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Bellator 287: pourquoi le retour de Mansour Barnaoui, le combattant à un million de dollars, est un événement

Près de trois ans et demi après son dernier combat, Mansour Barnaoui revient aux affaires ce samedi soir (en direct à partir de 22h sur RMC Sport 2) dans le combat principal du Bellator Milan pour sa première dans cette organisation. A trente ans, le vainqueur du tournoi à un million de dollars du Road FC a faim de cage et vient pour conquérir la ceinture des légers.

La dernière fois qu’il a combattu, le Covid n’avait pas encore fait son apparition dans nos vies et le MMA n’était pas encore légalisé en France. Comme l’idée d’un autre monde, quoi. Près de trois ans et demi après sa dernière apparition dans la cage, en mai 2019, quand il avait remporté le titre des légers du Road FC et un chèque d’un million de dollars, Mansour Barnaoui est de retour aux affaires. Tête d’affiche du Bellator 287 ce samedi soir à Milan, où il affrontera l’expérimenté Adam Piccolotti dans le combat principal de la soirée pour sa première apparition dans cette organisation, l’un des plus gros talents produits par MMA tricolore – qui combat sous les couleurs de la Tunisie, son pays de naissance – a du temps à rattraper.

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"Ça m’a manqué, souriait-il en août dans une interview à la chaîne YouTube de Nicolas Renier du NRFight. Quand on m’a annoncé le combat, j’avais un grand sourire." Barnaoui affichait vingt-six ans la dernière fois qu’il a combattu. "L’Afro-Samurai" (son surnom, inspiré d’un manga, univers dont il est fan) en a aujourd’hui trente. Il aura été un des combattants les plus "sacrifiés" par la légalisation tardive du MMA en France. Depuis ses débuts pro en février 2011, carrière débutée par six combats de pancrace – discipline proche du MMA mais sans coups au sol – dans l’organisation française 100% Fight, Barnaoui a bourlingué à travers la planète pour pouvoir vivre de son sport.

Il a combattu en Grande-Bretagne, au Canada, en Suisse, en Russie, en Pologne, en Corée du Sud et en Chine. Résultat? L’homme arrivé en France avant de fêter son premier mois de vie a vu l’administration le priver de passeport tricolore car il ne pouvait présenter que des contrats de travail à l’étranger depuis sa majorité. Ce qui n’empêchait pas de le taper au portefeuille en lui faisant payer des impôts pour ses combats au-delà de nos frontières. Ce qui n’aura pas empêché Barnaoui, surnommé Tarzan quand il était jeune et qu’il s’essayait au skate et au parkour dans le quartier Pierre-Valette de Malakoff (Hauts-de-Seine), de briller avec des titres au 100% Fight, au BAMMA, au M-1 Global et au Road FC.

Venu du grappling, ensuite mixé à la boxe anglaise, celui qui est coaché par un "grand frère du quartier", Aziz, qui l’a pris en main en 2006 après l’avoir croisé de retour d’une salle de lutte trop coûteuse pour s’inscrire a été privé d’une partie de son prime athlétique depuis trois ans et demi. La situation aura un temps alimenté les fantasmes. Certains l’imaginaient sur le chemin de la retraite, rassasié par ce million de dollars qui ferait tourner la tête à plus d’un. C’est mal connaître le mental du bonhomme, pas du genre à se renfermer devant les épreuves, à l’image de sa première apparition au M-1 en avril 2013 où il s’était présenté juste après le décès de son père (combat contre… Islam Makhachev, nouveau champion des légers de l’UFC, défaite sur décision unanime très controversée quand on regarde le combat et qu’il considère comme "farfelue").

"Je ne suis pas resté inerte, racontait-il ce mercredi lors du media day du Bellator Milan. Je me suis entraîné dur pour être prêt pour mon retour." "Après ma victoire dans le tournoi, j’étais toujours sous contrat avec le Road FC, détaille-t-il. Il fallait que je refasse un combat avec eux, que je n’ai d’ailleurs pas fait, et ça m’empêchait de partir dans une autre organisation. Puis le Covid est arrivé et c’était compliqué pour signer avec d’autres organisations même si mon contrat avec le Road était terminé." Pendant la pandémie, ce passionné de snowboard qui a souvent préparé ses combats au Québec sur les tapis du Tristar Gym (la salle de la légende Georges St-Pierre) part s’entraîner à Dubaï, un des rares lieux accessibles avec des salles ouvertes.

Lors des deux années suivantes, le combattant du Team Magnum qui possède son camp de base au gymnase Jacques-Duclos de Malakoff, le long du périphérique parisien, va s’éloigner de France pour continuer à s’entraîner. Il va passer en Thaïlande. Ces derniers temps, il a aussi passé six mois à Las Vegas, au 10th Planet, où il a pu côtoyer "des combattants de partout dans le monde" (dont la légende Donald "Cowboy" Cerrone), avec dans également dans l’intervalle un passage chez Xtreme Couture, la salle d’un certain Francis Ngannou. "Je n’ai jamais eu de break, appuie-t-il sur la chaîne YouTube Le Sang Show. Je n’ai pas lâché l’entraînement et j’ai gagné en expérience."

Mansour Barnaoui avant son premier combat au Bellator en octobre 2022
Mansour Barnaoui avant son premier combat au Bellator en octobre 2022 © DR/Bellator

Aux Etats-Unis, où il enchaînait plusieurs entraînements par jour, Barnaoui va aussi trouver un nouveau point de chute. "A la base, on cherchait l’UFC en partant là-bas, explique celui qui avait déjà préféré le Road à la grande organisation de MMA, car plus lucratif, il y a quelques années. Mais ça ne s’est pas fait et on est parti au Bellator car c’était une meilleure opportunité. On a beaucoup réfléchi, on n’a pas pris ça à la légère." Et de compléter pour le site MMA Junkie: "Quand je combattais en Asie, au Road FC, j’adorais le respect qu’ils avaient pour leurs combattants. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai choisi le Bellator. Ils ont ce respect. Le Bellator se soucie de ses combattants. Je suis sûr que c’était un bon choix car mon premier combat est un main event. Je ne pouvais pas demander mieux."

Le but est affiché pour celui qui reste sur sept victoires de rang (19-4 en carrière) depuis sa défaite contre le Polonais Mateusz Gamrot pour la ceinture du KSW en mai 2016: "Prendre la ceinture, comme dans toutes les autres organisations". Cela passe par une victoire sur Piccolotti, lutteur américain de qualité qui s’entraîne dans la célèbre salle AKA (il présente aussi un beau passé en jiu-jitsu brésilien), avant de se tourner vers le tournoi des légers promis par le Bellator en 2023. "C’est aussi pour ce tournoi que j’ai signé avec eux. J’en ai fait beaucoup dans ma carrière, ça m’a réussi et je sais que j’ai l’étoffe pour y arriver et prendre la ceinture."

A terme, il faudra sans doute croiser la route du Brésilien Patricky "Pitbull" Freire, actuel champion, ou du Daghestanais Usman Nurmagomedov, cousin de la superstar Khabib, qui s’affronteront pour le titre le 18 novembre lors du Bellator 288. Pas de quoi lui faire peur, même après plus de trois ans d’inactivité en combat: "Il faut que je passe par les deux pour être le champion". Grand pour la catégorie, avec un cardio hyper fiable (son staff lui hallucinait souvent en lui prenant son pouls peu avant ses combats tant il ne semblait pas sujet au stress) et un style ultra complet mais atypique qui avait même impressionné Khabib quand il avait battu son cousin éloigné Shamil Zavurov au Road FC, Barnaoui est un énorme problème pour tous ses adversaires. Surtout depuis cette défaite face à Gamrot qui lui a fait comprendre des choses.

"A la base, j’étais la tête la première et après on réfléchit. J’ai essayé de faire ça avec Gamrot, un combattant très intelligent qui m’a contré facilement donc je me suis dit qu’il fallait combattre comme lui le faisait, avec une stratégie intelligente." Affamé, motivé pour effacer plus de trois ans de frustration loin de la cage, l’homme connu pour mettre beaucoup d’intensité à l’entraînement revient comme un lion… en cage. "A tous les combattants de ma catégorie au Bellator, je vous préviens, j’arrive fort, lance-t-il. Préparez-vous!" Et d’appuyer: "Le Bellator m’a mis en main event pour mon premier combat chez eux donc ils savent de quoi je suis capable. Ils peuvent s’attendre à un combat très explosif, avec beaucoup de spectacle. Comment je veux finir? J’adore les KO mais j’ai beaucoup terminé en soumission. Les deux me vont."

Pendant son break forcé, celui qui promet aux fans du Bellator de "terminer (s)es adversaires à chaque fois" (il compte douze soumissions, six KO/TKO et une seule décision en carrière) n’a pas pensé à raccrocher, quand l’idée lui avait traversé l’esprit après des défaites dans le passé. "De toute façon, arrêter de s’entraîner est impossible pour moi." Il s’est amélioré sur la diététique – "Je ne mange plus de grecs", sourit-il – mais il n’a pas tout changé sur le plan technique. "L’idée était d’adapter tout le jeu que j’avais, améliorer tout ce que je connaissais déjà." Le Bellator, où les Français Davy Gallon, Thibault Gouti, Yves Landu et Bourama Camara seront également à l’œuvre à Milan, va assister au retour d’un phénomène. Heureux de "(s)’amuser en gagnant (s)a vie" et qui essaie "de ne pas se prendre la tête par rapport à l’argent" malgré le million gagné en 2019: "Je me concentre juste sur la personne devant moi". Le monde du MMA a hâte de voir ce que Mansour Barnaoui va en faire trois ans et demi après.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport