RMC Sport

Brice Guyart : « On a créé des robots »

-

- - -

Après avoir provoqué une mini-réunion de crise à Londres avec les Bleus, le fleurettiste Brice Guyart, champion olympique en individuel (2004) et par équipes (2000), est revenu sans langue de bois sur le zéro pointé de l’escrime français aux JO.

Brice, quel regard portez-vous sur le fiasco de l’escrime tricolore à Londres ?

Ce que les escrimeurs ont vécu me touche énormément. On s’est rassemblé. C’était un peu anarchique. Ce qui ressort, c’est un manque de sérénité. On commence des matches. On arrive à imposer un style, un jeu et tout d’un coup, il y a un grain de sable. L’adversaire réagit et réfléchit. On ne réussit pas à s’adapter et on est complètement tétanisé. On a une incapacité à réagir. Quand on est dans l’inconfort, on ne s’en sort pas. C’est ce que les athlètes ressentent.

Y-a-t-il des solutions ?

Il va falloir qu’on s’ouvre un peu plus. Un Egyptien a été vice-champion olympique au fleuret, un Norvégien a été médaillé à l’épée, un Vénézuélien a gagné… Cela démontre que l’escrime s’internationalise, même dans les petits pays. Les gros pays sont en train de se faire bouffer. Nous, on ne s’est même pas fait bouffés, on a été inexistants ! On n’apparaît même pas dans le classement. Avec l’INSEP, on a pourtant un outil superbe. On a des pistes, on a tout ce qu’il faut. On doit optimiser les temps de travail. Les athlètes ne gagnent pas leur vie avec l’escrime ! J’ai vu des « trop payés » sur twitter. Il faut arrêter avec ça !

« Couper des têtes, j’en ai rien à foutre ! »

Avez-vous des idées sur l’optimisation de l’INSEP ?

On doit y réfléchir ensemble. On a un super outil mais il n’appartient qu’à nous. Du coup, ça stéréotype les Jeux. On a créé des robots, propres, qui savent faire de la belle escrime. Mais on tombe sur des mecs qui ont l’habitude de voyager, qui s’entraînent dans pleins de pays ! Eux, ils en ont vu de l’escrime ! D’autre part, l’initiative qui est prise est bonne mais elle n’est pas insufflée de façon collective. Chaque arme bidouille un peu. Il manque une dynamique commune.

Comment peut-on optimiser l’entraînement ?

Il va devoir s’intensifier. Il y a des nations qui se professionnalisent. Certains pays sont focalisés et investissent sur un ou deux tireurs sur une seule arme.

Avant les JO, il existait aussi des dissensions au niveau des dirigeants…

Ce qui nous intéresse, ce n’est pas de couper des têtes. Moi, j’en ai rien à foutre ! Nous, ce qu’on veut, c’est se réunir, réfléchir, se remettre en question, proposer des choses. La première des démarches est d’essayer de produire pour avancer sur quatre ans. Nous sommes des entrepreneurs. L’athlète est au cœur du projet. On va se prendre en main et le faire savoir.