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Bartoli, le « couteau suisse » du marathon

Julien Bartoli

Julien Bartoli - DR

Julien Bartoli fait partie des meilleurs marathoniens français actuels. Gêné par des blessures qui l’ont notamment empêché de participer au marathon de Paris, le coureur de l’AJ Bastia se soigne actuellement pour revenir encore plus fort et battre son record personnel réalisé en 2012 (2h22’40 à Rotterdam). Mais à 37 ans, ce runner jovial et passionné est surtout un exemple de rigueur et d’organisation, lui qui est à la fois athlète de haut niveau, père de famille et agent logistique chez Air France.

Julien, n’est-ce pas rageant de ne pas avoir pu prendre le départ du marathon de Paris ?

C’est vrai que c’est assez frustrant. C’était l’un de mes objectifs de l’année. J’ai tout fait pour y être présent mais une bursite a retardé ma préparation. Et comme je ne conçois pas de participer à un marathon pour le faire en cinq ou dix minutes de plus que mon chrono habituel, il était plus sage de s’arrêter et de traiter la blessure. Je vais me soigner, faire tout ce qu’il faut et j’espère qu’en 2016 le marathon de Paris me sourira à nouveau. Ma présence (au Salon du running à Paris, ndlr) avait donc un petit goût amer mais en même temps, j’étais super content d’être là et de partager avec les runners venus à ma rencontre sur le stand Kalenji (son équipementier).

Du coup, sur quel marathon comptez-vous vous rabattre cette année ?

Je n’ai pas encore arrêté de marathon. A priori, je m’oriente plus sur les Championnats de France de Rennes, au mois d’octobre. J’ai envie de revivre ce que j’ai vécu il y a deux ans à Toulouse, où j’échoue de peu au pied du podium. J’aimerais donc me repositionner sur un Championnat de France, mais ma décision n’est pas arrêtée à 100%.

A terme, ciblez-vous l’objectif de passer sous la barre des 2h10 ?

Honnêtement, je ne suis pas sur ces qualités-là. J’ai un record en 2h22 donc la barre, pour moi, serait plutôt 2h20, ce qui serait déjà très beau. J’essaie d’optimiser un maximum tout ce qui peut l’être pour descendre sous cette barre. Il y a encore du travail, pleins de choses à faire. J’apprends toujours sur pas mal de points, malgré mon âge et mon expérience. Tout ce que je sais, c’est que lorsque la blessure sera bien guérie, j’aurai encore plus la rage pour aller chercher ce chrono, et d’autres objectifs se grefferont autour des marathons.

Comment vivez-vous l’ultra domination des Kényans et des Ethiopiens sur marathon ?

Je ne suis pas le meilleur athlète, j’en suis conscient. Mais je fais vraiment de mon mieux et c’est ma passion. Alors tant que je prends du plaisir et que j’ai l’envie, je continue. Il y a effectivement une marge énorme avec les autres mais il y a aussi un rythme de vie différent. Moi, je ne suis pas professionnel, je travaille à temps complet (comme agent logistique chez Air France), j’ai une vie de famille. Je sais que je ne suis pas le seul dans ce cas-là, mais il faut être conscient de tous ces paramètres. Je fais donc cela en connaissance de cause, même si je reste persuadé que si j’avais une petite aide à ce niveau, je pourrais passer encore un palier car courir seul, ça endurcit, mais il y a deux écueils : soit on se met dans le rouge, soit on a tendance à travailler un ton en dessous.

A quoi ressemblent justement vos journées types ?

J’alterne entre une semaine de travail le matin, et une semaine de travail le soir. Quand je suis du matin, je me lève à 5h30. Le midi, à l’heure où je vois mes collègues partir déjeuner, je vais m’entraîner sur la piste, ou faire un footing. A ce moment-là, on a déjà la journée dans les jambes. La motivation et les objectifs sont là pour nous tirer vers le haut. L’après-midi, je reprends le travail puis en fin de journée, je vais chercher les enfants à la sortie des classes. Ensuite, je passe le relais à Madame pour retourner m’entraîner…

Et lorsque vous travaillez de nuit ?

Quand je travaille en soirée, c’est l’inverse. Je prépare les enfants le matin, les dépose à l’école, puis je vais m’entraîner. Je rentre, je mange, je vais au travail, et je retourne m’entraîner une seconde fois au moment de la pause du soir. Le retour à la maison est tardif, je me couche à minuit… et je me lève à 6h30 pour préparer les enfants afin d’enchaîner, ainsi de suite.

Quelles sont les incidences d’un tel rythme sur la récupération ?

C’est un peu limite. J’ai un partenaire de récupération pour m’aider à récupérer plus facilement, mais ce n’est pas toujours évident non plus. Cela m’aide, mais ça ne remplace pas plusieurs heures de récupération naturelle, les massages d’un kiné. Je n’ai pas forcément le temps d’être suivi médicalement.

Gérald Mathieu