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Heintz : « Pour Loeb, tout a commencé autour d’un café… »

Sébastien Loeb a bien failli ne pas être le champion qu'il est aujourd'hui

Sébastien Loeb a bien failli ne pas être le champion qu'il est aujourd'hui - -

Dominique Heintz est l’homme qui a découvert l’Alsacien et permis de lancer sa carrière. Pour RMC Sport, il se souvient des premiers pas difficiles du pilote Citroën qui vise, à partir de jeudi sur ses terres, un septième titre mondial.

Dominique Heintz, quand a débuté votre aventure avec Sébastien Loeb ?
Tout est parti d’une promesse que j’ai faite quand j’ai effectué le Dakar en moto. J’avais été aidé par un pool d’entreprises et à mon retour, je leur avais dit que si je pouvais les aider en trouvant un jeune, je le ferais. Cette promesse est restée dans un tiroir de 1986 à 1996. Un jour j’ai lu un article sur un jeune de la région qui avait fait un rallye. Il avait réalisé le meilleur temps, mais n’avait pas été retenu. Je me suis débrouillé pour le contacter. C’était un samedi après-midi. Je lui ai proposé de boire un café pour discuter.

Comment était-il ?
La mèche un peu rebelle. Loin de ce qu’il est aujourd’hui. Un jeune de 22 ans, mais qui avait déjà une grande volonté par rapport à ce qu’il voulait faire. Ce café aurait pu durer un quart d’heure, mais nous avons parlé pendant près de deux heures. Il a eu la très bonne idée de venir. D’autant qu’un jeune a peut-être d’autres choses à faire un dimanche après-midi que de venir chez un inconnu avec sa copine.

Aurait-il eu cette carrière sans ce café ?
Je ne sais pas. Je serais presque tenté de dire ‘‘certainement non’’. Il aurait sans doute fait une très belle carrière. Sans vouloir le dire tous les jours, je suis fier parce que nous sommes partis de rien. On n’avait rien qui nous laissait imaginer que Sébastien serait champion du monde.

Comment était-il perçu à ses débuts ?
Quand nous sommes arrivés sur le rallye du Florival pour sa première course, les gens nous regardaient d’une façon un peu bizarre. J’arrivais avec ma petite structure et les gens ont dû se dire : « Pour qui se prennent-ils, ceux-là ? » Et pourtant, on ne venait là que pour voir ce que Sébastien pouvait faire sur un premier rallye.

« Je me suis dit soit ce type est un fou, soit c’est un génie »

Vous avez d’ailleurs été son premier copilote…
Sébastien était ce petit jeune qui sortait de nulle part et que personne ne connaissait. Peu de monde voulait cette place. De mon côté, je me suis dit que ça me permettrait de l’évaluer. Il a appris comment prendre des notes. Il ne savait rien d’un rallye. D’ailleurs au départ, il y avait un décompte manuel et pas électronique. Quand on est arrivé à zéro, il reste scotché sur la ligne. Je lui dis : « Hey ! C’est quand tu veux ! » Et il est parti.

Et que vous êtes-vous dit en sortant de la voiture ?
Je vais voir Bertrand, notre ami de l’association (ndlr : Ambition-Sport-Auto), et je lui donne mon casque en lui disant : ‘‘Prends ma place. J’ai déjà eu ma dose. Soit ce mec est un fou, soit c’est un génie’’.

Et pourtant, tout a failli tomber à l’eau…
C’était sur le rallye du Rouergue en 1998. Il est sorti de la route lors des essais or la voiture n’était pas assurée. Cela nous a mis dans une situation délicate pour ne pas dire pire. La logique aurait voulu que ce soit la fin de sa carrière. Mais on a eu la chance que beaucoup de gens croient en lui (Il montre une épave au fond de son garage). J’ai pensé la mettre à la ferraille et puis je me suis rendu compte que tout le monde voulait la voir. Je la garde bien au chaud. Elle aura peut-être une place dans le futur musée de Sébastien.

Recueilli par Julien Richard à Haguenau