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Comment Lemaitre a préparé son coup

Christophe Lemaitre

Christophe Lemaitre - -

Le Français a réalisé une préparation peu individualisée très éloignée de ce qui se fait dans le haut niveau. A 22 ans, Christophe Lemaitre ne fait pas encore preuve d'un grand professionnalisme. Enquête, alors qu’il entre en lice ce mardi sur 200m.

Christophe Lemaitre fait figure d'exception. Alors que bon nombre d’athlètes tricolores se préparent à l’INSEP, le sprinteur reste fidèle à son club, l'AS Aix-les-Bains. Là-bas, à 500 kilomètres de la capitale, les structures sont loin de celles qu'on peut retrouver dans « l’usine à champions du sport français » : ni chambre de cryothérapie pour accélérer la récupération, ni salle de repos avec matelas à eau, ni cantine, ni salle de musculation avec appareils dernier cri.

A Aix, on se contente du stade Jacques-Forestier inauguré en 1973, d'un gymnase et de l'hippodrome qui permet de courir sur herbe, ainsi que d'une petite salle de muscu qui s'y rattache. Et cela suffit amplement à Christophe Lemaitre pour être le meilleur sprinteur d'Europe. Pour l'instant. « Il y a les Thermes nationaux à Aix où on lui propose tout ce qu’il veut : massages, bains chauds, tout, tout, tout. Mais il n’y va pas », se désole son entraîneur Pierre Carraz, conscient que son poulain a encore des progrès à faire dans sa préparation.

Logé à la même enseigne que les autres

Depuis ses débuts en 2005, le gamin de Culoz a pourtant bien « blindé » sa préparation, ajoutant deux séances de musculation par semaine à partir de 2008. On reste néanmoins bien loin de ce qui se fait outre-Atlantique. « Les Américains font des séances d'entraînement de trois heures en moyenne avec beaucoup de musculation », reconnaît « Pierrot » Carraz. Loin d'en faire un modèle, il continue de proposer à Christophe, « un entraînement normal », soit deux heures quotidiennes, six jours sur sept, « aux mêmes créneaux horaires que les autres », précise-t-il. Soit de 18 heures à 20 heures, « quand ils ont fini le boulot ».

Carraz, l'entraîneur bénévole, n'a pas changé ses habitudes pour son prodige. Chez lui, tous les athlètes sont logés à la même enseigne. Et tant pis si l'hiver, des séances diurnes seraient les bienvenues. « C'est vrai que ce serait plus sympa pour lui de s'entraîner l'après-midi. Là, je vais changer, je vais prendre Christophe tout seul, à part », promettait-il en février.

Pas de rab à l’entraînement

Lemaitre n'émet pourtant aucune exigence. Il suit le programme du coach, même s'il renâcle parfois : « Je n'aime pas le travail long, l'aérobie, confesse-t-il. Quant aux séances de côtes, je m'y fais, mais sans excès. » Pierre-Alexis Pessonneaux, son partenaire d’entraînement également qualifié pour les Jeux, confirme : « Ce n'est pas le genre à en faire plus que tout le monde. Il fait juste ce qu'on lui demande ».

Malgré son statut de star de l'athlétisme mondial, Christophe est resté simple et n'a pas souhaité s'entourer d'un staff spécialisé, exceptés des kinés qui le suivent depuis quatre ans, deux à trois fois par semaine, et parfois dans les gros meetings. Pas de préparateur mental, encore moins de nutritionniste (voir encadré ci-dessous), Lemaitre ne compte que sur son coach d'expérience (Carraz a fêté ses 72 ans cette année) et ses parents, jamais bien loin. Une recette unique dans sa discipline, qui, à ce jour, lui ont assuré le succès. Mais jusqu'à quand ?

Le titre de l'encadré ici

Un athlète « allergique » aux légumes|||

Christophe Lemaitre le reconnaît bien volontiers, son régime alimentaire, il « (s')en moque un peu. Je mange ce qui me plaît ». Un aveu totalement inattendu de la part du premier athlète blanc sous les dix secondes. Depuis qu'il est petit, Christophe possède une véritable aversion pour les légumes pourtant fortement conseillés pour tout sportif de haut niveau. Son copain, Pierre-Alexis raconte : « Lors du tout premier stage avec le club, à chaque repas, on le voyait revenir sans légumes. Il prenait toujours steak pâtes. Pour le bizuter, on lui a confisqué son assiette et on lui a demandé de manger au moins une rondelle de tomate ou une lamelle de carotte râpée. Il a fait un tel blocage qu'on on la lui a rendue. » Malgré les conseils de son entourage et de Pierre Carraz, le menu préféré de Christophe n'a pas varié. « Il ne mange que des cochonneries, confirme « Pierrot », qui s'inquiète un peu. Il aura des problèmes un jour. »

Sylvie Marchal