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Cantona entre en campagne

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A 45 ans, la légende de Manchester United a décidé de s'immiscer dans l'élection présidentielle. A la recherche des 500 signatures nécessaires à sa candidature, l'ex-King souhaite surtout alerter les politiques sur la question du logement.

Eric Cantona cultive toujours aussi bien l’art du contre-pied. L’ancienne idole de Manchester United aime être là où on ne l’attend pas. Hier, l’acteur âgé de 45 ans est apparu à la Une du site de Libération… dans la peau d’un possible futur candidat à l’élection présidentielle. Le titre : « Eric Cantona cherche 500 signatures ». Pour appuyer cette information, le quotidien s’est procuré la lettre envoyée par l’ancien attaquant aux maires. Sur celle-ci, Eric Cantona, qui se présente comme un « Citoyen engagé », une appellation qui renvoyait sur un site internet encore en construction hier soir, explique les raisons de cette improbable ambition : « Cet engagement m’impose aujourd’hui de prendre la parole, plus gravement qu’à l’accoutumée, mais aussi avec un sens aigu de ma responsabilité, à l’heure où notre pays est au-devant de choix difficiles et déterminants pour son Avenir », explique « Canto ».

Un énorme coup de bluff ? Oui et non. S’il recherche bien les précieux parrainages, l’ex-King de Manchester United compte surtout s’en servir comme levier pour faire peser la question du logement sur la campagne présidentielle. Engagé aux côtés de la Fondation Abbé-Pierre (FAP) et Emmaüs, il évoque dans sa lettre ces « millions de familles dont on oublie les souffrances quotidiennes et desquelles la puissance publique s’est éloignée ». Il appelle donc à une « mobilisation générale pour le logement ». Mais pourrait-il aller au bout de sa menace en brigant réellement l’Elysée ? « C'est une décision mûrement réfléchie, Eric ne fait pas les choses à la va-vite, a confié à RMC Sport Joël Cantona, son jeune frère. Cette candidature, il y pensait depuis quelque temps. Certains disent que c’est le Coluche du XXIe siècle* (rires). Il veut aller au bout de son action pour aider les gens et faire circuler ses opinions. C'est un homme solidaire et généreux qui, depuis l'enfance, s'est toujours battu pour les gens. » Le célèbre numéro 7 s’était déjà fait remarquer il y a un an en s’opposant frontalement à la politique des instituts bancaires. Sans grand résultat malgré un énorme tapage médiatique.

Douillet : « Ça ne m’inspire pas grand-chose »

Qu’Eric Cantona aille au bout de sa logique ou non, l’idée a fait réagir hier. « Je ne suis qu’à moitié surpris, a réagi Gérard Houllier, son ancien sélectionneur en équipe de France (1992-1994). Il peut toujours se passer des choses inattendues. Je lui dis bonne chance, comme à tous les autres. Son obstacle, ce sera peut-être les 500 signatures. » Comme Coluche en 1981, l’ancien attaquant des Bleus n’est pas franchement pris au sérieux. D’abord surpris, David Douillet, a ainsi affirmé que cette candidature ne lui inspirait « pas grand-chose. » Le ministre des Sports a ajouté, cinglant : « C'est une période où il faut savoir être sérieux. »

Quant au politicien Patrick Braouezec, président de la Fondation du football, dont Eric Cantona est l’un des membres, il sait, lui aussi, laissé aller à un petit tacle : « C’est une fausse bonne idée. Il devrait continuer à s’occuper de football, faire du cinéma et laisser au monde politique le soin de faire de la politique. Il devrait déjà s’impliquer là où il a pris ses responsabilités. A la Fondation du Football, on ne le voit pas ! C’est une candidature sympathique mais ça ne serait pas sérieux qu’il aille jusqu’au bout. » En a-t-il seulement l’intention ?

*L’humoriste avait présenté sa candidature à la présidentielle de 1981 avant de la retirer, faute notamment d’avoir obtenu les 500 signatures d’élus.

Le titre de l'encadré ici

La lettre de Cantona envoyée aux maires de France |||

Madame, Monsieur le Maire,
Comme vous le savez, au-delà d’activités professionnelles qui m’ont conduit d’une carrière sportive de haut niveau à des activités artistiques, je suis un citoyen attentif à notre époque, aux chances qu’elle offre aux plus jeunes — trop limitées — aux injustices qu’elle génère — trop nombreuses, trop violentes, trop systématiques.
Je suis un citoyen engagé.Cet engagement m’impose aujourd’hui de prendre la parole, plus gravement qu’à l’accoutumée, mais aussi avec un sens aigu de ma responsabilité, à l’heure où notre pays est au devant de choix difficiles et déterminants pour son
avenir. Cet engagement m’amène à me tourner vers vous, car vous êtes dans la fonction que vous occupez, un acteur prépondérant du quotidien de vos administrés, de nos concitoyens, vous êtes un maillon puissant de confiance dans le
personnel politique, dans l’avenir de nos institutions, et dans le lien social que vous contribuez à tisser jour après jour, mois après mois, année après année.
Si je me tourne vers vous, Madame, Monsieur le Maire, c’est pour requérir votre signature dans le cadre du débat politique dans lequel le pays s’engage. C’est une marque de confiance que j’attends de vous, un acte qui garantira à vos préoccupations d’être justement représentées dans ce débat. Mon objectif, vous l’aurez compris, est de recueillir
500 signatures au moins...

Elle me permettront de porter un message simple mais clair ; un message de vérité mais de respect ; un message solidaire et puissant. Un message attendu par notre pays et par ces millions de familles dont on oublie les souffrances quotidiennes et desquelles la puissance publique s’est éloignée.
Si vous m’accordez votre paraphe, je saurai porter cette idée forte, avec bien d’autres aussi déterminés que moi, et je le ferai également en votre nom. (...)
Eric CANTONA