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Jazy : « Mimoun voulait succéder à Dieu… »

Michel Jazy et Alain Mimoun

Michel Jazy et Alain Mimoun - -

Partenaire d’équipe de France et de chambre d’Alain Mimoun lors du sacre olympique de ce dernier au marathon de Melbourne en 1956, Michel Jazy (légende du demi-fond, médaillé d’argent sur 1500m aux JO 1960) en garde le souvenir d’un personnage hors norme. Témoignage.

Qu’avez-vous ressenti à l’annonce du décès d’Alain Mimoun ?

J’étais stupéfait. C’était inattendu, je l’avais eu au téléphone, comme chaque année depuis 50 ans, le 1er janvier, pour lui souhaiter la bonne année mais aussi et surtout un bon anniversaire puisqu’il est né un 1er janvier. Son décès m’attriste énormément.

Que retenez-vous d’Alain Mimoun ?

Je n’ai que de bons souvenirs. Il y a aussi eu quelques moments délicats. C’était un fort caractère, un personnage hors norme. Il aimait particulièrement la course à pied et la victoire qui va avec. C’est pour cela qu’il a fait d’énormes sacrifices pour réussir. J’ai eu la chance de vivre avec lui pendant six semaines en allant aux Jeux Olympiques de Melbourne en 1956. Là, j’ai appris ce qu’était la volonté de réussir et aussi quelle volonté il faut avoir pour devenir un champion. Je dois dire que de ce côté-là, il n’y avait rien à rejeter de ce qu’il pouvait nous apprendre. 

Vous l’avez côtoyé un peu plus que d’autres athlètes, comment était-il dans la vie de tous les jours ?

Avec moi, ça ne s’est jamais passé comme ça, mais c’était un garçon épouvantable dans la vie. Il ne supportait pas la médiocrité, il ne supportait pas que les gars ne soient pas rigoureux dans leur préparation et il leur faisait savoir. Il n’y allait pas avec des pincettes. C’était quelqu’un qui était entier. C’est un personnage qui ne laissait pas insensible. Il ne fallait surtout pas le contrarier. Il ne fallait pas l’empêcher de dormir le soir ou le déconcentrer pour les différentes compétitions auxquelles il devait participer. Il avait un caractère difficile et un orgueil démesuré.

Ses oppositions avec Emil Zatopek restent dans les mémoires.

Je crois que sur la fin, il avait des sentiments plus profonds pour Zatopek. Il avait de l’admiration pour lui puisque Zatopek l’avait battu trois fois auparavant : aux Jeux Olympiques de Londres sur 10 000 mètres (en 1948) ; à Helsinki sur 5 000 et 10 000 mètres (1952). Il le respectait énormément. Il voulait avoir sa revanche sur Emil qui, comme il le disait, était un dieu pour lui. Et il voulait succéder à Dieu...

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