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Le MMA français reste sous l’égide de la boxe pour se structurer (avant de pouvoir s'envoler)

Organisé sous l’égide de la Fédération française de boxe, le développement du MMA en France va continuer sur ce chemin: la délégation accordée à la FFB lors de la légalisation il y a deux ans a été renouvelée fin mars par le ministère des Sports. Lionel Brezephin, conseiller technique référent national pour le MMA, tire un premier bilan de cette structure pour RMC Sport et évoque les perspectives à venir avant de voir la discipline prendre son indépendance.

Deux ans après sa légalisation, le MMA poursuit son développement en France. Et ce chemin va continuer de se faire sous l’autorité de la Fédération française de boxe. Alors que la FFB avait reçu il y a deux ans le statut d’autorité déléguée pour "accompagner la structuration du MMA en France en vue d’une autonomie pleine et entière", le ministère des Sports a confirmé le 28 mars dernier le renouvellement de cette délégation.

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"Ce n’était pas une certitude dans la mesure où il y avait aussi une autre Fédération, la FFKMDA (Fédération française de kickboxing, muay-thaï et disciplines associées, ndlr), qui avait aussi demandé l’attribution de délégation et elle avait aussi de solides arguments pour reprendre la discipline, explique Lionel Brezephin, conseiller technique référent national pour le MMA à la FFB et garant de la mise en place de l’ensemble du dispositif. C’est le ministère qui a arbitré en fonction des éléments à sa disposition. Le travail qui a été initié depuis deux ans, tout l’effort de structuration, a joué. Ça aurait été dommage, à mon avis, de repartir de zéro car au-delà de la conception, on est passé sur la phase opérationnelle depuis l’année dernière. Les choses sont en train de se mettre en place doucement, la concrétisation de tout ce qui a été rédigé."

Cette délégation renouvelée a un horizon: les JO de Paris 2024. Elle se terminera après cette échéance olympique avec l’idée de voir le MMA, aujourd’hui structuré via la FMMAF (French Mixed Martial Arts Federation), un organisme interne à la FFB et affilié à l’IMMAF (Fédération international du MMA), voler de ses propres ailes derrière. "L’ambition est d’avoir un MMA autonome à l’issue de cette période de structuration, confirme Lionel Brezephin. C’était déjà dans l’AMI (Appel à manifestation d’intérêt, ndlr) initial auquel on avait répondu, que j’avais rédigé. On espère que la FMMAF pourra devenir la FFMMA à cette échéance."

En attendant, deux ans après la légalisation, l’heure est au premier bilan de cette structuration. Avec d’abord des chiffres: "120 clubs affiliés, un peu plus de 1500 licences, près de 30 compétitions professionnelles organisées depuis octobre 2020 sans aucun couac, grâce aux textes réglementaires qui nous permettent de travailler sereinement, 690 éducateurs formés et près de 500 personnes qui ont passé des grades".

"Mais les chiffres ne reflètent pas vraiment l’activité sur le terrain, poursuit Lionel Brezephin. D’une part, on a commencé la structuration au printemps 2020, en plein Covid, donc on a eu une première année blanche. On a aussi la spécificité des sports de combat, qui ne prennent généralement des licences que pour les compétiteurs. C’est assez difficile de faire comprendre l’intérêt de la licence dans le cadre du développement de la pratique. La majeure partie des licences sont pour des encadrants, des compétiteurs professionnels et amateurs ou des gens qui ont voulu passer les grades techniques mis en place afin de sécuriser la pratique et d’avoir une approche pédagogique progressive. Mais depuis que le projet est ouvert, comme depuis quinze ans en fait, on n’a aucune idée sur les chiffres exacts de la pratique."

Seule certitude: elle se développe aux quatre coins de France. "Dans la première partie du projet, j’avais monté des ateliers où les gens pouvaient déposer une candidature s’ils souhaitaient participer à la structuration du MMA. La surprise a été de voir qu’on avait des gens de toutes les régions de France, même des endroits qui ne sont pas réputés comme des terres de combat. On a un maillage territorial homogène."

"On n'a pas eu besoin de revenir en arrière"

Au-delà des chiffres, le développement global prend la bonne direction. "La structuration va dans le bon sens car on n’a pas eu besoin de revenir en arrière pour défaire tout ce qu’on a mis en place jusqu’à présent, reprend Lionel Brezephin. Ça met du temps à se mettre en place, et on espère aller beaucoup plus vite maintenant, mais tout fonctionne bien. L’objectif du projet était la sécurisation de la pratique, car c’est aussi pour ça qu’elle avait été stigmatisée pendant des années, et tout est fait dans une orientation de sécurité. On est assez cohérent là-dessus. Le dispositif médical qui accompagne les compétitions, par exemple, est stable. Il est piloté par le médecin du sport Jean-Marc Sène et on a vraiment un encadrement médical et sécuritaire de bonne qualité."

Des premiers championnats – qualificatifs pour les championnats du monde amateurs – ont pu être organisés en janvier, à Evry-Courcouronnes, réunissant une centaine d’athlètes, "une réussite avec quatre cages en simultané sur trois jours pour un peu plus de 90 combats", et d’autres sont prévus fin 2022 après "des compétitions sur cinq zones géographiques d’ici quelques mois". De quoi permettre aux athlètes de faire leurs armes chez les amateurs avant de passer chez les pros, comme ce qui se fait très souvent en boxe ou à l’image du parcours de Manon Fiorot, combattante française pas loin d’un combat pour le titre des mouches dans la grande UFC. "C’est ce qui sécurise le mieux la pratique, estime Lionel Brezephin. C’est une prise d’expérience avant d’aller chercher le haut niveau et une recette qui fonctionne. En Grande-Bretagne, par exemple, c’est typiquement le trajet qu’ils suivent avec beaucoup de compétitions amateurs qui leur donnent ensuite des plateaux professionnels de très bonne qualité."

Et maintenant, quels objectifs pour la suite du développement du MMA en France? Les deux années à venir, avant Paris 2024, vont permettre de poursuivre le travail entamé via cette délégation confirmée pour la FFB. "Après le plan national, qui était important, il faut créer une structure au sein de laquelle on aura des acteurs locaux et régionaux qui pourront dynamiser le MMA sur ces plans, annonce Lionel Brezephin. Il y a aussi la partie sur l’encadrement de la pratique loisir et du MMA éducatif, à destination des enfants, mais aussi sur la pratique féminine, qui doit être valorisée. Il faut pouvoir apporter un certain nombre d’éléments à tous les gens qui pratiquent le MMA, pas seulement en compétitions mais pour les jeunes, les scolaires, les personnes en situation de handicap, etc. Le développement du MMA passera par là."

Selon un communiqué de l’IMMAF, la FMMAF devrait "recevoir un soutien accru en termes de budget et de ressources humaines, un signe de la confiance donnée par le ministère et de la reconnaissance de l’importance de la croissance du MMA en France". La communication sera également "une priorité", dixit un post de la FMMAF sur sa page Facebook, et "une solution logicielle à destination des clubs et des licenciés va être déployée d’ici quelques semaines". Un outil qui va "notamment initier le début des formations fédérales à destination des entraîneurs". Les passages de grades, initié en septembre 2020, vont également "être proposés dans les différentes régions de France afin que chacun puisse y participer". "Ce renouvellement de délégation prouve la qualité du travail et de l’engagement de la FFB pour notre sport", conclut Kerrith Brown, président de l’IMMAF.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport