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Avec François P., médecin préleveur du Tour

La lutte antidopage sur le Tour vue de l'intérieur

La lutte antidopage sur le Tour vue de l'intérieur - -

Alors que le Tour de France est (pour le moment ?) vierge de contrôle positif, voyage au plus près du peloton avec un agent de la lutte antidopage, qui a testé une cinquantaine de « gros poissons » et de lieutenants.

François P. a « fait » son premier Tour de France. Comme un bâton de maréchal pour ce médecin préleveur, habitué depuis plusieurs années des contrôles pour le compte de l’Agence française pour la lutte contre le dopage (AFLD) mais qui n’avait jamais connu le frisson de la Grande Boucle. Notre homme n’a pas été déçu de sa semaine sur le Tour 2010 : « C’est quelque chose de fantastique, démesuré. Une vraie Tour de Babel avec des gens venus de partout, parlant toutes les langues. »

Sollicité par l’Union cycliste internationale (UCI) au printemps, notre médecin français a mené une cinquantaine de prélèvements, la moitié au terme des étapes, le reste directement aux hôtels des équipes. « La plupart des contrôles étaient urinaires mais j’ai aussi fait du sanguin aux hôtels », confie-t-il.

Sur la ligne d’arrivée, les coureurs concernés sont le vainqueur d’étape, le maillot jaune, et six autres coureurs tirés au sort, dont généralement l’un des leaders du classement par points. Tenu au secret, François P. assure tout de même avoir vu passer « tous les gros ». Armstrong notamment, « froid et très professionnel » lors d’un contrôle à l’hôtel du leader de la formation RadioShack, en compagnie de son compatriote Levi Leipheimer.

« On ne peut pas dire qu’ils ne jouent pas le jeu »

Sauf exception, les coureurs se sont montrés pleins de bonne volonté. « Il y en a bien un qui a commencé à manifester sa mauvaise humeur, mais il venait de subir deux contrôles en 48h… », avance le préleveur. Dans les hôtels, notre médecin débarquait à 6h30 ou 21h, flanqué des représentants de l’UCI et de l’Agence mondiale antidopage (AMA), ainsi que d’un chaperon. « Dans le foot ou le rugby, on nous aurait reçus avec un fusil ! » Là, on joue manifestement le jeu. Comme ces trois équipes en train de diner qui se regardent pour savoir sur qui « ça » va tomber.

Quid du caractère inopiné des contrôles, souvent mis en cause quand l’UCI mène la lutte antidopage ? « A voir la gueule des coureurs, je dirais que c’était irréprochable », assure François P. Et puis, il y a cette année, la taskforce de l’AMA qui inspecte les opérations dans ses moindres détails. « Des procéduriers. » Ou des adeptes du plus grand secret. « Un soir, on quitte notre hôtel à 21 heures pour aller faire un contrôle urinaire-sanguin inopiné dans une équipe. J’ai su à qui j’avais à faire quand je suis entré dans la chambre des coureurs en question… » En l’occurrence, trois membres de l’équipe Caisse d'Epargne.

Aucun cas positif à l’issue de la deuxième semaine du Tour, selon les analyses effectuées à Lausanne et Cologne. Une édition propre ? L’avenir le dira. Au final, que pense Francois P.du peloton ? « De grands sportifs, maigres comme des fondeurs, aux membres inferieurs très puissants. Il y en a sûrement qui feront les cons, mais on ne peut pas dire qu’ils ne jouent pas le jeu. » Contador et Schleck ? « Il y a eux et les autres. Ce sont des champions. » Le préleveur ne reste pas toujours de marbre…

Louis Chenaille