RMC Sport

Melfort, la hauteur contre les bassesses

Mélanie Melfort

Mélanie Melfort - -

S’estimant inconsidérée, voire mal-aimée, la seule véritable spécialiste française du saut en hauteur tentera ce jeudi de monter sur le podium européen à Helsinki, après avoir franchi 1,90 m en qualifications.

Championnats de France d’athlétisme à Angers, dimanche 17 juin. Zone d’interview. Mélanie Melfort vient de conquérir (1,91m) aux dépens de la jeune Dior Delophont son septième titre national à la hauteur, une discipline qu’elle survole à ce niveau depuis une dizaine d’années. Elle se lâche. « Je sais que certaines personnes voulaient que je me fasse ‘torcher’. Mais on ne me torche pas comme ça. Je n’allais pas me laisser battre par une junior ! » Elle n’en dira pas plus sur ces « certaines personnes ». Et tournera les talons après avoir expliqué qu’elle se remettait à peine d’une mononucléose qui l’avait mise sur le flanc durant de longues semaines.

Ainsi va la carrière de l’ex-Mélanie Skotnik, née à Hersbrück, près de Nuremberg, il y a 29 ans, championne d’Allemagne en 2003 avant d’opter pour le pays de ses grands-parents, « par affinités culturelles ». Extrêmement régulière (neuf années sur dix au-dessus de 1,90m depuis 2003), certes. Mais pas suffisamment forte pour titiller les stars de la spécialité, les Vlasic, Chicherova et autre Heidrich, pour qui une barre à 2 mètres relève du quasi-quotidien. Deux mètres ? Jamais une Française n’est allée aussi haut. Le record national en plein air tient depuis bientôt… 27 ans, œuvre d’une certaine Maryse Ewanjé-Epée (1,96m en 1985). Il a été égalé, mais pas battu, par Mélanie Melfort en 2007.

« Ils n’ont pas conscience de la chance qu’ils ont »

La longiligne (1,82m) brune au teint pâle le répète à l’envi depuis qu’elle porte le maillot bleu : elle se sent seule. « En France, le saut en hauteur est une discipline négligée », déplore-t-elle, encore froissée de ne pas avoir figuré dans le calendrier 2012 de la Fédération française d’athlétisme (FFA). Peu de concurrence, peu d’émulation. Et des dirigeants qui constatent, presque fatalistes. De ces derniers, elle parle d’ailleurs à la troisième personne du pluriel, comme pour mieux souligner une distance soigneusement entretenue : « Ils n’ont pas conscience de la chance qu’ils ont », expliquait-elle ainsi récemment à France-Soir.
Alors Melfort (son nom d’épouse, celui de l’ancien sprinteur Jimmy Melfort, son mari et entraîneur), secrétaire administrative trilingue dans la vie civile (français, allemand, anglais), trouve la motivation où elle peut. Licenciée à l’Alsace Nord Athlétisme, elle s’entraîne tous les jours ou presque. Quand elle s’aligne sur des concours parfois longs comme des pensums, elle trompe l’ennui en arborant des tenues iconoclastes, comme cette combinaison mauve, capuche incluse. « J’aime la mode, pourquoi m’en priver ? » En meeting, pas de souci. Mais en compétition internationale, tenue officielle oblige, place à la sobriété.
Ce qui ne nuit pas à l’efficacité, visiblement : ce mercredi matin, en qualifications, la Française a franchi sans trop de souci la barre à 1,90m, synonyme de finale. « Je suis très satisfaite. Un saut loupé, ce n’est pas un drame. Demain (jeudi, ndlr), il faudra tout franchir au premier essai. » Pour aller chercher, enfin, sa première grande médaille. Et accessoirement rabattre une nouvelle fois le caquet de « certaines personnes ».