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Boxe: "Attendre septembre sera très, très compliqué" estime Asloum, promoteur au timing serré

Comme tous les sports, la boxe est touchée de plein fouet par la pandémie de Covid-19 et se retrouve à l’arrêt depuis plusieurs semaines. Promoteur de soirées via Asloum Event, Brahim Asloum confie les difficultés à faire face à une telle crise. Si sa priorité va à la sécurité sanitaire pour les athlètes comme pour tous, et donc à ne pas reprendre sans conditions préalables réunies, l’ancien champion olympique se retrouve dans un timing très serré pour garder sa société à flot. Entretien.

Brahim, toutes vos activités de promoteur sont-elles à l’arrêt depuis le début de cette crise sanitaire?

Oui. Il n’y a rien de faisable et on n’a pour l’instant pas de perspectives concrètes. La seule chose qui se passe, ce sont des discussions avec d’autres promoteurs et les fédérations internationales pour de futurs combats. Mais c’est tout. Personne ne sait exactement. Tout le monde essaie de se positionner et d’être opérationnel dès qu’on aura le feu vert sanitaire. C’est pareil pour mes athlètes. La seule chose que je leur ai dite, c’est : «Entraînez-vous et tenez-vous prêts car il faudra l’être dès que ça redémarre». 

Un esprit "ne lâchez pas" essentiel en cette période de confinement...

A partir du moment où on aura une date, il faut qu’ils soient prêts car il faudra saisir les opportunités et ne pas attendre. Là, on est à l’arrêt. Celui n’est pas en forme à la reprise mettra encore plus de temps avant de boxer, d’autant plus que tout le monde voudra monter sur le ring. Je leur ai donc dit de s’entraîner, de se tenir prêt, et c’est ce qu’ils font.

Ces derniers jours, des témoignages de sportifs de différentes disciplines flirtant avec la dépression pendant cette crise ont fleuri. Avez-vous eu des craintes pour les athlètes dont vous êtes le promoteur?

On se pose tous la question, clairement. Le seul petit avantage de la boxe, c’est qu’ils ont l’habitude de se faire mal pour évacuer. Taper sur un sac, par exemple, ça permet d’extérioriser. C’est plus simple via notre pratique. Là, ça permet aussi à ceux qui sont blessés de se rétablir au maximum, de faire du renforcement, de revenir sur les aspects tactique et technique. Et les autres peuvent encore travailler leur physique.

Vous disiez que tout le monde allait vouloir vite monter sur le ring à la reprise. L’organisation de tout cela ne sera pas simple, non?

En effet. Vous imaginez bien... Déjà, en temps normal, il n’y a pas tant de combats que ça. Ceux qui malheureusement ne sont pas avec un promoteur ne seront pas les premiers servis. Et celui qui est avec un promoteur aura intérêt à être prêt car s’il ne l’est pas... Il me reste trois réunions à fournir à RMC Sport cette année. Plus ça avancera, plus ce sera short en timing. Et moins je pouvoir laisser du temps à mes athlètes pour pouvoir récupérer et faire un autre combat. On ne sait pas comment ça va se passer. On va déjà voir si on peut faire un huis clos fin juin, si toutes conditions sanitaires le permettent bien sûr car je ne suis pas là pour faire boxer mes athlètes coûte que coûte. Sinon, ça peut être début août... Je ne sais pas. Tant qu’on n’a pas le feu vert sanitaire, il est logiquement impossible de prévoir quelque chose.

Certaines voix s’élèvent contre le huis clos comme solution pour reprendre le sport, avec l’argument d’un spectacle dénaturé. L’idée vous dérange-t-elle si cela permet de respecter des conditions sanitaires fixées et de reprendre?

Non. La priorité, ça reste les athlètes. Leur santé d’abord. Mais ensuite, ils ont besoin de boxer. Le huis clos est peut-être un peu moins gênant pour nous. C’est toujours mieux quand il y a de l’ambiance, c’est sûr, mais s’il faut en passer par là, on le fera. On est prêt. Si les conditions sanitaires sont remplies et que RMC Sport me dit qu’on peut faire une soirée fin juin à huis clos, je la fais.

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Si les conditions sanitaires sont réunies et la permettent, une soirée à huis clos est-elle viable économiquement pour votre société?

Malheureusement, mais c’est un avantage pour ça, on ne vit pas de la billetterie, même s’il y en a bien sûr un minimum. En fait, ça t’oblige à enlever deux ou trois combats. Au lieu d’en faire huit, tu vas en faire cinq. Mais on est moins affectés que certaines autres disciplines.

Il vous reste trois événements à fournir à RMC Sport en 2020. Avez-vous une limite de timing de reprise après laquelle organiser trois événements d’ici la fin d’année sera compliqué?

Pour l’instant, je ne me pose pas cette question. Pour moi, le pire des scénarios est d’organiser une soirée au mois d’août, une en octobre et une en décembre, ce qui est très proche. L’idéal, et je répète bien que ce sont les conditions sanitaires qui en décideront, ce serait une fin juin, une en août et une en décembre. Cela permettrait de rééquilibrer le planning et de laisser deux mois entre chacun des événements. Si j’ai moins de deux mois entre les événements, les boxeurs qui sont en contrat comme Mathieu (Bauderlique) ou Yvan (Mendy), ils ne peuvent pas enchaîner, surtout s’il y a une blessure.

Cette crise partie pour durer a vraiment démarré dans le sport il y a moins de deux mois. Pour une structure comme Asloum Event, un tel arrêt est-il déjà très problématique sur le plan financier?

Il l’est, oui. Et ça le sera encore plus si je ne programme pas un show prochainement. Je ne peux pas attendre septembre par exemple. Ce sera très, très compliqué. Mon dernier délai est cet été. 

Sorti des plus gros promoteurs, le milieu de la boxe voit souvent les petites structures s’en sortir avec difficulté. Beaucoup peuvent-elles risquer de disparaître si la reprise n’est pas possible avant longtemps?

Bien sûr. Dans l’événementiel, c’est dur d’avoir de la trésorerie. Et c’est ça qui pose problème. Les charges sont repoussées, certes, mais quand tu es short en trésorerie, ce n’est pas évident. Personne ne vient taper à ta porte.

Comme beaucoup de sports, la boxe est une discipline ou insérer de la distanciation sociale dans la pratique peut se révéler très compliqué. Imaginez-vous des choses différentes sur ce plan désormais, au moins dans un premier temps?

Pas vraiment. Mais avant que les athlètes ne reprennent, on leur demandera un test qui montre soit qu’ils l’ont attrapé et qu’ils sont immunisés, et ça personne ne le sait au final, soit qu’ils sont négatifs. J’attends de voir ce que le gouvernement va décider, si on va en savoir un peu plus, et en fonction de ça, on fera les tests pouvant nous garantir sur les boxeurs peuvent s’entraîner et faire du sparring. 

Alexandre HERBINET (@LexaB)