RMC Sport

Roche : « Et Delgado me laisse mourir… »

Stephen Roche

Stephen Roche - -

A l'occasion de la 100e édition du Tour de France qui débute le 29 juin prochain, RMC Sport vous propose de revisiter l'histoire de la Grande Boucle à travers une série d'entretiens exclusifs. Aujourd'hui, Stephen Roche (53 ans), vainqueur avec panache et dans la souffrance du Tour 1987.

Stephen, quand on évoque le Tour de France, quelle image gardez-vous en tête ?

Pour moi, c’est le jour où que Greg LeMond et Bernard Hinault terminent, main dans la main, en haut de l’Alpe d’Huez (18e étape du Tour 1986, ndlr), c’était une très grande étape : Hinault pensait avoir gagné le Tour. Il attaque mais LeMond va le chercher. Ils terminent main dans la main, si bien qu’on ne savait pas trop qui avait gagné. J’étais encore assez jeune. Au départ de l’étape, Hinault avait dit : « On fait une étape plutôt tranquille ». Après, il s’est un peu énervé et moi, j’ai fini à 45 minutes. Mais c’est ça le Tour : des règlements de compte, des défaillances… C’est ça qui est impressionnant dans le Tour de France.

Quel est votre meilleur souvenir de coureur sur le Tour de France ?

C’est peut-être ma victoire en 1987, que j’ai sauvée à La Plagne : je suis en difficulté dans la dernière montée, et Delgado me laisse mourir. A 5 kilomètres de l’arrivée, il avait encore 1’20 d’avance. Ma tactique, c’était de me donner à fond dans les 4 derniers kilomètres, pour essayer de me rapprocher de lui. A l’époque, il n’y avait pas d’oreillettes donc on se reposait sur les spectateurs qui donnaient des renseignements plus ou moins approximatifs. Je suis revenu à 4 secondes de lui à l’arrivée. C’était quelque chose d’incroyable, qui m’a marqué : j’étais complètement rincé. D’ailleurs, je suis tombé dans les pommes à la fin. Ca a aussi marqué le grand public parce qu’à 5 kilomètres de l’arrivée, mon Tour de France était cuit mais j’ai réussi à sauver mon Tour.

Il y a aussi la Bourboule en 1992…

C’est ma dernière victoire d’étape dans le Tour. C’était important pour moi parce que c’était mon dernier Tour de France et donc ma dernière opportunité de gagner. J’ai réussi à tenir le peloton à 30 secondes dans la dernière montée vers la Bourboule. C’était incroyable quand on pense que derrière, il y avait Delgado ou Indurain qui attaquaient. A l’arrivée, j’étais complètement cuit. Mais ça reste une grande victoire parce que c’est ce jour-là que j’ai décidé d’arrêter ma carrière. J’avais déjà fait 4 années de transition, avec des problèmes de genou et c’était la première fois en 4 ans que je gagnais une grande étape. Je me suis dit : c’est fini, je suis revenu à mon meilleur niveau, je gagne une très belle étape du Tour de France, je ne peux rien faire d’autre donc je tire ma révérence et je reste là-dessus.

Quel est votre favori pour ce Tour 2013 ?

Je suis un peu embêté parce que mon favori, c’est Chris Froome, mais mon fils Nicolas court pour Saxo Bank avec Alberto Contador. C’est vrai que pour Nicolas, ce serait bien que Contador gagne.

Que pensez-vous du parcours de cette année ?

Quand on analyse, c’est un très beau parcours, très sélectif, contrairement à l’année passée, où il y avait un peu trop de contre-la-montres. Cette année, il y a beaucoup plus de montagne et ces étapes seront vraiment très dures. Il y aura beaucoup de moyenne montagne avant le bouquet finale de la dernière semaine et les 2 passages à l’Alpe d’Huez. Ça va être un tour de France très intéressant. On va peut-être voir des coureurs qui tapent à la porte depuis 2 ou 3 ans surgir et créer la surprise.

A lire aussi :

- RMC et RMC Sport dans la course

- Contador rival sérieux pour Froome

- Darrigade : "Les choses ont changés"