RMC Sport

I. Lamour : « L’escrime ne demande qu’à rebondir »

Isabelle Lamour

Isabelle Lamour - -

EXCLU RMC SPORT. Isabelle Lamour était l’invitée des Grandes Gueules du Sport ce samedi sur RMC. Nouvelle président de la Fédération française d’escrime, elle souhaite que son sport relève la tête après le zéro pointé aux JO.

Isabelle Lamour, est-ce que le constat au moment où vous êtes élue présidente de la Fédération française d’escrime est celui que vous pressentiez ?

Je pense qu’on avait bien évalué la tâche qui nous attendait. Là, nous sommes dans la prise de connaissance des dossiers plus en profondeur, c'est-à-dire qu’on a beau être membre du comité directeur pendant quatre ans, on n’a accès ni aux dossiers, ni aux sujets. Donc là, pendant quinze jours, on a d’une part géré le quotidien et d’autre part, on est rentré dans les dossiers. On a certains problèmes à gérer un peu en urgence puisque l’équipe précédente avait mis tout cela sur le côté.

Un membre du comité directeur qui n’a pas accès aux dossiers ? Mais cela ne sert à rien…

Oui, c’était une gouvernance un peu particulière où le bureau décidait beaucoup de choses. Là, on essaye d’élargir au maximum. C’est d’ailleurs ce que l’on a beaucoup reproché à l’équipe précédente, elle travaillait en vase clos et là, nous découvrons des choses.

Comment avez-vous vécu le zéro pointé aux JO ?

J’avais la chance d’être à Londres mais aussi la malchance de partager cela avec eux. C’était terrible. Pour nous escrimeurs, qui ne bénéficient d’un éclairage médiatique que tous les quatre ans, nous étions passés à côté de notre rendez-vous. Même s’il y a une légère érosion des résultats de l’équipe de France ces dernières années, elle n’est pas à sa place, donc il y a eu un problème de confiance, de préparation. Il y a eu un malaise terrible dans cette Fédération.

L’escrime s’est-elle reposée sur ses lauriers ?

Cela s’est délité. Il y a une vraie réflexion qu’on mène aussi sur nos filières d’accès au haut niveau. Ils ont voulu cloisonner ces accès-là. Je pense qu’il faut s’appuyer sur ces accès et s’ouvrir sur les clubs et sur les centres régionaux. Ce sont les régions qui fournissent les talents et on avait une filière réduite. Là, on va essayer de recommencer à s’appuyer sur les clubs parce qu’on se prive de vrais talents.

Est-ce que l’escrime française avait vu venir l’ouverture de ce sport vers les pays émergents ?

Non, on ne l’a pas vu venir. Depuis 20 ans, il n’y a pas de remise en question alors qu’on a exporté, ce qui est très bien, un savoir-faire. Et puis les autres nations ont bien appris, se sont bien « nourries » alors que dans le même temps nous, nous pensions être bien au-dessus de la mêlée. On a largement été rattrapé. Par exemple, cet été, la Corée du Sud a fait un parcours extraordinaire. Et naïvement, je me suis demandé quel était l’entraîneur européen qui était avec eux. Il s’agissait d’un Coréen. Ils n’ont plus besoin de nous, donc une remise en question s’impose.

Il y aurait a priori trois candidats pour le poste de DTN. Est-ce qu’on en sait un peu plus sur les postulants ?

Il y a trois postulants. Deux cadres techniques fédéraux et une candidature extérieure. Pour ma part, je souhaiterais travailler avec Christian Peeters, qui est actuellement en charge du développement à la Fédération et qui a été l’entraîneur de l’équipe de France de sabre qui a été championne olympique à Athènes. Il est passé par tous les postes et je pense que c’est l’homme de la situation.

Allez-vous ouvrir les portes aux anciens athlètes qui ont envie de s’investir dans leur sport ? On pense notamment à Laura Flessel ou Brice Guyart.

Bien sûr. Brice, comme beaucoup, a mal vécu les Jeux. Il s’est positionné. Il a un rôle plus spécifique qui est de porter la voix des athlètes et faire en sorte qu’il y ait de meilleures relations entre athlètes et élus. D’autres veulent s’investir pour encadrer les équipes de France sur les déplacements. C’est toujours sympa pour une équipe d’avoir un capitaine qui connaît bien et qui est fort d’un palmarès. Cela crée un climat de confiance et ce qui m’intéresse, c’est de recréer de la confiance et de l’enthousiasme.

Au niveau scolaire, assistera-t-on à un développement ?

Oui, aussi. Tout cela, ce sont des pistes. On a essayé de former des enseignants qui sont capables d’enseigner l’escrime, mais c’est très variable d’une municipalité à l’autre. Il faut s’implanter plus parce qu’au final, ce milieu scolaire est un réservoir important de notre Fédération.

Une petite Fédération, des moyens limités et une concurrence mondiale. Peut-on dire que c’est la fin d’un cycle ?

Je ne pense pas. C’est une Fédération avec un très bon potentiel. Elle ne demande qu’à rebondir. Il faut qu’on se développe. On a un sport de valeur, de tradition. Et moderne, puisqu’ils ont élu une présidente.