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Le boxeur qui combat pour offrir un cœur à sa fille

Le boxeur américain Steve Cunningham

Le boxeur américain Steve Cunningham - AFP

Le poids lourds américain Steve Cunningham affronte son compatriote Natu Visinia ce samedi à Philadelphie. Avec en tête un autre combat, tellement plus important : celui pour la transplantation cardiaque de sa fille Kennedy.

Pour la deuxième fois du round, il était au tapis. Puis il a croisé le regard de sa fille. Et il s’est relevé. Une étincelle pour un second souffle. Cinq reprises plus tard, Steve Cunningham envoyait Amir Mansour goûter le sol à son tour. Combat retourné et victoire sur décision unanime. La carrière de Steve pouvait se poursuivre. Son combat pour le cœur de sa fille aussi. En cas de de défaite contre Mansour, en avril dernier, Cunningham aurait certainement raccroché les gants. Avec trois revers depuis sa montée chez les poids lourds, le boxeur US aurait vu son horizon se boucher. Pas de quoi se mettre en danger sur le plan pécuniaire.

Mais il y a Kennedy, 9 ans, sa petite fille malade et les besoins financiers nécessaires pour explorer toutes les voies pour la guérir. Sacré champion IBF cruiserweight (mi-lourd) en mai 2007, Cunningham avait décidé de grimper de catégorie après la perte de sa ceinture en 2012. Le but ? Multiplier le champ des possibles de ses combats et accumuler plus de gains afin de permettre à sa fille de subir sa troisième opération cardiaque. Venue au monde le 6 septembre 2005, Kennedy souffre depuis la naissance d’une hypoplasie du cœur gauche, malformation cardiaque complexe, rare et congénitale. La moitié de son organe cardiaque incapable de fonctionner correctement, elle a subi une intervention chirurgicale dès le lendemain de sa naissance et passé la première année de sa vie à l’hôpital, retournant une deuxième fois sur le billard, aidée d’un poumon artificiel pour respirer. Une troisième opération était nécessaire. Mais les médecins refusèrent de la réaliser, la considérant alors trop faible et trop petite pour une telle épreuve.

Sa fille ne peut pas l’encourager trop fort

Ancien vendeur de drogues dans sa jeunesse à Philadelphie, devenu boxeur pro en 2000 après avoir découvert son sport dans la Navy, Cunningham a vu ses priorités changer depuis la naissance de Kennedy, qui n’a parlé qu’à trois ans et marché à quatre. Mais les médecins douchent ses espoirs début 2014 : Kennedy n’est plus candidate à la troisième intervention pour cause d’artères pulmonaires trop petites. D’autres options s’ouvrent alors. La transplantation cardiaque ? Très dangereuse, les problèmes de poumons de la jeune fille multipliant le risque mortel. A l’issue de sa défaite en avril, Mansour prendra le micro pour inciter le public à faire des dons à Cunningham. Ce dernier va profiter de cette générosité pour trouver une solution. Des docteurs de Pittsburgh acceptent de placer la jeune fille sur leur liste d’attente de transplantation.

Kennedy devant toujours rester à moins de quatre heures au cas où, Steve et sa femme Livvy décident de déménager toute la famille (leur fille et leur deux fils, Steve Jr. Et Cruz) à Pittsburgh, créant un site Internet pour récolter des fonds. L’IBF leur donnera 1000 dollars, un promoteur européen 5000 et d’autres boxeurs restés anonymes enverront des chèques. En deux semaines, 20 000 dollars sont récoltés. Le combat de sa petite fille pour la vie a fait réagir. Ce samedi soir, à Philadelphie, Cunningham – 38 ans, bilan de 27-6 dont 12 KO – affronte l’Américain Natu Visinia dans un match où il sera favori. Avant de revenir à Pittsburg attendre cet appel synonyme de bonne nouvelle. Aux bords du ring, Cunningham pourra compter sur une supportrice pas comme les autres : sa fille Kennedy. Celle dont la trachéotomie a laissé un trou à la base du cou ne pourra pas vivre le moment avec trop d’émotions, son cœur trop faible rendant tout éclat d’excitation dangereux. Si le coup de fil tant attendu tombe pendant le combat, un avion a été réservé pour rejoindre Pittsburgh au plus vite. Avec le cœur de Kennedy comme seule priorité.

Alexandre Herbinet