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Nuages sur le Tour

L'affaire Contador a plombé les premières heures du Tour 2011

L'affaire Contador a plombé les premières heures du Tour 2011 - -

Entre les sifflets du public et certaines déclarations politiques, l’affaire Contador a d’ores et déjà pollué les premières heures de cette 98e édition. On en oublierait presque que le tenant de l’épreuve, favori pour se succéder, va tenter l’incroyable pari de remporter les trois Grands Tours de l’année.

Nauséabond. C’est ce qui ressort de l’accueil hostile réservé par le public vendéen à Alberto Contador, et à ses coéquipiers Saxo Bank, jeudi au Puy-du-Fou pour la présentation des équipes. Quelques heures plus tôt devant la presse, le coureur, toujours sous le coup de la procédure engagée au TAS, après son contrôle positif sur le Tour 2010, avait peut-être senti monter la bronca vendéenne. « La pression en dehors de la course s’est accentuée, j’en suis conscient, glissait le dernier vainqueur du Giro, mais il ne faut pas que je m’éloigne de mon objectif. »

Encore auréolé de son maillot rose ramené des Dolomites, El Pistolero a décidé de s’aligner sur le Tour, mû par le fol espoir de gagner les trois Grands Tours de l’année, exploit jamais réalisé à ce jour. Dans les semaines qui ont précédé son arrivée en France, le triple maillot jaune, ne s’est préoccupé que de sa condition physique. « J’espère avoir récupéré physiquement et mentalement, je pars un peu dans l’inconnu », lâchait-il après les Championnats d’Espagne sur route.

Sang-froid ou erreur de jugement ? « Tout le monde va respecter Contador », déclarait, avec une assurance feinte, son manager, Bjarne Riis, jeudi matin. Vœu pieu, balayé dans les heures qui suivaient par le petit peuple du vélo, venu se masser dans les arènes gallo-romaines du Puy-du-Fou. La Vendée de Jean-René Bernaudeau, terre de tradition cycliste, a conspué le champion à la réputation écornée. A l’inverse, l’ovation réservée à Sylvain Chavanel, chasseur d’étapes Quick Step, tout juste auréolé de son maillot arc-en-ciel, n’a fait qu’accentuer l’impression d’assister aux jeux du cirque.

De Villiers : « Non à Contador ! Oui à Voeckler ! »

Les huées ont quitté les gradins pour être relayées dans un concert de démagogie par certains politiques. « Le public s’est exprimé. Il dit très clairement non à Contador, a déclaré Philippe De Villiers, président du conseil général de Vendée, et ancien candidat à la présidentielle. L’Espagnol a décidé d’être là et il met tout le monde dans l’embarras. Moi, je dis non à Contador, oui à Voeckler (leader de la formation Europcar de Bernaudeau, ndlr) ! »

Un discours populiste repris vendredi par la ministre des Sports, Chantal Jouanno, qui n’a jamais caché son hostilité à la présence de Contador sur la Grande Boucle. « Le public aime le Tour de France et le défend. Le Tour est une partie de notre histoire, de notre culture. »

Pendant, ce temps, arrivé sur la pointe des pieds, Andy Schleck, challenger désigné de Contador après sa deuxième place au classement général l’an dernier, va jouer sa partition loin des projecteurs. « Je vais avoir le public avec moi, ce sera une motivation supplémentaire, admet le Luxembourgeois, mais ces sifflets ne sont pas jolis. »

Le mal est fait. Le Tour est pris en otage par cette sale affaire de Clenbutérol. « Ce qui est arrivé est mauvais pour le cyclisme », prédisait, prémonitoire, Matthieu Reeb, secrétaire-général du TAS, après le report de la date d’audience du coureur. Espérons que le spectacle en course écarte ces nuages. On peut toujours rêver…