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Bielsa, un patron qui sait aussi sourire

Marcelo Bielsa, une personnalité complexe

Marcelo Bielsa, une personnalité complexe - AFP

DOCUMENT RMC SPORT. Après le 1er volet de l’enquête consacré hier à la méthode Bielsa (techniques et moyens utilisés), RMC Sport vous propose la dernière partie axée cette fois-ci sur l’homme qui se cache derrière le coach passionné et perfectionniste, son mode de fonctionnement et de communication, ainsi que les rapports parfois proches et chaleureux qu’il entretient avec ses joueurs.

UN « MISTER » OUVERT QUI IMPOSE LE RESPECT

Remobilisation générale avant l’heure

Et si Marcelo Bielsa avait déjà gagné le respect des joueurs avant même d’avoir mis les pieds à la Commanderie ? C’est le constat qu’a fait d’emblée un cadre de l'OM, dès la prise de fonction de l’Argentin, le 24 juin dernier : « Déjà, c’est humain, malheureusement… On sent que le changement d’entraineur a forcé tous les joueurs à se remotiver. Ensuite, Bielsa a bien fait passer le message qu’il voulait tous les pouvoirs et vous avez bien vu comment ça se passe quand il est froissé par le recrutement (rires). Il n’y a qu’une seule voix, celle de Bielsa. Ça, à Marseille, c’est une nouveauté, et ça n’a pas de prix. Avant, il y avait deux ou trois discours dans le même club… Enfin, rien que la réputation dont jouit Bielsa a fait que les joueurs l’ont craint dès le départ. »

Même en période de grand froid, pas sûr que Gignac s’aventure à mettre une bonne claque sur le bonnet de Bielsa, comme il l’avait fait avec Elie Baup après un but contre Bastia la saison passée…

Le vouvoiement de rigueur

Mais le style Marcelo Bielsa, c’est aussi savoir alterner entre la distance nécessaire avec les joueurs… et quelques gestes plus chaleureux. Demander à avoir son propre vestiaire, même en déplacement, n’est pas incompatible pour Bielsa, avec quelques tapes amicales et gestes de grande affection, dès que la victoire est au rendez-vous ou qu’un exercice a bien été réalisé. « Bielsa a horreur de parler pour ne rien dire. Il faut que sa parole soit constructive. Il veut absolument que les joueurs comprennent pourquoi ils font tel ou tel exercice et dans quelle situation de jeu cela va servir, poursuit ce témoin privilégié de la méthode Bielsa. C'est lui le patron mais il n’hésite pas à demander aux joueurs de lui faire remonter quelques questions ou quelques doutes, si besoin… »

Bielsa est donc ouvert à toute discussion avec ses joueurs. Précisons que le vouvoiement sera alors indispensable. Assez courant dans le monde professionnel, vouvoyer son entraîneur est pour le coup une pratique généralisée au sein du club depuis que Marcelo Bielsa est arrivé. Les joueurs, bien sûr, mais aussi tous les membres du staff sans exception disent « usted » (vous) à Monsieur Bielsa. Certains joueurs, qui commencent à comprendre l’espagnol à force d’entendre les consignes de Bielsa et de ses adjoints, ont même remplacé le terme « coach » par « el Mister »… pour parler de leur entraîneur. Comme un parfum de Liga espagnole au centre RLD…

IL IMPOSE UNE CONCURRENCE SAINE BASEE SUR DES VALEURS

Une révolution française… pas argentine

Bielsa est-il en train de révolutionner le mode de travail des Marseillais, comme le souhaitait Vincent Labrune ? Dans l’entourage de l'Argentin, la question choque… ou fait sourire : « Si les valeurs de respect, de rigueur, de discipline et de concurrence, vous appelez cela une révolution… Ce sont simplement quatre piliers forts de notre sport, le football. Peut-être qu’en France ce sont des valeurs qui se sont perdues, mais elles sont indispensables si l’on veut des résultats. »

La concurrence, justement ? Bat-t-elle vraiment son plein dans le système instauré par Bielsa, qui ne semble pas être un adepte du turn-over ? L’interrogation n’a pas lieu d’être, selon un proche collègue du technicien argentin : « Bielsa ne fera jamais tourner son effectif juste pour le plaisir, surtout une saison sans compétition européenne. Mais cela ne l’empêche pas de faire régner une vraie concurrence au sein de l’équipe. ». « Moi, je vois des joueurs qui craignent pour leur place de titulaire, renchérit un membre du vestiaire marseillais. Les gars se disent : "Si je ne suis pas bon, je vais sortir de l’équipe. Si je suis bon, je vais y rester." C’est aussi simple que cela. Il ne faut pas croire qu’il ne regarde pas les remplaçants, ou qu’il n’observe pas les jeunes. Il a un œil sur tout le monde.».

Titulaire, un statut qui se mérite

Dans son fonctionnement, Bielsa, qui réunit très fréquemment les titulaires du moment pour les responsabiliser, veut faire comprendre à ses joueurs qu’une place dans le onze de départ est un statut très important, qui se mérite. Mais ce n'est pas un dû. C'est le message qu'a fait passer Bielsa hier, quand il a été questionné sur Romain Alessandrini, de plus en plus proche de chiper à Florian Thauvin sa place de titulaire : « Il y a un équilibre difficile à trouver entre la confiance que l'on peut accorder sur la durée à un joueur, même dans une période délicate, et l'espoir d'intégrer le onze de départ chez les joueurs qui sont à un moment donné remplaçants. Vous me citez Thauvin et Alessandrini... Ce que je sais, c'est qu'à la fin de la saison, ils auront eu chacun assez de temps de jeu pour prouver leur qualité. La règle est très claire : "J'essaye d'entrer dans l'équipe. Et si je n'y suis pas, je soutiens celui qui y est. J'essaye de ne pas sortir de l'équipe. Et si je sors, je soutiens celui qui me remplace. Ne pas tenir compte de ces paramètres, c'est un manque de professionnalisme. »

Bielsa, qui devrait à nouveau titulariser Thauvin ce samedi à Caen, sait se montrer patient. Mais avec l'Argentin, personne n'est indéboulonnable. Et ses joueurs l'ont déjà bien compris.

Florent Germain à Marseille