a quasiment la même équipe que la saison dernière. Du coup, non, tu ne peux pas avoir une saison de transition. Après, si cette année on ne réussit pas, oui, on pourra dire qu’avec toutes les arrivées prévues pour la saison prochaine, on était sur une transition.

"Si je suis N°1 en Bleu ? Non… Bamba, je trouve qu’il est très très fort, il incarne le futur de l’équipe de France. Il reste un an et demi avant la coupe du monde 2023 et tout peut changer"

Justement, elle vous fait saliver l’armada que concocte le Stade rochelais ?

Ça me fait plaisir ! Depuis des années, on n’arrive pas à attirer des jeunes français. Quand tu vois des noms comme Hastoy, Tanga, Colombe, Paiva, ce sont des très bons joueurs de rugby français. Des joueurs capables d’être demain en équipe de France. Ces jeunes attirés par La Rochelle arrivent non pas pour relancer leur carrière mais pour continuer à progresser, ça fait plaisir. La Rochelle était une toute petite équipe jusqu’à il y a encore deux ou trois ans, où l’on a vraiment commencé à jouer avec les grands. Pour les supporters, l’équipe, le club, ça va faire du bien de prendre autant de talents et les ajouter à ceux qu’on a déjà.

Pour rebondir sur votre expression, vous aussi, personnellement, vous jouez avec les grands. Installé comme premier choix au poste de pilier droit, en Bleu…

Si je suis N°1 ? Non… Bamba, je trouve qu’il est très très fort, il incarne le futur de l’équipe de France. Il reste un an et demi avant la coupe du monde 2023 et tout peut changer. On ne sait jamais. Pendant cinq-six matchs, j’étais titulaire. Pour le prochain tournoi des 6 Nations, ce sera peut-être quelqu’un d’autre. Je suis content mais il ne faut jamais rester dans sa zone de confort. Surtout en équipe de France, ça va tellement vite, on ne peut jamais savoir ce qui peut se passer dans l’avenir.

Vous prouvez quand même, malgré ce qui a pu être dit sur votre gabarit par le passé, que vous maîtrisez les standards internationaux….

Les standards changent tous les ans. Une année, ce sont les mecs qui courent. Celle d’après, ceux qui font les mêlées. Puis ceux qui plaquent. Il faut juste s’adapter par rapport à ce que proposent les autres équipes.

2023, vous n’y pensez vraiment pas ?

Pour le moment, non. Quand tu vois qu’il y a potentiellement cinq ou six droitiers qui peuvent prendre cette place, ça reste toujours dans la tête mais pas plus que ça.

En début de saison, votre manager à La Rochelle Ronan O’Gara disait de vous que vous êtes "peut-être la clé pour que la France gagne la coupe du Monde". Flatteur…

Il est ambitieux, très ambitieux. C’est Ronan O’Gara (sourire)

JFP