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Magnifique A. Schleck, héroïque Voeckler

Thomas Voeckler a arraché au Galibier son maillot jaune pour quinze petites secondes

Thomas Voeckler a arraché au Galibier son maillot jaune pour quinze petites secondes - -

Le Français a sauvé son maillot pour quinze petites secondes jeudi au sommet du Galibier malgré le numéro de haute voltige du cadet luxembourgeois, auteur d’un prodigieux cavalier seul dès l’Izoard. Contador a sans doute définitivement lâché.

Andy Schleck se tenait à la rambarde ; Thomas Voeckler était soutenu par son soigneur ; Pierre Rolland, son coéquipier, avait les yeux rougis, incapable de répondre aux journalistes. A 2 645 mètres d’altitude, en haut du Galibier, les héros étaient exténués après plus de six heures de course. La faute au manque d’oxygène, mais surtout au Luxembourgeois, grand animateur d’une 18e étape appelée à entrer dans la légende du Tour.

Arrivé premier au sommet du Galibier après une chevauchée héroïque de 80 km, le plus jeune des Schleck a répondu à tous les sceptiques qui se demandaient depuis deux ans (deux places de dauphin en 2009 et 2010) s’il avait l’étoffe d’un vainqueur de la Grande Boucle. A 26 ans, le grimpeur a surpris tous ses rivaux sur les pentes de l’Izoard, signant le plus grand exploit de sa carrière. « C’est la plus belle victoire, j’ai voulu prendre les choses en main, j’ai réussi à creuser un gros écart, et l’équipe a fait un travail incroyable. Gagner au Galibier, c’est un rêve pour toute l’équipe. »

Piégé par Alberto Contador dans le col de Manse il y a deux jours, le leader de Leopard-Trek a faussé compagnie au groupe du maillot jaune dès la première épingle du deuxième des trois cols hors catégorie du jour. Andy Schleck, qui pointait jeudi matin à Pinerolo à la 4e place du général avec 2’36 de retard sur Thomas Voeckler, a parfaitement orchestré son attaque, basculant avec 2’15 d’avance sur ses poursuivants au sommet de l’Izoard. Emmené par ses coéquipiers Joost Posthuma et Maxime Monfort, Schleck est devenu leader virtuel du Tour dans la plaine, aux abords de Briançon. Dans un groupe de tête de six coureurs, le Luxembourgeois a abordé le Galibier avec 3’40 sur les poursuivants, qui tentaient en vain de s’organiser, Contador connaissant même un ennui mécanique. A 17 km dans le Lautaret, Schleck a pris seul les commandes, Monfort ayant rendu les armes, tout comme d’autres infortunés, Devenyns, Silin, Roche, Iglinskiy…, sacrifiés un à un sur la roche du Galibier.

Voeckler : « Par moment je me demandais ce que je faisais là »

C’est finalement Cadel Evans qui a réagi à 10km de l’arrivée, portant son maillot rouge et noir de la BMC aux avant-postes des gros pourcentages de l’ascension. En danseuse, l’ancien vététiste australien, avec Voeckler et Rolland calés dans sa roue, grignotait l’avance du Luxembourgeois, tombée à un peu plus de 3’ à 3 km du sommet, puis à 2’30 à quelques hectomètres. Mais dans un élan magnifique, le Français, piloté par Evans, remettait un ultime effort pour préserver sa tunique. Le leader de la formation Europcar passait la ligne en 5e position avec 2’22 de retard sur le vainqueur. Le maillot est sauf, même s’il ne tient plus qu’à un fil (15 secondes). Un exploit en soi. « J’avais du mal à respirer, je suis allé au bout, soufflait l’Alsacien sur la ligne. Avec Pierre (Rolland), on se demandait un peu ce qu’on faisait là. Ça fait trois jours que je perds des secondes, chaque fois sur des mecs différents. Andy a fait un numéro à lui tout seul, moi j’ai fait un numéro par rapport à moi-même. J’ai tellement mal aux jambes. Vivement dimanche ! »

C’est aussi ce que doit se dire Contador, décroché à 1,5 km du sommet, et arrivé 14e à 3’50 d’Andy Schleck. Désormais 7e du général, avec un retard de 4’44 sur le leader, le double tenant et triple vainqueur a sans doute rendu sa couronne. L’Alpe d’Huez et le chrono à Grenoble ne devraient pas le remettre en selle. « Contador a perdu le Tour, et Voeckler peut viser le podium », conclut Cyrille Guimard, consultant RMC Sport. Encore trois jours de suspense garanti…