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F1: Grosjean veut revenir "à un bien meilleur niveau" en 2020

L’écurie Haas a confirmé ce jeudi la présence de Romain Grosjean au volant de l’une de ses monoplaces pour le Championnat du monde de Formule 1 en 2020. Au micro de RMC Sport, le pilote français a savouré cette excellente nouvelle en faisant le bilan de ses dix années en F1.

Vous avez été confirmé pour la saison 2020. Vous serez en Formule 1 au volant d’une monoplace de l’écurie Haas l’an prochain. Quel est votre sentiment?

C’est une bonne nouvelle. C’est bien de continuer avec l’équipe. Je le dis depuis le début de la saison, on n’a pas fini notre histoire ensemble. C’est vrai que cette année a été un peu plus dure en terme de résultats par rapport aux précédentes. J’avais tout de même confiance en mon travail, en mon retour technique. Les résultats ne parlent pas forcément pour nous, mais on est un peu dépendant de la voiture aussi. Je suis content de continuer avec Haas, mais surtout, j’espère qu’on va revenir à un bien meilleur niveau l’an prochain.

Votre patron, Günther Steiner, nous a fait savoir que les relations humaines que vous entreteniez tous les deux avaient compté même si parfois il peut vous détester ou vous crier dessus. A quel point l’humain est important dans une écurie?

C’est vrai que dans le sport, les émotions sont décuplées dans les deux sens. Quand tout va bien, vous êtes le roi du monde et il y a des jours où c’est plus compliqué. Un Team Manager qui termine la course en disant qu’il va virer ses pilotes parce qu’ils ont été nuls, au même titre qu’un pilote qui annonce qu’il aimerait être dans une autre écurie parce que la situation est dure voire catastrophique, cela arrive. Quand les émotions s’estompent, le lundi, il n’y a finalement aucun souci. Les relations avec Günther Steiner sont bonnes. On a toujours su se dire les choses comme elles l’étaient et c’est important.

"Je ne dois pas être si nul que cela"

Le choix entre vous et Nico Hulkenberg a été difficile à faire. Selon vous, quel élément a fait la différence?

Dans la vie, on sait toujours ce qu’on perd, mais jamais ce qu’on gagne. L’herbe semble toujours plus verte chez le voisin. Je pense que mon retour technique cette année a été la clef. Et dès Barcelone pendant les essais, j’ai dit que quelque chose sur la voiture n’allait pas. Et c’est quelque chose qui a été apprécié dans l’écurie.

Pourtant, il semble que votre réputation auprès du grand public ne soit pas si bonne. Comment l’expliquez-vous?

Je n’en sais rien. Je ne suis pas parfait, je fais des erreurs, comme tout le monde. Si cela fait dix saisons que je suis en Formule 1, c’est que je ne dois pas être si nul que ça. Ou du moins pas autant que certains veulent le dire. Non, je ne fais pas que des tête-à-queue dans la voie des stands ou sous régime de voiture de sécurité. Je pense que le plus important est d’être bien dans ses chaussures et de savoir ce qu’on fait, d’être bien avec soi-même. J’ai des fans qui sont adorables qui me suivent. J’ai des "haters" détestables qui me suivent aussi. Je fais ça pour moi, pour ma femme, pour mes enfants et ceux qui sont proches de moi.

"J'ai résisté à des tempêtes"

Justement, que représentent ces dix saisons pour vous?

Je commence à réaliser, ce n’est pas négligeable. Plus le temps passe, plus je remonte dans le classement des pilotes français ayant disputé le maximum de Grands Prix. Je suis parvenu à résister à pas mal de tempêtes. J’ai connu de supers moments, j’ai eu de supers voitures. Mais j’ai aussi conduit des trapanelles (des voitures peu performantes,ndlr). Dans l’ensemble, je suis content de ce que j’ai fait, mais je n’ai pas envie de m‘arrêter à dix saisons seulement. On va continuer à travailler dans le futur et espérer que l’an prochain, on revienne dans le match.

Après neuf ans en Formule 1, cela vous paraissait logique de continuer ou vous avez commencé à regarder ailleurs, dans une autre catégorie?

Je me suis demandé si j’avais toujours envie d’être en Formule 1. Parce que cela fait depuis 2011 que je n’ai pas été champion. Parce que cela fait depuis 2013 que je n’ai pas une voiture capable de m’amener sur le podium. Et parfois, j’ai un peu l’impression de jouer au tennis avec une raquette de ping-pong et vous comprenez bien que dans ces conditions-là les chances de gagner un tournoi sont faibles. Oui, je me suis parfois posé certaines questions: 'Ai-je vraiment envie de continuer en Formule 1? Est-ce que c’est vraiment cela que j’ai envie de faire? Ne serai-je pas mieux dans un championnat moins médiatisé où je gagne peut-être un peu moins bien ma vie, mais où j’aurais l’opportunité de remporter des courses?' Il y a des moments où c’est important de se poser des questions. Mais la réponse est claire, je souhaite rester en Formule 1. 

Quel élément vous a finalement convaincu de rester?

Une discussion avec mon fils de six ans, Sacha. Il m’a dit: 'Papa, je n’ai pas encore pu venir te voir sur un Grand Prix. Je veux vraiment venir l’an prochain.' Cela a pas mal pesé dans la balance. Je me suis dit que je ne pouvais pas arrêter la Formule 1 tant qu’il n’est pas venu.

Lucas Vinois