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Avis de tempête sur l'escrime française

A l'image de la sabreuse Carole Vergne, médaillée de bronze il y a 2 ans à Antalya, l'équipe de France a le moral dans les chaussettes

A l'image de la sabreuse Carole Vergne, médaillée de bronze il y a 2 ans à Antalya, l'équipe de France a le moral dans les chaussettes - -

Pourvoyeur historique de médailles pour le sport français, l'escrime a frôlé le zéro pointé en compétitions individuelles aux championnats du monde de Catane, en Italie. Seul Victor Sintès au fleuret est monté sur le podium (bronze ce jeudi au fleuret). Le staff angoisse, les athlètes s'interrogent. Il y a urgence à neuf mois des Jeux de Londres.

« Ce n'est pas la crise, ne cherchez pas. Il y a eu une crise dans le football, mais il n'y a pas de crise en escrime », lance Laura Flessel après son élimination jeudi au premier tour de l’épée des championnats du monde à Catane. La sortie prématurée de la « Guêpe » s’est ajoutée à celle de la championne en titre Maureen Nisima. La double championne olympique a beau dire, avec zéro médaille chez les filles comme chez les garçons, les épéistes tricolores ont fait choux blanc en Sicile.

Fâcheux pour les hommes venus décrocher une place aux Jeux Olympiques de Londres. La lame de l’épée française, traditionnellement souveraine, s’émousse en Italie. Le petit rayon de soleil apporté par la médaille de bronze de Victor Sintès jeudi soir au fleuret ne peut masquer le fiasco tricolore dans les épreuves individuelles à Catane. « Je suis l'arbre qui cache la forêt », lâche l'athlète de 31 ans. Inquiétant », juge l’ex-épéiste Hugues Obry, membre de l’encadrement fédéral auprès des jeunes. Il manque de l’agressivité, les anciens n’ont pas assuré, et les jeunes manquent de sens tactique, il est temps de faire quelque chose ».

Flessel réclame de l'indulgence

Flessel, 40 ans le mois prochain, véritable fil rouge entre les différentes générations, demande de l’indulgence. « Il y a une équipe de France avec des nouveaux, des tâtonnements, il faut nous donner du temps. On a été une grosse nation pendant plus d'une dizaine d'années (171 podiums internationaux de 2004 à 2011, NDLR), on a fait des émules et les autres nations nous bousculent un peu. Mais à l'intérieur de l'équipe de France, il y a une bonne révolte pour bien réussir les championnats du monde par équipes. »

Un relativisme nuancé par Nisima, auteur d’une saison compliquée après son titre au Grand Palais, à Paris. « Les résultats de l’équipe de France me peinent aussi. Je pense qu'il y a une remise en question à faire. » Plusieurs athlètes souhaitaient jeudi soir provoquer une discussion à l'hôtel de l'équipe de France car pour le moment, il n'y en a pas eu. Ce qui étonne, car habituellement, après une, et a fortiori deux journées catastrophiques, le recadrage ne se fait pas attendre. Alors malaise ?

En juin dernier, Brice Guyart avait publié un SOS sur son blog. Le fleurettiste, double médaillé olympique, tirait la sonnette d’alarme sur le manque d’envie, l’ambiance lourde dans le groupe France. L’appel n’a visiblement pas été entendu. Il y a trois semaines, Patrice Menon, directeur du haut-niveau, s’était fendu d’un cinglant : « Je ne vais pas sur des blogs pour voir les états d'âme des uns et des autres » en guise de réponse. Interrogé à Catane le DTN Eric Srecki enfonce le clou : « Aux athlètes de se remobiliser ». A neuf mois des Jeux Olympiques de Londres, il serait pourtant salvateur de se remettre à dialoguer…

Louis Chenaille (avec R.M. à Catane)