RMC Sport

Les médias supporters de la Coupe du monde

-

- - -

D’habitude caustique et volontiers offensive, la presse sud-africaine a soutenu avec un patriotisme sincère l’organisation de la Coupe du monde sur son sol.

La scène se déroule le premier juin. Le jour de l’annonce de la liste des 23 Sud-Africains retenus pour la Coupe du monde. Au terme d’une conférence de presse chargée d’élans patriotiques et d’émotion, Kirsten Nematandani, le président de la Fédération sud-africaine de football (SAFA) lance un avertissement au parterre de journalistes locaux. « Vous, journalistes, avez le pouvoir de construire et le pouvoir de tout détruire. Je vous prie d’utiliser ce pouvoir de façon positive, pour cette fois au moins », déclare-t-il.

Le message est clair : les médias sud-africains sont priés de prendre part à « l’effort national », de soutenir les Bafana Bafana et d’éviter les critiques autant que faire se peut. « On a été très surpris de cette annonce, se souvient Ed Aarons, journaliste sportif au quotidien le Citizen. C’est vrai que la SAFA avait été beaucoup critiquée ces derniers mois. Je pense que le président a voulu s’assurer que ça allait changer pendant la Coupe du monde. »

Coïncidence ou non, sur les ondes et dans les colonnes des journaux, on a très rarement lu des critiques sur le coach Carlos Alberto Parreira, ou sur la performance de tel ou tel joueur de la sélection. Au contraire, les gros titres avaient coutume d’afficher un soutien sans faille aux Bafana Bafana. On a pu lire « Allez les Bafana » la veille du match contre l’Uruguay, ou encore « Vous nous avez rendu fiers » le lendemain du match contre la France, qui avait pourtant marqué l’élimination du pays hôte. « Je crois que le lendemain de la victoire contre la France, nous avons réagi de façon disproportionnée, explique Ed Aarons, On n’en revenait pas de les battre, et donc même si les Bafana ont été éliminés, tous les journaux ont été très positifs. »

Très irrités par les critiques étrangères

Mais cela ne vaut pas que pour le sport et l’équipe nationale. Hormis l’hebdomadaire le Mail and Guardian ou le quotidien « Sowetan » qui n’a pas hésité à dénoncer les dépenses colossales du gouvernement pour le Mondial ou le comportement de la Fifa face aux petits commerçants, la majorité des titres de presse et des radios n’ont cessé de célébrer le succès de l’évènement. Certains journaux sont même tombés d’accord avec le président Jacob Zuma pour dire que cette Coupe du monde était sûrement « la plus réussie de l’histoire ». « La couverture de ce Mondial par les médias sud-africains a été patriote, c’est évident. Mais je pense que c’est difficile pour eux d’échapper au sentiment qui règne dans le pays, explique Franz Kruger, enseignant à l’université de journalisme de Johannesburg. Les médias se sont laissé prendre dans l’excitation générale. »

Mais il faut aussi voir dans cette attitude une réaction aux critiques des médias étrangers. « Les journalistes sud-africains ont été très irrités de la publicité que les tabloïds anglais ont faite de notre pays, continue Franz Kruger. Ils n’ont parlé que de crimes, et n’ont cessé de dire que cette Coupe du monde serait un échec. Je pense que c’était aussi une manière de leur répondre. »

Marie Regnier à Johannesburg