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Merckx : « Si j’avais à nouveau 16 ans… »

Eddy Merckx en 1969, lors de sa première victoire sur le Tour de France

Eddy Merckx en 1969, lors de sa première victoire sur le Tour de France - -

A l'occasion de la 100e édition du Tour de France, qui débute le 29 juin, RMC Sport vous propose de revisiter l'histoire de la Grande Boucle à travers une série d'entretiens exclusifs. Quintuple vainqueur (1969, 1970, 1971, 1972, 1974), le légendaire Eddy Merckx (68 ans) se souvient avec délice de son passé de « Cannibale ».

Eddy Merckx, que représente pour vous le Tour de France ?

Pour moi, c’est la plus belle épreuve du cyclisme. De toutes mes victoires, c’est le Tour de France 1969 qui reste le plus beau souvenir de ma carrière. Quand on est gamin, on joue au Tour de France. Il y avait 30 ans qu’un coureur belge n’avait plus gagné la Grande Boucle. C’est un rêve d’enfant qui s’est réalisé.

Au début de votre carrière, pensiez-vous être capable de gagner le Tour ?

On n’y pense pas. Il faut gravir les échelons. On commence dans de petites catégories et lorsque cela évolue bien, on espère pouvoir faire une carrière professionnelle. Et puis on gagne des épreuves chez les pros, on fait des courses à étapes… A partir du moment où j’ai gagné le Tour d’Italie en 1968, j’étais certain de pouvoir gagner le Tour de France un jour.

Avez-vous le sentiment d’être le plus grand cycliste de tous les temps ?

Non, je suis le plus grand cycliste de ma génération. Je pense qu’on ne peut pas comparer les générations. Elles sont toutes différentes. Le plus important, c’est d’être le meilleur de sa génération. Les comparaisons, c’est quelque chose de ridicule.

Quelles relations entreteniez-vous avec vos adversaires ?

Je voulais tout gagner ! N’importe quel sportif de haut niveau commence son match pour gagner. Quand on fait du sport, on veut être le meilleur. Il y a le respect de l’adversaire, bien sûr. Les cadeaux, ça se fait aux anniversaires et à Noël, mais pas pendant la course.

Votre surnom de « Cannibale » vous a-t-il flatté ou agacé ?

Ça me laissait complètement indifférent. Ce surnom est venu d’un ancien équipier de Peugeot, Christian Raymond. J’avais changé d’équipe. Un jour, sa fille était au départ. Elle avait 12 ans, à l’époque. Il lui a dit : « voilà celui qui veut tout gagner et qui ne nous laisse rien ». Elle a répondu : « c’est un cannibale ». Christian Raymond me disait : « ça va, Canni ? ». Ça ne me dérangeait absolument pas.

Savez-vous quel regard portent vos anciens concurrents sur vous ?

Je pense que la plupart de mes concurrents sont fiers d’avoir pu courir avec moi, d’avoir pu se battre. Et quand ils me battaient, ils étaient encore plus fiers. Je représentais quand même le gagneur par excellence, je dirais. Pour eux, c’était une double victoire.

Regrettez-vous que certains coureurs actuels choisissent entre faire les classiques ou le Tour de France ?

Oui. Ça fait aussi la popularité du cyclisme de voir les grands noms au départ des grandes épreuves. Il faut dire aussi que le Tour de France est devenu tellement « esclave » de sa popularité, qu’il a pris une telle importance au niveau des médias… De mon temps, il y avait sept ou huit chaines de télévision. Aujourd’hui, il y en a une trentaine. La pression est encore plus forte. Il y a plus de publicité. Pour les sponsors, le Tour de France est certainement le plus important.

A votre avis, quel coureur est le leader du cyclisme international à l’heure actuelle ?

L’année dernière, j’aurais dit Wiggins. Il a fait une saison extraordinaire. Cette année, Froome est vraiment très impressionnant. Mais le Tour dure trois semaines. Il aura pas mal de concurrents, avec Contador, Rodriguez et d’autres. Maintenant, les coureurs sont plus spécialisés. La plupart des coureurs de courses à étapes se désintéressent des courses d’un jour. Pour moi, c’est regrettable. Moi, je n’ai jamais fait ma carrière uniquement en fonction du Tour de France. Mais pour essayer de gagner le plus de courses possible. Il est certain que le Tour de France était l’épreuve principale. Mais ce n’était la seule qui comptait pour moi.

Que vous dites-vous quand vous repensez à votre carrière ?

Je peux être fier de ma carrière. Ce n’est pas de la nostalgie. Ce sont de beaux souvenirs. Si j’avais à nouveau 16 ans demain, je redeviendrais coureur cycliste. Avec l’ambition de gagner de Tour de France mais aussi les autres courses.

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