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Bélounis, un footballeur libéré

Zahir Belounis

Zahir Belounis - -

Bloqué au Qatar par son club d’Al-Jaish (2e Division) pendant plus d’un an, le footballeur Zahir Belounis a atterri jeudi sur le sol français. A chaud, il a confié son immense soulagement après cet interminable calvaire. Et ne veut pas en rester là.

Il est apparu vers 19h45 dans un hall de l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle. Accompagné de sa femme et de ses deux filles, Zahir Belounis, 33 ans, a décollé de Doha, au Qatar, quelques heures plus tôt. « A la douane, j’étais terrifié, raconte-t-il. Cela fait 18 mois que je n’ai pas vu ma maman, je vais en profiter. » Sa mère, son frère, mais aussi une cinquantaine de journalistes sont là pour recueillir les premiers mots de ce footballeur « bloqué » depuis juin 2012 dans l’Emirat par son club d’Al-Jaish (2e Division). « Je suis content d’être rentré, souffle-t-il. Ça a été dur, on m’a fait du chantage. Je n’ai pas cédé. Je suis fier d’être français. C’est bon de rentrer. »

Le regard se fait plus sombre lorsqu’il évoque son calvaire. « On m’a fait du mal. J’en veux aux dirigeants de mon club qui m’ont fait souffrir. Les gens qui m’ont fait ça vont le payer très cher. » Pour avoir porté plainte contre son club pour non versement de salaires, Zahir Belounis s’est embourbé dans un conflit usant aux conséquences terribles. Impossible pour lui de rentrer en France malgré une situation en règle. Son combat pour sortir de cet enfer, le joueur l’a mené de toutes ses forces. « J’ai crié tellement fort pendant des mois pour qu’on m’entende… Je n’en veux pas au Qatar mais à mon club. » Dans une lettre relayée par France Football, il lance même un appel à l’aide adressé à Zinedine Zidane et Pep Guardiola.

Belounis : « Quelle tristesse d'arrêter comme ça... »

Mais les jours et semaines passent, et rien ne bouge. « Si la diplomatie a travaillé, elle a été longue pour un footballeur innocent qui n’a juste pas reçu ses salaires et qui s’en est plaint », déplore-t-il. Avant d’ajouter : « A la fin, c’était vraiment dur psychologiquement. » C’est à cette période-là qu’Abdeslam Ouaddou s’inquiète vraiment. L’international marocain et ancien joueur de Nancy et Valenciennes a lui aussi vécu un séjour très compliqué au Qatar avec le club de Lekhwiya. « J’ai subi la même chose, l’arrêt des salaires, puis la séquestration à cause de ce système de Kafala que toutes les ONG dénoncent. »

S’il a profité de sa plus grande notoriété pour médiatiser le cas de son confrère, Ouaddou se souvient aussi de ses appels restés sans suite il y a seulement quelques jours. « J’avais l’habitude de l’appeler quatre fois par semaine. Alors quand je n’ai pas eu de réponse à mes appels pendant une semaine et que j’ai appris qu’il avait des idées noires et qu’était au bord du suicide, ça m’a fait peur. Et croyez-moi, cela peut arriver. » Hier, à l’aéroport, lui aussi était soulagé. « Regardez, il est usé, fatigué. Mais c’est aussi un sentiment de libération, comme s’il venait de sortir de prison. » Aujourd’hui libre, Zahir Belounis a simplement envie de profiter de ses proches en attendant que la justice fasse son travail. Mais il confesse : « J’arrête ma carrière. Quelle tristesse d’arrêter comme ça… »

Aurélien Brossier avec Pierrick Taisne