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Prost : « Grosjean doit exploser »

Alain Prost

Alain Prost - -

Alors que le championnat du monde débute ce week-end, avec le Grand Prix de Melbourne, Alain Prost livre ses impressions sur la saison à venir. Pour le quadruple champion du monde, Sebastian Vettel devrait être difficile à aller chercher et Romain Grosjean jouera à quitte ou double.

Alain, on a le sentiment d’un resserrement du niveau en ce qui concerne les meilleures écuries. Qu’en pensez-vous ?

C’est vrai qu’on a l’impression qu’elles sont proches, mais je me méfie des essais d’hiver. Les grandes équipes ne montrent pas leur vrai visage. Il faut notamment attendre les températures adéquates, qui n’auront rien à voir à Melbourne comparées à ce qu’on a eu pendant les premiers essais. Je pense qu’on aura une saison assez similaire à 2012. Dans le sens où ça va être disputé. Mais avec peut-être moins de surprises. Je pense aussi qu’on verra Ferrari plus compétitif dès le début de saison. Après, j’espère qu’il n’y aura pas une équipe ou un pilote qui va écraser le début du championnat comme c’était le cas il y a deux ans avec Vettel. J’ai un peu peur de ça parce que la Red Bull m’a l’air encore très performante.

Quelles sont les écuries qui, selon vous, ont leurs chances ?

Lotus a l’air très bien. Ferrari a l’air pas mal, McLaren aucun problème. En ce qui concerne Mercedes, je mets un petit point d’interrogation. Je pense qu’ils vont être bien sur certaines courses, mais je ne suis pas sûr qu’ils puissent être très bien partout, parce qu’ils avaient pas mal de retard. Mais en étant réaliste, vu que les changements de règlement ont été assez faibles, je ne vois pas Red Bull rentrer dans le rang.

« Une saison cruciale pour Vergne »

Estimez-vous dommageable que les équipes aient tendance à privilégier les pilotes capables d’apporter de l’argent ?

J’ai été directeur d’équipe, avec parfois des difficultés financières, donc je ne peux pas leur jeter la pierre. Quand vous avez deux pilotes à un niveau à peu près équivalent, s’il y en a un qui amène un peu d’argent, forcément… Mais je pense que le problème vient de la base. Le fait que les pilotes puissent, quand ils ont suffisamment d’argent, rester autant d’années qu’ils veulent dans les catégories inférieures, ça casse l’explosion des pilotes qui arrivent. Du coup, on n’arrive plus à juger qui est le bon pilote. C’est un système qu’il faut réformer à la base. Maldonado est un bon par exemple, mais il a fait cinq ans de GP2, la catégorie avant la F1, et il faut énormément d’argent pour ça. C’est un vrai souci.

Lewis Hamilton a-t-il fait une erreur en rejoignant Mercedes ?

On sentait qu’il y avait un truc de cassé avec McLaren. Avoir un nouveau défi dans une équipe qui a un besoin incroyable de renouer avec le succès, c’est peut-être une bonne chance. Il ne faut pas tomber dans les habitudes, et si on voit qu’il y a un ressort cassé sur le plan humain, partir n’est pas une erreur.

Un mot sur la saison 2012 des trois Français ?

Il y a eu des hauts et des bas, c’est normal. Les très hauts et très bas concernent surtout Romain Grosjean. Il doit stabiliser les choses. Tout le monde sait qu’il a un potentiel incroyable et une des meilleures voitures du plateau, donc normalement, il doit exploser. Moi, je pense qu’il peut être régulièrement aux avant-postes. Pour Jean-Eric Vergne, c’est différent, c’est la saison cruciale pour lui. Il le sait, c’est le piège des filières Red Bull (Toro Rosso est une sorte d’antichambre de Red Bull, ndlr) mais on le sent mieux armé, plus serein. Ça devrait aller. De son côté, Charles Pic va refaire une saison d’apprentissage dans sa nouvelle équipe (Caterham), qui a beaucoup d’ambition mais qui n’a pas encore le niveau pour jouer ne serait-ce que le milieu de grille, il faudra être un peu patient.

Comment voyez-vous la saison de Grosjean ?

C’est tout le paradoxe de Romain, on ne sait pas vraiment quoi dire. On sait qu’il peut gagner. Pourquoi pas les trois premiers Grands Prix, on ne sait pas. Il a fait des erreurs qui coûtent cher. Pas seulement en termes de points et d’argent. En termes de confiance et de crédibilité vis-à-vis des autres pilotes, il faut se réhabiliter. Et c’est long. Il ne suffit pas d’une bonne course, il en faut plusieurs consécutivement, c’est tout son challenge à lui.

Propos recueillis par Antoine Arlot