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Les malles moto, espèce en voie de disparition

Yannick Guyomarc'h

Yannick Guyomarc'h - -

De moins en moins nombreux sur les routes du Dakar, les malles motos -ces concurrents dépourvus d’assistance- sont les premières victimes des progrès ces dernières années du rallye-raid. Ces garants de l’esprit Dakar pourraient même, à terme, voir leur catégorie purement disparaître.

« Quand on nous compare aux autres, on ressemble à des zombies. » Les cernes sous les yeux de Yannick Guyomarc’h parlent pour lui. Rien d’étonnant lorsqu’on connaît le temps de sommeil moyen de l’intéressé : cinq heures depuis le début du Dakar. Mais aussi éreinté qu’il soit, ce motard ne renierait sa condition pour rien au monde. « Regardez autour de nous, lance ce pompier volontaire de 37 ans. Il y a plein de teams mais ils n’ont pas ce petit truc, ce truc du motard. Ici, nous, on l’a. » Nous, lui, ce sont les « malles motos. »

Les vrais aventuriers du Dakar, ceux qui disputent le rallye-raid à la dure, sans la moindre assistance et avec pour seul compagnon une malle. Une caisse métallique dans laquelle s’amoncellent vêtements, effets personnels mais surtout, des pièces de rechange pour retaper leur bécane. Un essentiel de poche comprimé dans 80 centimètres de long et 40 centimètres de large. « Le Dakar, ce n’est pas que l’ambiance des malles moto, mais ça en fait partie, assure Guyomarc’h. Pour les uns, c’est une nouvelle course chaque jour, avec une moto remise en état et 8 heures de sommeil. Nous, on essaie de ne pas trop détruire la moto dans la journée. Le soir, on se fixe des priorités. Parfois, on laisse traîner des réparations pour ne pas sacrifier une ou deux heures de sommeil. »

Plus la même histoire sans les malles

Cette vie d’aventurier, cet esprit Dakar, le célèbre rallye-raid le voit s’éteindre un peu plus chaque année. Inventées en 1995, à « une époque où il n’y avait pas d’assistance » précise David Castera, les malles motos étaient une centaine. « L’an dernier, on en avait 25, lâche fataliste le directeur sportif de l’épreuve. Elles ne sont plus que 10 ou 12 aujourd’hui. Les participants font en sorte désormais d’être les mieux préparés et sortent un billet supplémentaire pour s’offrir une assistance devenue accessible. Alors oui, le système des malles motos est menacé. »Trop coûteux, le procédé a été revu à la baisse depuis. Un semi-remorque au lieu de deux pour transporter les repas, un établi sommaire pour ranger les outils, trois personnes détachées à plein temps : le service minimum est « assuré ». Pas plus.

«Il y avait une démesure entre ce que l’on mettait en place et l’utilité que ça avait, justifie-t-il. Mais on se doit de proposer ce service pour les gens qui partent seul. On le gardera tant qu’il y aura de la demande. » Les malles motos, eux, ne se font guère d’illusions. Ils se savent en danger de disparition. « Les premiers Dakar se disputaient avec une boussole. Aujourd’hui, ce sont les GPS. On ne peut pas toujours rester avec une boite de boulons et une clé à molette, affirme Yannick Guyomarc’h. Par la force des choses, les organisateurs vont probablement tirer un trait sur ces hurluberlus qui font le Dakar avec l’esprit d’il y a vingt-cinq ans. Mais ce ne sera plus la même histoire. » Plutôt la fin d’une belle page.