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La balance, le pire adversaire des combattants de MMA

Conor McGregor quand il évoluait encore chez les plumes de l'UFC en décembre 2015

Conor McGregor quand il évoluait encore chez les plumes de l'UFC en décembre 2015 - DR

DANS L’ASSIETTE DES ATHLETES (1\/5). Toute la semaine, RMC Sport vous propose une série sur les habitudes alimentaires des sportifs de haut niveau et la recherche permanente du kilo en moins ou en plus. Ce lundi, focus sur Taylor Lapilus, combattant français de MMA passé par l’UFC, qui doit perdre douze kilos avant de monter dans l’Octogone. Et qui nous plonge en détails dans l’enfer du "cutting", perte rapide des derniers kilos à se délester bien connue dans le monde des sports de combat.

Elle est sans doute la combattante la plus sauvage de l’histoire du MMA féminin. Championne dans quatre organisations majeures, UFC, Bellator, Strikeforce et Invicta, une grande première, Cristiane "Cyborg" Justino a bâti son palmarès avec des KO plus furieux les uns que les autres. Mais face à la balance, elle devient une petite chose fragile. Au fil des années, plusieurs vidéos ont enregistré les difficultés de la Brésilienne face aux efforts à consentir pour "faire le poids" dans sa catégorie, et particulièrement face au "cutting", "dernière phase du régime qui consiste à perdre de l’eau très vite" (et ainsi les derniers kilos nécessaires) "pour ensuite pouvoir la recharger rapidement" dixit le combattant français Taylor Lapilus. Des images choc sur lesquelles on peut voir la guerrière en pleurs et en train de prier dans un bain chaud, en plein supplice – parfois difficile à regarder – pour se soustraire de la "surcharge" pondérale avant la pesée. 

Près de douze kilos perdus en... "deux-trois jours"

Celles de l’émission Outside The Lines, qui lui avait consacré un reportage autour de ce thème sur ESPN en décembre 2016, font froid dans le dos. A l’époque, l’UFC a enfin offert sa chance à Cyborg mais à 63,5 kilos et non 65,7 kilos comme elle en a l’habitude. Résultat? La perte de poids totale, 18,1 kilos soit 22,2% de sa masse corporelle, est un calvaire sur la fin. Pour affronter Lina Lansberg à l’UFC Fight Night 95, en septembre 2016, elle avoue avoir "cutté" 11,8 kilos en "deux-trois jours"! Une expérience extrême qui se terminera à l’hôpital car son sang était devenu trop épais en raison d’une déshydratation trop poussée. "C’est le vrai combat", avoue-t-elle à la chaîne américaine. Celle qui a été prise par la patrouille antidopage pour un stéroïde anabolisant en 2011 avant d’expliquer avoir utilisé ce produit "pour perdre du poids", a tout résumé.

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"Cyborg" après un cutting pour descendre à 140 pounds en 2016
"Cyborg" après un cutting pour descendre à 140 pounds en 2016 © DR

Si le cutting fait partie intégrante des sports de combat, ses dérives alimentent trop souvent la chronique. Alors que les spécialistes précisent que tout cutting basé sur l’hydratation de plus de 5% de sa masse corporelle est "dangereux pour la santé", ce qui équivaudrait à ne pas perdre plus de... 3,6 kilos pour Cyborg, une vidéo de la chaîne YouTube MMA On Point recense les statistiques de perte de poids pour une trentaine de combattants, dont certaines des plus grandes stars de l’histoire de l’UFC.

Pour un constat implacable: tous, à l’exception de la légende Georges St-Pierre, perdent au moins une dizaine de kilos et plus de 10% de leurs poids "normal" lors de leur régime (pas seulement le cutting, donc) pour atteindre leur catégorie. On peut citer, parmi de nombreux autres, l’exemple du Brésilien Jose Aldo, ancien roi des plumes qui va affronter Henry Cejudo le 9 mai à Sao Paulo lors de l’UFC 250 pour le titre des coqs, catégorie où il vient d’arriver et pour laquelle il perd environ 15,8 kilos et 20% de sa masse corporelle. 

"Avoir six kilos à perdre maximum à une semaine du combat"

On peut se souvenir du sculptural Anthony Johnson, qui perdait jusqu’à 22,6 kilos et 22,7% de son poids total pour combattre chez les welters. Avant d’affronter Dan Hardy en mars 2011, monté à 104 kilos sur la balance en raison d’une opération au genou, il avait même perdu pas loin de 30 kilos pour pouvoir combattre. Impossible d’oublier non plus le Brésilien Gleison Tibau, qui est allé jusqu'à se délester de... 29,9 kilos soit 29,9% de sa masse pour se mesurer aux légers à l’UFC! Et si l'on parle juste cutting, Kevin Lee a par exemple expliqué avoir perdu 8,8 kilos en moins d’une journée (!) avant l’UFC 216. Malheureusement pas un cas unique.

Mais au fait, pourquoi s’imposer tout ça? Pour glaner un avantage, bien sûr. "En moyenne, chaque athlète est dix kilos en-dessous de son poids naturel. Le rapport poids-puissance est beaucoup plus intéressant pour moi dans ma division que si je devais monter", admet Taylor Lapilus, 27 ans, combattant d’expérience (16-3 en carrière professionnelle) passé par l’UFC, où le milieu du MMA tricolore espère vite le voir revenir.

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Celui qui a remporté des ceintures au GMC et au TKO a accepté de jouer au grand témoin pour nous plonger dans l’enfer du cutting et de tous les efforts consentis pour alléger son corps avant la pesée. Encadré par un diététicien qui le suit de façon de plus en plus intense lorsque combat approche, Lapilus doit couper environ 17% de sa masse corporelle sur son régime global pour combattre. "Hors compétition, ce matin par exemple, mon poids est à 73,6 kilos, expliquait-il à RMC Sport il y a quelques jours. Mon poids de compétition est 61,2 kilos. Je perds donc douze bons kilos. Ce qu’on essaie de faire, c’est d’avoir six kilos à perdre maximum à une semaine du combat." 

Honnête, Taylor avoue être "gourmand" et manger "ce (qu’il) veu(t), comme un adolescent" en dehors de ses camps de préparation, comme "quasi tous les combattants" qu’il connaît. De quoi se porter bien. "Si tu passes à la salle au hasard et que tu demandes aux mecs qui ne sont pas en préparation de combat combien ils pèsent, tout le monde est embarrassé, s’amuse-t-il. Et tu peux rajouter en moyenne 500 à 600 grammes à leur réponse, et même 1,5 kilo pour certains."

Bonnes calories

Entamer le régime passe donc d’abord par "couper ces mauvaises habitudes, arrêter de boire des sodas et de manger n’importe quoi". "Juste avec ça, je perds deux kilos facile, sans rien faire, et ensuite je peux commencer la diète. Au début, c’est grand luxe, tu manges un peu de tout, c’est varié, tu as le droit à plein de choses comme mettre de l’huile, détaille Lapilus, qui a appris à mieux cuisiner avec le temps et se débrouille sans chef. Et plus on se rapproche du combat, plus c’est restrictif dans les quantités comme dans ce que tu as le droit de manger. Dans mon régime, je vais avoir des choses qui contiennent des calories mais de bonnes calories, de bonnes graisses, assez saines, comme du beurre de cacahuète, des amandes ou de l’avocat. Je vais aussi limiter les glucides, tout ce qui va être sucres lents, pâtes, riz, graines et blé, mais tout de même continuer à en consommer car j’ai besoin de cette énergie pour pouvoir continuer à m’entraîner." 

Surhydratation et déshydratation, bain chaud et sauna

Son diététicien va aussi surveiller la fréquence de ses passages... aux toilettes. "L’une des problématiques du régime est que tu y vas moins car tu as moins de déchets à éliminer", précise notre témoin. Mais pour compenser, on boit beaucoup, "2,5 ou 3 litres par jour", car une bonne hydratation "va t’aider à perdre du poids". Voilà pour la partie régime, plus longue mais moins intense que la course contre la montre et les kilos des derniers jours avant le combat. "Une semaine avant, voire un peu plus selon le poids que j’ai à perdre, je vais commencer une surhydratation, c’est-à-dire que je vais boire plus qu’à l’accoutumée, autour de 5 ou 5,5 litres par jour, décrit Lapilus. Là, mon corps va vouloir éliminer ce trop-plein d’eau et je vais aller beaucoup aux toilettes. Et quand je vais rentrer dans la semaine du combat, mon corps qui a pris l’habitude d’éliminer l’eau en trop ne va pas comprendre que je suis passé de 5 à 3 litres et va continuer d’éliminer l’eau. Ensuite, je vais passer de 3 à 1 litre, et encore. Et environ trois jours avant le combat, je vais couper le sel et ne quasiment plus me nourrir sauf de protéines et un peu de glucides, avec aussi un petit peu de graisse, comme par exemple une cuillère à café de beurre de cacahuète ou quelques amandes."

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Le Français Taylor Lapilus lors d'une pesée à l'UFC
Le Français Taylor Lapilus lors d'une pesée à l'UFC © DR

Le poids se perd alors "vite". Mais la mission est loin d’être terminée. "Les données varient énormément d’une personne à l’autre, certains perdent plus en cutting, d’autres plus en régime, rappelle notre témoin. Dans mon cas, à la veille de la pesée, j’ai en général entre 2 et 2,5 kilos à perdre." Il faut alors entamer le processus qui rend fou et vous donne envie de faire autre chose: le fameux cutting. "Si la pesée est le vendredi matin, comme à l’UFC, je ne bois plus le jeudi, c’est-à-dire juste pour que ma bouche ne soit pas sèche ou pâteuse. Je vais aussi très, très peu me nourrir. Par exemple, je vais manger un peu le matin, et le reste de la journée je vais juste consommer des amandes ou des petits trucs comme ça. Ensuite, avant d’aller me coucher, je vais faire un premier bain chaud. Le principe est simple: il faut s’immerger à peu près jusqu’aux épaules dans de l’eau chaude et se mettre à transpirer pour perdre de l’eau et donc du poids. Personnellement, je perds plus facilement quand je fais un premier bain chaud la veille que quand je commence le cutting le matin. Grâce à ça, je lâche 600 grammes. Ensuite, je continue à suer pendant la nuit et je perds le reste le matin." 

"J'ai porté une tenue de sudation dans le sauna tout en faisant du shadow"

Retour dans le bain chaud, ou au sauna pour alterner les plaisirs. "La différence entre les deux, c’est que tu perds plus vite avec le bain, car tout ton corps est immergé, mais par contre c’est plus dur à encaisser, psychologiquement comme physiquement", explique le combattant français. Au maximum, Taylor a perdu 4,2 kilos – "J’étais beaucoup trop lourd dès le début de la semaine", reconnaît-il – sur une dernière journée de cutting. Vous n’imaginez pas jusqu’où ces guerriers peuvent aller pour vaincre la balance. "Le truc le plus fou? J’ai porté une tenue de sudation dans le sauna tout en faisant du shadow (faire semblant de combattre contre un adversaire invisible, ndlr)! Quand je suis rentré dans le sauna, les gens qui étaient là m’ont regardé et j’ai lu dans leurs yeux qu’ils se disaient: 'Mais c’est qui ce malade?'"

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Il faut du courage pour résister. Dans le corps mais surtout dans la tête. "Le cutting, c’est le pire pour moi, avoue Lapilus. C’est le seul moment où je me suis posé des questions comme 'Pourquoi je fais ça?' ou 'Qu’est-ce que je fous là?'. C’est hyper dur. Pourquoi? Parce qu’à ce moment-là, ton adversaire, c’est toi. Et c’est très compliqué de se combattre soi-même. C’est comme pendant le régime. Quand tu es tout seul dans la rue, que tu as hyper faim et quand tu sens des odeurs, il n’y a personne à part toi pour te dire: 'Ne touche pas à ça'. Le combat, la préparation, c’est plus facile parce tu es avec des gens et que tu as un adversaire en face." 

Avec le cutting, les anecdotes se multiplient. Car pousser son corps aussi loin n’est pas sans conséquences. "Je me souviens de Joanna Jedrzejczyk lors d’une défense de sa ceinture des pailles, raconte notre témoin. Elle est à la patte d’ours avec son coach, elle met trois coups, malaise. On la relève, elle remet trois coups, malaise. La fille combat trois jours après! Et elle déchire son adversaire. J’ai aussi vu Jimmie Rivera dormir à côté d’une piscine sur le carrelage froid, à poil! Il était tellement épuisé par le cutting qu’il était couché par terre, et pas sur une serviette, le cul à l’air. Le mec était raide. Il n’y avait plus rien en lui. Et le lendemain, il met un gros KO." 

Surtout pas de pizza après la pesée

On a souvent vu des combattants pouvoir à peine tenir debout lors de la pesée. Mais l’objectif était atteint, "et on retrouve de l’énergie car on a le sentiment du devoir accompli" (Lapilus). Place ensuite à la récupération express, pour laquelle les athlètes bénéficient de trente-six heures depuis 2016 côté UFC (la commission de Californie a été la première à instaurer une pesée le matin la veille du combat). On se jette sur tout ce qui passe dans une assiette? Loin de là.

"Tu bois, tu bois et tu bois encore beaucoup, résume le combattant français. Il faut consommer de l’eau, des sucres rapides, beaucoup de protéines, des sels minéraux, du magnésium, tout ce que le corps n’a pas eu. On va aussi prendre beaucoup de sucres lents, du riz, préférable aux pâtes car il se digère plus rapidement et que ton estomac a rétréci avec les deux jours où tu n’as presque rien mangé. Par contre, on va par contre éviter tout ce qui est graisses, c’est-à-dire que tu ne vas pas aller manger une pizza ou un truc plein de lipides. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas la fête après la pesée. Il ne faut pas faire n’importe quoi. C’est comme une voiture sans essence. Soit tu lui mets de la bonne essence, donc des choses qui vont lui faire du bien et le préparer à l’effort du lendemain, soit tu lui mets la mauvaise essence en te bourrant de sucre et de gras, mais le lendemain, crois-moi, tu vas le sentir dans la cage." 

"Si tu regardes le caddie, c'est n'importe quoi..."

Quand il avait perdu plus de quatre kilos le dernier jour, Lapilus était remonté à 69, soit un peu de plus de sept kilos repris en à peine un jour et demi. Cyborg, elle, pouvait dépasser les onze-douze kilos repris dans les vidéos où on la voit cutter. Mais le plus est parfois l’ennemi du bien. "Il y a une sorte de fantasme sur le thème 'plus je vais reprendre, plus je vais être fort', pointe le combattant français. Le plus important, c’est de bien récupérer et d’être performant. Tu peux reprendre cinq kilos et être performant ou en reprendre sept et être trop lourd." 

On le devine, après de tels efforts, impossible pour les combattants de se présenter à 100% de leurs moyens malgré les heures à reprendre des forces. "Je n’ai jamais été à 100% en combat, reconnaît notre témoin. Tu étais déshydraté la veille, ça fait une semaine que tu ne manges pas bien, ça a forcément des effets. Tu ne seras pas le même que tu es à la salle d’entraînement. Mais c’est pareil pour tout le monde." Comme tout le monde ou presque se lâche une fois le combat terminé. "Oulala, s’amuse Lapilus. Là, tu fais ce que tu veux. Et c’est là qu’il y a des trucs de fou. (Rires.) Nous, on a un petit rituel. On va faire des courses le jeudi avant la pesée. Et si tu regardes le caddie, c’est n’importe quoi. Que des trucs bizarres. C’est un sketch le truc."

Conor McGregor à la pesée chez les plumes en décembre 2015 (à gauche) et chez les welters en mars 2016
Conor McGregor à la pesée chez les plumes en décembre 2015 (à gauche) et chez les welters en mars 2016 © DR

Taylor, qui n’a pas de pêché mignon précis post-combat et souligne surtout l’importance psychologique de son habituel dîner du soir de la pesée avec tout son staff, se souvient d’un combattant européen dont le clan avait commandé "entre quarante et cinquante pizzas dans sa chambre" (la plupart pour lui) à l’issue d’un combat. Il n’est pas le seul à se taper ce genre de délire. Ces histoires nourrissent le folklore des disciplines comme le MMA ou la boxe. Mais la face sombre du cutting fait peur. Il y a les images de Cyborg en pleurs, devant lesquelles on se dit que rien ne mérite une telle souffrance. Il y a le célèbre Khabib Nurmagomedov privé d’un combat (contre Tony Ferguson, qu’il doit enfin affronter en avril prochain) et envoyé à l’hôpital après un cutting parti en vrille en raison d’un tiramisu avalé au mauvais moment. Il y a, dans le même genre, l’ancien champion des lourds et lourds-légers de l’UFC Daniel Cormier, privé des JO 2008 à Pékin en lutte à cause d’une insuffisance rénale due au cutting. 

Arrêt cardiaque et coma

Il y a, et c’est bien pire, Clovis "C.J." Hancock victime d’un arrêt cardiaque dans la cage en raison d’un cutting trop brutal en novembre 2017 ou le Brésilien Alexandre Pereira Silva tombé dans le coma après un arrêt cardiaque en raison du cutting alors qu’il préparait ses débuts professionnels en janvier 2018. Il y a tant d’autres exemples. Trop. Sans oublier ces risques pour l’après-carrière entre insuffisances rénales aiguës et maladies rénales chroniques.

"Personnellement, je ne me suis jamais senti en danger, indique Lapilus. Le cutting est quelque chose de dangereux mais on a la maîtrise de ça, on le fait toujours de façon encadrée. Je connais un mec qui a fait un malaise. Le problème, c’est qu’il était tout seul. C’était une connerie de le laisser tout seul dans une salle de bain alors qu’il était en train de cutter. Là, c’est son camp qui a déconné. Sinon, la plupart du temps, on remarque que quand il y a eu des arrêts cardiaques ou des choses comme ça, les mecs avaient souvent utilisé des diurétiques chimiques. C’est totalement interdit. Nous, à la salle, on fait une grosse sensibilisation là-dessus. On explique aux gens qu’il faut surtout éviter de prendre des diurétiques. C’est considéré comme dopant et c’est très dangereux. On ne touche pas à ça et ça permet de limiter les risques."

L'idée de contrôles plus fréquents 

Avec le temps, l’UFC comme d’autres organisations mais aussi les différentes commissions athlétiques régulant le MMA ont tenté d’apporter quelques solutions. On a interdit en 2015 les perfusions intraveineuses (poches de chlorure de sodium) pour reprendre du poids après la pesée, méthode dont Jose Aldo, Conor McGregor ou encore Khabib Nurmagomedov étaient entre autres des adeptes. On a agrandi l’écart entre la pesée et le combat pour permettre de mieux récupérer. On tente des choses, donc, mais il y a encore beaucoup à faire. Il y a l’idée de contrôles plus fréquents et de sanctions si un athlète dépasse le poids de sa catégorie de plus de 10%, ou celle de baser le MMA sur le modèle de la boxe, qui compte plus de deux fois plus de catégories qu’il n’en existe à l’UFC (dix-sept contre huit), ce qui offrirait plus de possibilités à certains combattants obligés de beaucoup cutter. Solution qui ne plaît pas à Lapilus car "ça banalise les titres et ça manque de visibilité, ce dont beaucoup se plaignent avec la boxe".

Conor McGregor lors de la pesée avant son combat contre Jose Aldo en décembre 2015 (à gauche) puis dans l'Octogone pour le combat moins de deux jours plus tard
Conor McGregor lors de la pesée avant son combat contre Jose Aldo en décembre 2015 (à gauche) puis dans l'Octogone pour le combat moins de deux jours plus tard © DR

"C’est un système qui marche comme ça depuis des années et il faut surtout continuer à faire de la sensibilisation", enchaîne le combattant français. Qui a tout de même quelques propositions: "Les tests d’hydratation pour limiter le cutting extrême, c’est bien. L’organisation ONE FC en Asie le fait mais après-combat, et je ne suis pas d’accord car tu reprends ce que tu reprends, ça varie d’un être humain à un autre. Mais avant la pesée, c’est très bien. L’important, c’est aussi de bien contrôler quand le mec arrive en semaine du combat. Quelqu’un qui a six-sept kilos à perdre le dernier jour, voire plus, il devait en avoir dix ou douze en début de semaine. Et à dix ou douze kilos, tu sais déjà qu’il est beaucoup trop lourd pour la fin de la semaine. Il faut renforcer ça, même si l’UFC le fait déjà pas mal. Il ne faut pas écouter les combattants qui te disent: 'Ne t’en fais pas, je serai au poids'. Non. Tu étais déjà trop lourd et hors standards, c’est mort." 

McGregor ne ressemble plus à un squelette

Il y a enfin dans les esprits une chimère: voir tout le monde monter dans sa catégorie "naturelle" et mettre le cutting de côté, à l’image d’un Conor McGregor qui avait conquis le titre chez les plumes (moins de 65,8 kilos) en ressemblant à un squelette sur la balance alors qu’il fait beaucoup moins peur à voir depuis qu’il combat chez les légers (moins de 70,3) ou les welters (moins de 77,1). La différence visuelle entre le Conor plume de décembre 2015 (contre Jose Aldo) et le Conor welter de mars 2016 (contre Nate Diaz) ne laisse aucune place au doute sur le bienfait physique d’avoir changé de division pour la superstar irlandaise. Mais tout le monde ne peut pas le faire avec une telle réussite.

"Tant qu'il n'y aura pas un truc qui force les gens..."

"A chaque combat, j’ai envie de monter de catégorie à cause du cutting, reconnaît Lapilus. Mais tu restes logique: personne ne voudra concéder un avantage à un autre. Je pourrais le faire mais si derrière je me tape un mec qui n’est pas monté, bon courage... Le jour où tout le monde montera pour limiter le cut, je le ferai. Mais tant qu’il n’y a pas un truc qui force les gens à monter, ça ne bougera pas." L’UFC oblige aujourd’hui certains combattants qui luttent pour faire le poids à monter de catégorie. Pour ne pas vivre d’autres drames, il faudra sans doute aller plus loin. Il y aurait une logique à cela tant il reste surprenant de voir combien des sportifs qui prennent de tels risques physiques dans leur discipline s’en infligent d’autres juste pour faire le poids. 

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Alexandre HERBINET (@LexaB)