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Voeckler : « Je n’ai pas d’objectif en tête »

Thomas Voeckler

Thomas Voeckler - -

Vainqueur de deux étapes et maillot à pois sur le dernier Tour de France, Thomas Voeckler (34 ans) aborde l’édition 2013, qui débute ce samedi en Corse, sans ambitions démesurées. Mais le puncheur d’Europcar ne s’interdit rien. Bien au contraire.

Thomas, quel est votre meilleur souvenir du Tour de France 2012 ?

Il y a trop de choses différentes. Mais une chose dont je suis fier, c’est quand je regarde les livres et que je vois que dans les années 1945 ou 1950 il y avait la même étape, au niveau des cols, que celle que j’ai gagnée dans les Pyrénées : Aubisque, Tourmalet, Aspin, Peyresourde (16e étape, ndlr). Ça fait le mec qui se vante, mais je me dis que j’ai réussi à passer ces quatre cols en tête et à gagner l’étape. Plus tard, mes enfants n’en auront peut-être rien à faire parce qu’ils n’aiment pas le vélo, mais quand j’aurai trente kilos de plus et que je prendrai mon petit apéro au Café des Sports, j’aurai ça à raconter.

Quelles sont vos ambitions cette année ?

Avec l’an dernier, encore plus depuis 2011, j’ai vraiment le sentiment d’avoir réalisé tout ce qui était dans mon domaine de compétence. Je ne vois pas ce que je pourrais faire de différent ou de plus sur le Tour. Je n’ai aucun objectif précis en tête. Je ne m’interdis rien. Je vais aller en Corse en essayant de ne pas faire de conneries. Je vais essayer de prendre la course au jour le jour, de prendre du plaisir et de ne pas avoir de regrets, tout en gardant à l’esprit que ce n’est que du sport. Ce ne sont pas toujours les mêmes qui sont devant. Depuis quatre ans j’ai toujours connu des bons moments. Peut-être que cette année il n’y en aura pas, mais peut-être qu’il y en aura. Sincèrement, je n’ai pas d’objectif en tête. Ça viendra peut-être au fil de la course, comme l’an passé avec le maillot à pois.

Le parcours de cette édition semble convenir à vos qualités…

Ce sont les coureurs qui font la course. S’il y a du monde motivé pour faire bouger les choses, ça bougera. Mais si la grosse armada Sky décide de régenter la course, elle a les moyens de le faire pendant trois semaines, comme l’an dernier. Et c’est difficile de s’illustrer. Mais ils ont raison car l’an dernier ils ont fait premier (Wiggins) et deuxième (Froome). Je ne dis pas forcément que c’est le vélo que j’aime. C’est le vélo moderne, ce n’est pas très glamour ou romantique, je ne suis pas sûr qu’on s’en rappellera dans les bouquins de vélo, mais le fait est qu’ils ont eu raison.

« Ce rôle d’électron libre me va très bien »

Vous semblez moins emballé par le Tour de France cette année…

Il faut être honnête, il y a moins d’excitation qu’en 2003 quand je faisais mon premier Tour de France. Sinon, c’est de la langue de bois. Je fais quoi alors ? J’use mes peaux de chamois de février à début octobre et je ne dis que je ne pense qu’au Tour de France ? Non. Je ne perds pas de vue que c’est la course la plus importante de l’année. Dans le vélo, il n’y a pas les mêmes enjeux économiques que dans le foot mais c’est aussi du marketing. Un sponsor investit dans le vélo pour avoir des retombées sur le Tour de France. C’est le moment le plus important de l’année, mais pour moi, c’est une course. J’ai moins les yeux grands ouverts car je sais toutes les contraintes et la pression qu’il peut y avoir. C’est démesuré mais je serais très mal placé pour dire que ce n’est pas normal qu’il y ait une telle différence. Ça m’a tellement apporté dans ma carrière… Le Tour n’est pas une course comme les autres.

Vous serez donc en soutien de Pierre Rolland, votre leader ?

Ça nous va très bien et c’est un rôle qui lui revient de droit, je pense. Il a quand même fait 20e, 10e et 8e. Il travaille toute l’année pour le Tour, donc c’est légitime qu’il ait des coureurs à son service pour l’abriter dans la plaine, comme font les grosses équipes. Ce rôle d’électron libre me va très bien, tout en sachant que les gens qui suivent le vélo savent que quand il y a besoin d’un coup de main, si je n’ai pas les jambes pour jouer ma carte, je suis toujours le premier à mettre la main à la pâte. En 2011, quand j’ai porté le Maillot Jaune, j’ai couru comme un des favoris. Mais le Tour 2012 avec le maillot à pois, ça me ressemble plus.

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Propos recueillis par Georges Quirino