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Comment la chute de Schumacher a viré au drame

Méribel, où la famille Schumacher possède une résidence

Méribel, où la famille Schumacher possède une résidence - -

Zone hors-piste, vitesse, enneigement : de nombreux éléments viennent déjà nourrir l’enquête autour des circonstances de l’accident de ski qui a laissé Michael Schumacher dans un état critique.

Que s’est-il passé exactement ce dimanche à Méribel, aux alentours de 11h07, sur la zone hors-piste située à l’intersection des pistes Mauduit (rouge) et Biche (bleue) ? Les questions autour de l’accident de ski de Michael Schumacher, dans un lieu que ce résident de Méribel connaissait parfaitement, demeurent nombreuses. Diligentée par le Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Bourg-Saint-Maurice et les gendarmes de Méribel, une enquête visant à déterminer les « circonstances et les causes de l’accident » a été ouverte par le parquet d’Albertville. Elle « ne sera pas clôturée avant plusieurs jours ». De façon plus générale, ce genre d’enquête prend d’habitude environ deux mois. Une fois évacuée l’implication ou non d’un tiers, il s’agit de déterminer qui est responsable… s’il y en a un.

Un travail nécessaire pour les assurances, notamment, afin de savoir s’il n’y a pas eu de problèmes extérieurs, par exemple au niveau du balisage de pistes, ou encore si tout a bien été mis en œuvre pour secourir l’ancien pilote. Premières certitudes : le septuple champion du monde de F1 portait un casque de protection, sa tête a « tapé contre un rocher » (Christophe Gernigon-Lecomte, directeur de la station), l’accident s’est produit en « zone hors-piste » et « la présence, le rôle ou l’action d’un tiers ne serait pas mis en cause ». Une zone, plus « liaison pas damée de 100 mètres entre deux pistes » (Jean-Luc Crétier) que véritable portion hors-piste, empruntée par beaucoup de skieurs lambda pour couper d’une piste à l’autre, pas très pentue et qui et n’est pas connue, parmi les skieurs locaux, comme un endroit où se déroule beaucoup d’accidents. « Ça se traverse sans aucun problème quand il y a suffisamment de neige », indique Crétier.

Située à une cinquantaine de mètres du domaine de Burgin, où se trouve le chalet de Schumacher, la zone présentait surtout un danger inhérent à la pratique du ski : des rochers. Danger encore renforcé par les conditions climatiques du moment comme des semaines précédentes. Car le début d’hiver particulièrement doux a empêché la formation d’une sous-couche de neige conséquente. Résultat ? Les récentes chutes de neige n’ont fait que recouvrir d’un fin manteau blanc des terrains où les rochers affleurent. Plus de chances de voir le skieur s'y prendre les spatules, donc. Et en cas de chute, une fois cette neige fraîche traversée, le risque de frapper la roche apparaît donc conséquent. « Il a dû arriver du dessus et voir quelque chose de blanc immaculé, avance Crétier. Jusqu’à présent on avait une couche de cinq centimètres sur les cailloux. Mais une vingtaine de centimètres est venue se greffer. Donc, avec 25 centimètres, on voit quelque chose de magnifique. Mais dans 25 centimètres, avec le poids du skieur, vous touchez le fond. »

Une sous-couche de neige absente, des rochers qui affleurent

« Ce n’est pas particulièrement une zone risquée mais elle se situe en dehors des pistes balisées et sécurisées, confirme Olivier Simonin, directeur général de Méribel-Alpina, la société en charge du domaine skiable. Michael Schumacher est fidèle à Méribel depuis de nombreuses années et il connait bien le domaine. Il a fait le choix de skier en dehors des pistes balisées. Et compte tenu des circonstances actuelles, c’est un choix qui présente un certain nombre de risques. On a eu de faibles chutes de neige ces derniers jours mais qui peuvent présenter des risques soit par des déclenchements intempestifs (avalanches, ndlr) soit en recouvrant certains obstacles que l’on ne voit plus à ce moment-là. La sous-couche de neige est insuffisante et instable, ce qui explique que des rochers affleurent. La pratique du hors-piste nécessite de bien s’informer sur le terrain. Il ne faut pas hésiter à se renseigner auprès des professionnels de la montagne. »

Autre élément important à déterminer : la vitesse de Schumacher, adepte des sensations sportives fortes et « skieur confirmé » (Xavier Mills, concierge privé du domaine de Burgin), au moment de l’accident. « Quelqu’un qui aurait vécu ce type d’accident sans casque ne serait certainement pas arrivé jusqu’ici, explique Jean-François Payen, chef du service anesthésie réanimation du CHU de Grenoble. Je dirais que cet accident est survenu à haute cinétique (vitesse du mouvement, ndlr). » Et Emmanuel Gay, chef du service de neurochirurgie, de confirmer : « C’est un accident qui arrive souvent en ski, malheureusement. La cinétique du choc devait être particulièrement élevée. » Olivier Simonin conclut : « Les leçons à tirer ? Il faut essayer en permanence de maîtriser sa vitesse, de respecter les balisages et de ne pas sortir des pistes sécurisées sans être parfaitement informé. Il faut aussi porter un casque. »

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A.H. avec P.Ta.