RMC Sport

Bourdais, entre douleur et espoir

-

- - -

Du Mans à Silverstone, de l’endurance à la Formule 1, le pilote français aura vécu une semaine riche en émotions.

Dimanche dernier, en s’extirpant de sa Peugeot 908 fumante après vingt-quatre heures d’une course intense et haletante, Sébastien Bourdais a du mal à digérer sa déception. Blême, transparent, fuyant ses ingénieurs et ses mécaniciens venus le féliciter de sa deuxième place, il craque et ne peut contenir ses larmes. Au milieu de l’euphorie qui gagne l’écurie française, le malaise est palpable. Il faut l’éloigner des caméras et des appareils photos. A l’écart des festivités, il laisse éclater son désarroi à la stupeur générale. « Il était inconsolable, avoue Serge Saulnier, le directeur technique. Il avait un tel sentiment de culpabilité… »

Son accrochage avec la Porsche de Patrick Pilet au freinage de Mulsanne, à 23h10 le samedi soir, a scellé, il est vrai, le sort de la course. Lui en a rajouté dans l’auto flagellation. « On avait tout pour triompher, déplore-t-il. Le matériel, l’équipe, l’équipage… » « Il est convaincu qu’il est responsable de la seconde place de la N°8, explique Olivier Quesnel, directeur de l’équipe. Je lui ai dit : oui, c’est grâce à toi que la voiture est à l’arrivée, à cette position. Mais lui ne voit pas les choses de cette façon. »

Après être monté sur le podium à reculons, embrassé Miss France le regard complètement ailleurs et reçu son trophée sans parvenir à forcer un sourire de circonstance en dépit d’une ovation publique de 230 000 spectateurs acquis à sa cause, le pilote a quitté la cérémonie tel un zombie. « Sur le podium, il a craqué comme un enfant, se rappelle Quesnel. J’ai dû aller le chercher car il l’avait quitté en pleurs. » « J’ai voulu compenser seul un handicap en temps qu’on avait eu à cause d’un souci sur la voiture, explique l’intéressé. Et pour finir, je dépasse les limites en cherchant à rattraper ça. J’enfonce le clou... »

Plus tard dans la soirée, tandis que le garage Peugeot s’anime en petit comité pour célébrer le sacre, caresser les trophées ou siroter une coupe de champagne, le pilote demeure invisible. « Il en a gros sur la patate, confie un ravitailleur. Il faut le laisser tranquille. S’il s’isole, il faut respecter ça. Mais ça ne doit pas nous gâcher la fête. » « C’est finalement rassurant comme attitude, le défend l’attachée de presse maison. Ça veut dire qu’il prend les choses à cœur. Au moins, il ne repart pas en disant, merci, au revoir, je n’ai pas gagné mais ça ne fait rien… »

On appelle ça faire son deuil. Prochain objectif : le Grand Prix de Grande-Bretagne, à Silverstone, au volant de sa Toro Rosso. La tâche ne sera pas facile. Souvent dominé par son équipier, le Suisse Sébastien Buemi, il devra se surpasser pour réaliser une belle performance. Arrivé mercredi, il entame les essais officiels ce vendredi. Le week-end sera particulier. Le circuit historique de Silverstone disparaîtra, en effet, l’an prochain. « C’est toujours triste, avoue Seb, d’autant plus que ce circuit est un vrai défi pour les pilotes. Quand vous passez Becketts, Copse et que vous atteignez des moyennes de vitesses aussi élevées sur les courbes rapides, vous vous sentez vivant au volant. Spa, Silverstone, c’est comme Le Mans : une atmosphère, un lieu d’histoire, en plus d’un réel challenge pour le pilote. »

Sébastien Bourdais aura également de quoi se changer les idées avec les introductions aux nouvelles évolutions techniques sur sa Toro Rosso. « Ce sera un premier apport qui précède d’autres petites évolutions, avant une grosse amélioration en Hongrie. Avant cela, il faudra tenir le coup. On sait que ce ne seront pas les courses les plus faciles, mais j’ai confiance dans la seconde moitié de saison. » De la confiance. Tout ce dont Seb a finalement besoin, ces temps-ci.

La rédaction - Guillaume Navarro