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Coupe de France: la Ligue de Foot Amateur répond aux critiques sur les conditions

Pierre Samsonoff, directeur de la Ligue de Foot Amateur au sein de la Fédération française de football (FFF), répond sur RMC Sport aux inquiétudes et critiques du monde amateur sur les conditions de poursuite de la Coupe de France.

Très critiquée depuis plusieurs jours sur les conditions de poursuite de la Coupe de France par les amateurs, la Fédération française de football (FFF), par la voix de Pierre Samsonoff, directeur de la Ligue de Foot Amateur, tient à se défendre auprès de RMC Sport. Le dirigeant explique que les amateurs ont tout à gagner, notamment financièrement, et qu’elle n’a rien pu faire face au gouvernement pour obtenir une dérogation du couvre-feu à 18h pour les entraînements.

Quel a été le processus de décision qui a permis d’annoncer la poursuite de la Coupe de France 2020-2021?

Cela était le fruit d’une discussion longue avec l’État. Le nouveau format de la compétition a été adopté lors du comité exécutif du 17 décembre dernier. Et quasi immédiatement, on a commencé à discuter avec l’État sur le protocole sanitaire à mettre en place pour encadrer cette reprise d’activité. Les discussions ont été très longues et ce n’est pas une critique qu’on peut faire à l’État, vu la situation sanitaire actuelle. Les propositions faites ont demandé des vérifications très pointilleuses. Donc c’est quasiment trois semaines de discussions avec les différents ministères compétents pour arriver à ce protocole qui va encadrer nos rencontres à venir.

Pourquoi c’était important de faire tous ces efforts pour la FFF?

Il y a trois raisons principales. La première, c’est que la Coupe de France est la compétition symbolique et emblématique de l’unité du football français. C’est la compétition qui fait rêver tous les clubs amateurs, qui mobilise aussi les clubs professionnels. Donc la jouer, elle qui n’a jamais été interrompue, même pendant la guerre, c’est une priorité pour la FFF. Parce qu'elle a du sens sportivement. Parce qu'elle a du sens symboliquement.

Deuxième raison: c’est très important pour les finances du football amateur. La Coupe de France est un levier majeur de redistribution pour les clubs amateurs. C’est quasiment 12 millions d’euros de dotations qui sont distribués vers les clubs qui participent à la compétition. De ce point de vue, c’est fondamental de maintenir ce levier de redistribution vis-à-vis du monde amateur.

Enfin la troisième raison: on doit démontrer, à l’occasion de la reprise de cette compétition, qu’on est capable dans le football d’appliquer des protocoles sanitaires extrêmement stricts. L’État nous a fait confiance. On doit lui démontrer en retour qu’on est capable d’organiser les choses dans les meilleures conditions possibles. Et peut-être que demain on pourra ouvrir d’autres discussions sur d’autres compétitions amateurs, si on démontre notre crédibilité sur le sujet.

Pouvez-vous nous donner un ordre de grandeur de l’argent qui va revenir aux clubs amateurs en l’absence de recettes billetterie et buvettes?

Les recettes de buvette et billetterie, évidemment ce sont des choses importantes pour les clubs amateurs. Mais les dotations qui résultent de l’engagement en Coupe de France sont fondamentales aussi. Un club qui atteindra le 7e tour touchera 7.500 euros. Un club qui atteindra les seizièmes de finale touchera plus de 100.000 euros. Ce sont des dotations extrêmement importantes. D’autant plus qu'on aura cette année un nombre record de clubs amateurs engagé en seizièmes de finale. On a garanti 17 places au clubs amateurs, au moment où ils vont rentrer en compétition avec les pros. Avoir pu sauvegarder ça dans un contexte où on parle de reconfinement, où les nouvelles sanitaires ne sont pas bonnes tous les jours, c’est vraiment quelque chose d’important pour le football.

Que répondez-vous aux clubs qui dénoncent les conditions de reprise d’entrainement sans dérogation d’entrainement dans la période de couvre-feu dès 18h?

Les clubs sont déjà sur les terrains pour la plus grande partie d’entre eux, certes avec des modes de pratique dégradés, sans contact notamment pour respecter les protocoles sanitaires en vigueur. Ils avaient déjà commencé à réfléchir à leur organisation avec la mise en place de ce couvre-feu. Vous dire que c’est idéal, évidemment ce n’est pas la réalité. Vous dire que ce sont les conditions dans lesquelles on aurait rêvé que la compétition reprenne, ce n’est pas la réalité. Mais à un moment donné, l’État nous a dit, et on peut le comprendre: on déroge déjà à un principe important d’arrêt des compétitions amateurs, on ne peut pas en plus déroger à tout ce qui se fait en matière de protection des populations et notamment cette disposition du couvre-feu. On ne peut pas rêver. L’État a pris ses responsabilités en nous autorisant à reprendre mais dans un contexte contraint.

Chaque club va s’organiser. Nous, fédération, allons nous mettre en quatre pour aider les clubs à s’organiser. Dès demain (vendredi, ndlr) on lancera des visio-conférences où on invitera l’ensemble des clubs engagés en Coupe de France, notamment pour leur expliciter la manière d’appliquer le protocole sanitaire. On va essayer de les accompagner du mieux possible. On sait malheureusement qu’il y a un certains nombre de clubs qui ne seront pas en situation de répondre dans des conditions satisfaisantes à ces exigences-là. Et c’est extrêmement triste. Mais si les clubs, en conscience, pensent que le risque pris est trop important, ils devront renoncer à la compétition. Ce sera un tout petit nombre de cas. On sait que la majorité des clubs fait tous les efforts possibles pour s’adapter. Mais la responsabilité est aussi de savoir, quand on est dans un cadre aussi contraint, jusqu’où on peut aller dans son application.

Beaucoup de clubs déplorent la contrainte de la présence d’un médecin les jours de matches pour superviser les tests. Que leur répondez-vous?

D’abord, on a assoupli les modalités de réalisation des tests et notamment les tests antigéniques qui sont très largement disponibles et qui ne sont pas spécifiquement réalisés par des médecins. Ils pourront être réalisés en veille de match. Ce qui est déjà une première souplesse. La présence du médecin est obligatoire pour certifier la négativité des tests fournis par le club. Là-dessus, il n’y a aucune marge possible, puisqu’il n’y a qu’une autorité médicale qui peut certifier cela. En revanche, ça ne veut pas dire que le médecin doit être présent sur toute la rencontre. Il doit être juste présent à un moment donné pour certifier les tests. Effectivement, dans des zones où la densité médicale n’est pas suffisamment forte et où les clubs auront du mal à s’organiser, on est en train de mettre en place des procédures pour permettre qu’un médecin puisse valider à distance les tests qui lui seront fournis, et pour permettre de trouver des solutions au cas par cas en fonction de la réalité rencontrée par le club. Tout cela va se caler dans la semaine qui vient. On sait très bien que ça pose beaucoup de questions pour les clubs. Mais soyez sûr que la FFF va faire tous les efforts possibles et imaginables pour que, le jour J, tout le monde puisse jouer dans les meilleures conditions possibles.

Malgré toutes ces contraintes, de huis clos, de protocole sanitaire, l’esprit Coupe de France va-t-il quand même être présent selon vous?

Tout le monde rêve de ces affiches-là dans un stade plein avec des joueurs qui rêvent de pouvoir fêter leur qualification après le match. C’est une frustration. Mais je suis certain que, au coup d’envoi, les joueurs seront tous ravis d’être sur le terrain et plus motivés que jamais pour gagner.

Loïc Briley