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Les « Plastic Brits » divisent l’Angleterre

Yamile Aldama

Yamile Aldama - -

Plus d’un athlète sur dix du pays organisateur a obtenu la nationalité britannique en vue des JO de Londres. Une situation qui a créé la polémique et qui fait réfléchir les instances sportives.

C’est une drôle d’expression, comme seule la langue de Shakespeare en a le secret. Pour dénommer leurs athlètes naturalisés de fraiche date en vue des Jeux de Londres, les Britanniques, portés par une presse tabloïd nationaliste, les ont affublés du sobriquet peu envieux de « Plastic Brits ». Comme si la Sierra-Léonaise Eunice Barber ou les Camerounais Françoise Mbango et Vencelas Dabaya avaient hérité de l’appellation « Français en Plastique ». Car outre-Manche, on ne badine pas avec les symboles nationaux et l’affaire fait des vagues.

Il faut dire que Londres n’y est pas allé de main morte pour renforcer de transfuges venus de tous les coins du monde l’équipe olympique de Sa Majesté. Sur les 542 athlètes de la délégation, 61 sont nés hors des frontières. Le cas le plus criant est celui de la triple-sauteuse Yamile Aldama. Née cubaine, la vice-championne du monde en titre a concouru pour le Soudan avant de passer sous le maillot de l’Union Jack… Autre exemple, celui de l’Anglo-américaine Tiffany Porter. La hurdleuse a été nommée capitaine de l’équipe britannique en mars lors des derniers Mondiaux en salle à Istanbul. Le choix du DTN de l’athlétisme, un… Néerlandais, Charles van Commenee, a fait tousser. Voulant tester sa « britannité », un reporter lui a demandé de chanter le God Save The Queen. Porter a refusé. Ambiance. Les changements de nationalité ont aussi gagné les sports collectifs comme le handball, le basket et le volley où, dans certains cas, plus de la moitié de l’équipe est née à l’étranger.

El Moutawakil : « Personnellement, je suis contre »

Le chef de Team Britain, Andy Hunt, avance que ses athlètes sont choisis au mérite. « A partir du moment où un athlète est éligible en équipe d’Angleterre et que ses résultats parlent pour lui, je ne vois pas où est le problème. » Même son de cloche de ce côté-ci de la Manche. Car la France a aussi son lot de naturalisés, même si en moindre nombre, à l’instar de Françoise Mbango, sacrée deux fois championne olympique au triple saut sous les couleurs du Cameroun, mais qui ne verra pas Londres sous le maillot français. « Il ne faut pas critiquer les naturalisations, les athlètes qui rejoignent la France sont une richesse », défend Bernard Amsalem, patron de l’athlétisme tricolore et chef de délégation à Londres.

Un avis qui n’est pas franchement partagé par Nawal El Moutawakil. « A titre personnel, je suis contre, mais je comprends que certains franchissent le pas et on ne peut pas aller à l’encontre de ce qui est un droit reconnu à tout le monde », affirme la Marocaine, première Africaine à avoir décroché l’or olympique, en 1984 sur 400 m haies. Même sentiment partagé de la part du patron du CIO, Jacques Rogge, qui souhaite « réguler » mais qui ne peut « aller contre les lois ». Preuve que le sujet ne laisse pas indifférentes les instances internationales, l’IAAF, pour l’athlétisme, songe à durcir les conditions de changements de nationalité, notamment pour les récidivistes comme la… Cubano-soudano-britannique Yamile Aldama.

Louis Chenaille avec Julien Richard, à Londres