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Vayer : « Plus rien n’est crédible dans le cyclisme »

Antoine Vayer

Antoine Vayer - -

Entraîneur de l’équipe Festina lors du Tour de France 1998 et désormais militant pour la lutte antidopage, Antoine Vayer n’est pas du tout surpris par les révélations du contrôle positif à l’EPO de Laurent Jalabert. Selon lui, le cyclisme est encore gangréné par le dopage.

Antoine, êtes-vous surpris par les révélations de L’Equipe sur Laurent Jalabert ?

Ce n’est pas une surprise car dans notre magazine paru début juin (voir encadré), on dit qu’on retrouve la trace de Laurent Jalabert dans des documents saisis chez le Dr Michele Ferrari (sulfureux médecin italien qui a notamment collaboré avec Lance Armstrong, ndlr). Il y a des taux d’hématocrite qui varient de 42% en janvier 1997 à 54% en août 1997. Il y a aussi des taux d’hémoglobine qui sont le signe que Laurent Jalabert faisait partie d’une époque où pratiquement tout le monde prenait de l’EPO.

Tous les coureurs de cette époque semblent petit à petit être rattrapés par leur passé…

Ce qui est quand même relativement saisissant chez Laurent Jalabert, c’est que tout le monde savait. Et malgré ça, il est choisi par la Fédération française de cyclisme pour être le sélectionneur de l’équipe de France sans avoir dit ce qu’il avait fait auparavant. Ce qui est saisissant également, c’est que Laurent Jalabert est consultant pour la télévision publique et que tout le monde le sait par rapport à son passé. Il n’a jamais osé avoir le courage, alors même qu’on lui prête beaucoup de courage sur le vélo, d’assumer ce qu’il a fait. Et ça montre bien que le cyclisme repose toujours sur des piliers qui sont le mensonge et la tricherie. C’est une fabuleuse hypocrisie et tout le monde en a marre. Je pense que Laurent Jalabert a fait son temps et qu’il devrait partir.

Peut-on croire en l’avenir du cyclisme ?

Ce qui est relativement inquiétant aussi est que l’un des favoris du Tour de France, Alberto Contador, est géré par un « Laurent Jalabert bis » (Bjarne Riis, ndlr). Soit on veut que le cyclisme devienne quelque chose de différent, auquel le public puisse adhérer, soit on veut que ça reste en l’état et que ça repose toujours sur les mêmes principes. C’est pour cela que nous avons fait notre magazine, pour solder le passé. Pour que les gens du passé, Bernard Hinault compris, disent réellement comment ça se passait pour ne plus que ça se reproduise. On ne peut pas construire quelque chose dans l’avenir, sur la passion, si les gens du passé ne font pas une sorte de coming out.

Cela sert-il vraiment le cyclisme de ressortir des dossiers aussi anciens ?

C’est tout à fait actuel puisque les gens qui gèrent le cyclisme sont des gens qui trichaient et qui mentaient. Donc comment voulez-vous croire en des tricheurs et des menteurs, qui n’ont pas dit ce qu’ils ont fait ? Comment croire en eux pour que les gens qu’ils gèrent ou qu’ils commentent ne trichent pas et ne mentent pas ? On est dans un monde de tricherie et de mensonge, tout le monde le sait. Plus rien n’est crédible dans le cyclisme.

En 1998, lorsque vous entraîniez Festina, tout le monde savait que le dopage était courant ?

Bien entendu. En 1998, j’ai vu des scènes assez incroyables après l’affaire Festina, c’est-à-dire après que le soigneur (Willy Voet, ndlr) se soit fait prendre avec beaucoup de doses d’EPO dans son coffre. Pendant le Tour, les coureurs s’échangeaient entre équipes de l’EPO. C’était une espèce de partage, comme on partage du café. 

Le titre de l'encadré ici

Vayer, la preuve par les watts|||

Après avoir quitté l’équipe Festina suite au Tour de France 1998, Antoine Vayer s’est fait connaître pour ses prises de position très tranchées dans la lutte antidopage. Au début du mois de juin, ce professeur d’EPS de formation a publié le magazine « Tous dopés ? La preuve par 21 », dans lequel il analyse les performances de 21 coureurs qui ont fait l’histoire du Tour de France. Au cœur des recherches de Vayer, le rapport poids-puissance des coureurs et les watts développés lors de différentes ascensions. Et déjà, Vayer avait ciblé Laurent Jalabert, qualifiant certaines performances du Mazamétain de « miraculeuses ». Par quatre fois, le Français est même assimilé à un « mutant » !

Propos recueillis par Camille Gelpi