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Affaire Armstrong – Guimard : « Un système mafieux »

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Après les révélations contenues dans le dossier Armstrong mis en ligne la nuit dernière par l'USADA, notre membre de la Dream Team, Cyrille Guimard, revient sur l’affaire qui secoue le monde du cyclisme. Pour lui « rien de surprenant », tout est concordant.

Les révélations contenues dans ce dossier sont édifiantes…

Aujourd’hui, les documents mettent en cause l’US Postal, Lance Armstrong, Johan Bruyneel et l’ensemble de la carrière de Lance après 1998. On est dans la phase terminale de cette longue saga qui va amener au point final. Il reste une inconnue : comment va réagir l’UCI par rapport à ce dossier, à ces révélations ? On se souvient de quelques réticences de l’UCI, qui a remis en cause des propos tenus et le déroulement de la procédure.

On voit mal comment Lance Armstrong peut s’en sortir avec autant de preuves et de témoignages à charge…

La question est : comment l’UCI pourra s’en sortir ? L’UCI a freiné des quatre fers dans cette affaire. L’UCI n’est pas très claire dans cette affaire, elle ne semble pas sereine. Et on a encore des choses à découvrir. L’important aujourd’hui est que l’affaire aille au bout. Mon souci, c’est que demain, il faut que petits ou grands coureurs sachent qu’à un moment ou à un autre, ils peuvent être rattrapés par la brigade. On a dit que c’est l’affaire de dopage la plus professionnelle. En fait, après 1998, l’US Postal avec Armstrong et ses médecins ont amélioré ce qu’il se passait à Festina et à la Once.

Dans ce rapport, on remarque que Lance Armstrong n’était pas le seul « cerveau » dans ce système de dopage organisé…

Au départ, il y a le docteur Ferrari et même le docteur Conconi, les deux sont des médecins faisant partie du CONI (Comité olympique italien, ndlr). Fin 1990, on a trouvé un nouveau produit en expérimentation : l’EPO, qui est devenu un produit à maîtriser. Le seul problème est que le docteur Conconi était le président de la Commission Médicale de l’UCI, et qu’il a mis en place les protocoles d’EPO au même moment. Cette affaire est très complexe mais très simple : on part du CONI avec Conconi-Ferrari, puis des coureurs qui découvrent que les italiens marchent à l’EPO. J’étais présent à une réunion de l’UCI où l’on a fixé un premier critère qui était de ne pas dépasser un taux d’hématocrite de 50. Dans tous les pullmans des équipes, vous aviez une centrifugeuse. Tous les matins, les coureurs venaient pour vérifier leur taux. Le système était donc totalement légalisé.

Est-on face à un réseau mafieux de l’US Postal ?

Mafieux, oui, mais légal, comme on a limité le taux à 50. Festina et Once se sont fait piqués puis aujourd’hui les équipes d’Armstrong. On retrouve Bruyneel, on retrouve Contador déjà cité dans l’affaire Once et Puerto, et on les retrouve ensemble chez Astana. On retombe sur Bjarne Riis, il y a les mêmes personnages. C’est un système mafieux avec des ramifications au niveau de l’UCI.

Es-tu surpris par ce que l’on découvre ?

Absolument pas, je ne suis pas surpris de voir exploser « la cocote minute Armstrong ». Ca ne surprend pas les gens du milieu et ceux qui ont déjà fait des investigations sur Armstrong et l’EPO.