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Ottey, l’inusable reine du sprint

Merlene Ottey

Merlene Ottey - -

A 50 ans, l’ancienne star de l’athlétisme mondial fait partie du modeste relais 4x100m slovène, en lice ce samedi matin. Elle est l’athlète la plus âgée de l’histoire des championnats d’Europe. Le défi de trop ?

Qu’est-ce qui fait encore courir Merlene Ottey ? Vingt-sept fois médaillée dans les grands championnats, la première fois aux Jeux Olympiques de Moscou en 1980 (bronze sur 200m), trois fois championne du monde, première véritable star de l’athlétisme des Caraïbes, statufiée à l’entrée du stade de Kingston, l’ancienne Jamaïcaine, Slovène depuis 2002, aurait pu tirer un trait sur le sport il y a longtemps déjà. Elle est là pourtant, radieuse sous le soleil de Catalogne. « Ma motivation, confie-t-elle sur la terrasse panoramique de l’hôtel que les Slovènes partagent notamment avec les Français, c’est de m’étalonner par rapport à des athlètes qui pourraient être mes filles. Et de les battre. »
Compétitrice dans l’âme, celle qu’on a cruellement surnommée « la reine de bronze » pour le nombre de médailles de ce métal qu’elle a conquises durant son interminable carrière suscite un mélange de curiosité et d’admiration. Cette saison, elle a couru en 11’’67, record absolu pour une quinquagénaire. Le sprinteur français Ronald Pognon : « Elle était à côté de moi à table. On s’est salués. Je l’ai bien regardée, elle ne fait absolument son âge. Elle a encore de superbes tablettes de chocolat, elle est sèche comme tout. On lui donne à peine 30 ans. » Au point de surprendre les plus jeunes éléments tricolores. « Myriam Soumaré (médaillée de bronze du 100m, ndlr) ne savait même pas qui elle était, poursuit Pognon. Quand je lui ai raconté, elle était émerveillée. C’est quand même Carl Lewis au féminin ! »

Arron : « Je ne sais pas comment elle fait »

Huitième de la finale du 100m jeudi soir, Christine Arron a souvent couru face à Merlene Ottey. Y compris aux Jeux de Sydney en 2000, quand elle avait été réintégrée à la hussarde dans la sélection jamaïcaine après un contrôle positif à la nandrolone, provoquant la révolte de ses propres coéquipiers. « Je ne sais pas comment elle fait, avoue la doyenne de l’équipe de France à Barcelone. C’est énorme ! Quand je l’ai croisée, je lui ai dit que c’était bien de la voir encore parmi nous. Elle m’a répondu qu’elle essaierait juste de faire de son mieux ici. Même si elle ne semblait pas plus convaincue que ça… »
Consciente de ne plus pouvoir s’aligner en individuel, Ottey s’est rabattue sur le relais 4x100m. Son épreuve fétiche, celle qui lui avait permis de décrocher son premier titre mondial en 1991. « Mon but, c’est d’aider l’équipe à battre le record de Slovénie », annonce-t-elle lucidement, mais avec la même détermination farouche dans le regard. Chez Merlene Ottey, il y a finalement beaucoup de choses qui ne changent pas.

JFP à Barcelone