RMC Sport

Prudhomme : « Il faut une égalité de traitement entre tous les sports »

Christian Prudhomme

Christian Prudhomme - -

EXCLU RMC SPORT - A trois jours du départ du 100e Tour de France, samedi à Porto-Vecchio, Christian Prudhomme était l’invité du Moscato Show. Le directeur de la Grande Boucle, qui s’attend à une entame corse spectaculaire, en a profité pour évoquer le dopage et réclamer un traitement similaire entre le cyclisme et les autres sports.

Le départ de Corse

« C’est la rencontre de la collectivité territoriale de France et de la direction du Tour de France pour faire un départ inédit, esthétique et spectaculaire de la 100e édition de la Grande Boucle. La Corse est l’île de Beauté. Ça veut dire quelque chose. Ce n’est pas une formule creuse. En Corse, il y a des routes idéales pour la pratique du vélo. On aura pour la première fois depuis 50 ans une arrivée en plaine le premier jour. Donc un sprinteur maillot jaune. Ce n’est pas arrivé depuis Rudi Altig en 1966. Les deuxième et troisième jours seront réservés aux puncheurs. Sur la troisième étape, entre Ajaccio et Calvi, un coureur qui prendra 100m d’avance aura vraisemblablement gagné car la route monte, descend, remonte puis redescend. Ça va être splendide dans un décor absolument extraordinaire. Et sportivement, ce sera très intéressant. »

Un leader piégé d’entrée ?

« Non, je ne pense pas mais je rêve presque qu’un des favoris perde le Tour de France en Corse. Les étapes sur l’île de Beauté sont faites pour cela. Mais, il faut rester humble. Les organisateurs dévoilent le parcours. Après ce sont les coureurs qui décident de se mêler à la bagarre ou pas. Il y va vraiment tout pour qu’il y ait de belles surprises, avec des routes piégeuses par exemple. »

La reconnaissance du parcours

« Ceux qui auront commis l’erreur de ne pas reconnaître les étapes, au soir de la première étape entre Porto-Vecchio et Bastia, se diront que le parcours est plat. Mais je pense qu’ils réviseront très vite leur jugement. Ils comprendront sur les routes d’Ajaccio, puis de Calvi, pourquoi le Tour de Corse automobile est surnommé le rallye aux 10 000 virages. Par exemple, Alberto Contador a reconnu trois fois la troisième étape entre Ajaccio et Calvi. Certains arrivent à en tirer les leçons, d’autres non. »

La bataille Froome-Contador

« Pour moi, c’est Froome et sa puissante équipe Sky contre le reste du monde. Dans le reste du monde, il y a Contador. Les francs-tireurs doivent savoir que, pour battre la Sky, il faudra utiliser à tout instant les possibilités qui s’offrent à eux. Il y en aura de nombreuses en Corse. »

Les coureurs français

« Dans le registre de baroudeurs intelligents, nous avons quelques bons coureurs en France. Ce serait pas mal que ce Tour de France, qui est le premier 100% français depuis dix ans, mette en valeur les coureurs nationaux dès le départ sur un terrain qui est le leur. En tout cas pour la deuxième ou troisième étape. »

Le dopage

« Pensez-vous que nous, organisateurs du Tour de France, soyons totalement paranoïaques quand il y a une affaire quatre jours avant le départ de la 100e Grande Boucle pour des contrôles antidopage du 22 juillet 1998 ? (référence aux révélations sur l’usage d’EPO par Laurent Jalabert lors du Tour 1998, ndlr) Il faut lutter contre le dopage. Celui-ci est l’ennemi mais il y a une concordance des temps que je ne comprends pas. Ces affaires de dopage arrivent juste avant le Tour, à chaque fois. D’une part, la fin des années 1990 et le début des années 2000 sont des périodes effrayantes pour le cyclisme. D’autre part, il faut vraiment qu’il y ait égalité et équité de traitement entre tous les sports dans tous les pays. »

La présence de l’’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD)

« Le ministère des Sports et les organisateurs du Tour de France ont œuvré pour qu’il y ait un accord entre l’UCI et l’AFLD. Les règles du sport mondial doivent être outrepassées pour qu’il y ait une surveillance particulière sur le Tour de France. Tous ces contrôles sur le Tour n’arrivent jamais dans une autre course dans le monde, ni dans aucun sport. »

La brouille MPCC-Europcar

« Europcar a certainement fait une erreur. La décision du Mouvement pour un cyclisme crédible (MPCC) me semble logique de les écarter provisoirement. Nous ne sommes pas dans un cas de dopage. La santé des coureurs est essentielle.

Le passeport biologique

« C’est le cyclisme qui a instauré le passeport sanguin. L’athlétisme, le ski de fond et le tennis se sont associés à ce passeport biologique. Le Tour de France a été réduit après l’affaire Festina en 1998. Il en fait 3500km aujourd’hui alors qu’avant, les coureurs parcouraient 5700km. Je n’ai pas le sentiment que c’est un succès total. Il y a des gens formidables dans toutes les disciplines mais il y a aussi des tricheurs partout. Mais il n’y a pas de muraille avec les cyclistes qui tricheraient d’un côté, et de l’autre, tous les gens sains. »

A lire aussi :

>> Tour de France - Des contrôles bien corsés

>> Thévenet : « L’Izoard 1975, une communion entre le public et moi »

>> Hinault : « Arrêtons de toujours critiquer le cyclisme »

Moscato Show