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Prudhomme : « Cette fois, c’est une crise mondiale »

Christian Prudhomme

Christian Prudhomme - -

Christian Prudhomme ne cachait pas sa satisfaction de voir l’UCI rayer des palmarès Lance Armstrong. Le patron du Tour espère maintenant que le Texan rendra ses gains et que les Tours de 1999 à 2005 restent sans vainqueur.

En préambule, Christian Prudhomme a tenu à prendre la parole…

Ces quelques mots, d’abord. Le rapport de l’agence antidopage américaine (USADA) était accablant. C’est donc sans surprise que nous avons entendu cette décision. Sans aucun étonnement, c’est tout à fait logique qu’Armstrong ne soit plus vainqueur du Tour entre 1999 et 2005. Et comme je l’ai indiqué il y a 10 jours, nous souhaitons qu’il n’y ait pas de lauréats sur ces éditions. Une décision formelle doit être prise par l’UCI, mais pour nous, très clairement, il doit y avoir un palmarès en blanc.

Souhaitez-vous que l’UCI aille dans ce sens ?

Nous souhaitons en effet que ces années soient sans lauréat. Dans le rapport de l’USADA, il y a une double remise en cause : la remise en cause d’un système et la remise en cause d’une époque. Et ces années sombres doivent être marquées par l’absence de vainqueur.

Avez-vous été surpris par ce que contenait ce rapport ?

Surtout le système mafieux qui va au-delà du sport.

Comment avez-vous vécu la période entre la remise du rapport de l’USADA et la décision de l’UCI ?

Vous savez, on a l’habitude d’attendre. Entre le temps médiatique que vous (les médias, ndlr) incarnez et la réalité du monde juridique, il y a une différence énorme. Mais quand l’USADA a mis en ligne son rapport, c’était tellement accablant qu’il y a une vraie logique dans la décision de l’UCI.

Allez-vous demander une restitution des gains ?

Le règlement de l’UCI est clair. Quand un coureur perd la place qui lui a donné un prix, il doit rembourser. Si un coureur perd la place, il doit rembourser.

Avez-vous craint que l’UCI ne suive pas le rapport de l’USADA ?

Non car le rapport était tellement clair. La décision prise est tout à fait logique. Vous savez, c’est sur les difficultés qu’on peut bâtir les choses. Dans ces années difficiles s’est construite la lutte antidopage. Le cyclisme est aujourd’hui intraitable. Il a déjà changé par rapport à celui du passé. Il faudra maintenant que l’UCI tire toutes les leçons de l’affaire Armstrong et de comment on a pu en arriver là.

« Un talent qui s’est fourvoyé »

On a le sentiment que l’UCI offre toujours le même discours…

Cette fois, c’est une crise mondiale. L’aura d’Armstrong touche tout le monde. Pas seulement les Français, mais partout dans le monde. En 1998, certains ont eu beau jeu de dénoncer Festina et de dire qu’ils étaient les seuls à tricher. Ce n’était pas le cas. A l’évidence. Là, on s’inscrit dans quelque chose qui dépasse le cyclisme.

Qu’avez-vous pensé au moment de son retour en 2009 ?

Les organisateurs ne choisissent pas les coureurs qui viennent. Dans la lutte antidopage, il y avait eu de vrais changements entre le moment où il est parti et où il est revenu. Il y avait des choses plus sévères. On avait à l’époque précisé qu’Armstrong pourrait revenir dès lors qu’il se soumettait à ces règles.

Le Tour peut-il s’en relever ?

Bien sûr, je ne suis pas inquiet pour les audiences et la foules au bord des routes. Mais encore une fois, à l’évidence que l’UCI tire tous les enseignements de cette affaire. Ça n’est pas le coureur ou le champion seul, mais il faut aussi punir l’entourage. C’est vraiment l’histoire d’un vrai talent qui s’est fourvoyé. Champion du monde de 21 ans, qui dominait tout le monde dans le triathlon et qui a joué avec le feu.

Recueilli par Pierrick Taisne