RMC Sport

Les relais, une histoire française

Sylviane Félix transmet le témoin à Christine Arron

Sylviane Félix transmet le témoin à Christine Arron - -

Tradition nationale, le 4x100m a rapporté de nombreux titres à l’athlétisme tricolore. La preuve en quatre exemples, en attendant les finales de ce dimanche à Barcelone, où les deux relais français courront pour l’or.

1990 (Split) : record du monde !
Quand Max Morinière s’élance en finale, ces championnats d’Europe sont déjà un succès pour l’équipe de France (10 podiums en tout). Les relayeurs du 4x100m vont les transformer en triomphe. Au terme d’un tour de piste techniquement parfait, Daniel Sangouma, Jean-Charles Trouabal et Bruno Marie-Rose explosent le chronomètre et déclenchent une ovation : 37’’79, nouveau record du monde au nez et à la barbe des Britanniques, emmenés par le futur champion olympique Lindford Christie. Les Américains sont dépossédés de leur bien historique. Ils le reprendront un an plus tard. Quant aux Français, ils récidiveront en 1994 à Helsinki avec une nouvelle médaille d’or. « Une superbe aventure humaine, un moment très fort qui nous lie encore », confie Marie-Rose. Fondateur.

1998 (Budapest) : l’avion Arron
C’est aux championnats d’Europe de Budapest que la Guadeloupéenne devient « la reine Christine ». Sur le 100m individuel, Arron marque les esprits en établissant un nouveau record d’Europe, toujours en vigueur douze ans plus tard (10’’73). Du coup, les Françaises (Benth, Bangué, Félix) sont très attendues sur le 4x100m. C’est sans compter sur les Russes, déchaînées. Quand elle prend le dernier relais, Christine Arron accuse cinq mètres de retard sur Irina Privalova, cador du sprint continental. Mais elle va transformer le tartan hongrois en piste de décollage. Irréelle de puissance et de légèreté, la Française termine avec un bon mètre d’avance et s’offre une deuxième médaille d’or (42’’79). « J’étais à fond, mais j’avais l’impression de pouvoir encore accélérer », racontera-t-elle plus tard. Inoubliable.

2003 (Saint-Denis) : de l’or à la maison
Les Mondiaux ont lieu au Stade de France. Les athlètes tricolores sont à la fête : ils décrocheront sept podiums en tout, un résultat historique. Les deux médailles d’or sont féminines : Eunice Barber à la longueur et le relais 4x100m. Sylviane Félix et Christine Arron sont les deux rescapées de Budapest ; Patricia Girard, transfuge du 100m haies, et Muriel Hurtis, championne du monde juniors du 200m, les ont rejointes. Etats-Unis, Russie, Jamaïque : les meilleures nations sont là. C’est Christine Arron qui va (encore) faire la différence. Cette fois, la victime se nomme Torri Edwards, pourtant vice-championne du monde du 100m. Largement en tête, l’Américaine voit la fusée tricolore lui passer devant à 40m de la ligne. Dans les tribunes, c’est de la folie. En 41’’78, les Françaises remportent leur premier titre mondial de la spécialité. Symbolique.

2005 (Helsinki) : les inattendus maîtres du monde
Malgré de réels atouts, dont Ladji Doucouré, tout frais champion du monde du 110m haies et premier relayeur, l’équipe de France est loin d’être favorite du 4x100m. La chance, c’est que les Etats-Unis, qui ont fait tomber le témoin en séries, sont absents. Il y a là les Britanniques, les Jamaïcains et les Trinidadiens. Qu’à cela ne tienne : totalement décomplexés, les Tricolores prennent un départ canon. Ronald Pognon, puis Eddy De Lépine permettent à Lueyi Dovy d’aborder la dernière ligne droite en tête. Sans-grade du sprint international, le Marseillais résiste aux assauts de Darrel Brown pour offrir à la France la plus improbable des médailles d’or (38’’08). Dovy se permet même de lever le bras avant la ligne, à l’américaine… « On n’est pas tous de la même génération, on n’a pas tous la même histoire, mais on avait tous envie de gagner », résumera-t-il. Sidérant.

Jean-François Pérès à Barcelone