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Les raisons d’un naufrage annoncé

William Gallas

William Gallas - -

Un président amateur, un sélectionneur incompétent, des joueurs en dessous de tout, le fiasco des Bleus à la Coupe du monde est avant tout une question d’hommes.

Le péché originel et la maladresse d’Escalettes
Le président de la Fédération française est avant tout coupable d’avoir maintenu Raymond Domenech après l’échec cinglant de l’Euro 2008. Sous couvert de fidélité et de cohérence dans l’action, Jean-Pierre Escalettes retoque, sur les conseils insistants de Gérard Houllier et de Michel Platini, la candidature naturelle de Didier Deschamps. « L’équipe de France est le patrimoine de la fédération pas d’un clan », plaide-t-il à l’époque.
La génération 98 saute sur l’occasion pour déverser son amertume et sa rancœur. « Domenech n’est pas à la hauteur de la fonction, éructe Christophe Dugarry qui ne comprend pas le maintien du sélectionneur. Il n’a jamais rien gagné et n’a aucune humilité. Vous ne préparez pas 2010 en étant éliminés au premier tour de l’Euro ! » Plutôt bien vu.
Evidemment, les rapports se tendent entre les glorieux anciens et le groupe actuel et son sélectionneur. A tel point que le placide Jérémy Toulalan lâche un tonitruant : « France 98 nous fait chier ! » L’ambiance n’est pas sereine. Elle le sera encore moins après l’épisode de la main d’Henry et la qualification scandaleuse face à l’Irlande. Au-delà de sa joie obscène sur le terrain à l’issue du match, le président de la FFF « abandonne » son sélectionneur lorsque le montant de sa prime de qualification est révélé. Domenech lui voue depuis une rancune tenace. Il ne le rate pas lorsque le président révèle maladroitement le dossier Laurent Blanc, déstabilisant à la fois Bordeaux et le groupe France.

L’incompétence de Domenech
Depuis sa nomination, la crédibilité technique du sélectionneur fait débat. Ce n’est pas la Coupe du monde 2010 qui va la renforcer. Depuis 2008, Raymond Domenech est incapable de fédérer un groupe et de faire naître une âme et des leaders. Sa liste des 23 est un modèle d’incohérence et d’hypocrisie. Il vire Karim Benzema et Samir Nasri à cause de leur comportement, mais tolère les caprices et les états d’âme des pseudo-stars.
Sa préparation est également un fiasco monumental. Le camp de base luxueux de Knysna est la copie conforme du Mirador-Kempiski, en Suisse. Contrairement à la quasi-totalité des délégations, les Bleus ont choisi un hôtel isolé. Plus grave, le temps pluvieux perturbe les entraînements. C’était prévisible !
Les stages, sensés souder le groupe et lui donner les clés du succès, ressemblent à une tournée promotionnelle. Le déplacement en Tunisie avec les femmes est digne du Club Med. A Radès, les joueurs ne se sont entraînés qu’une fois. Le périple à la Réunion est également un ratage total. C’est un succès populaire, mais il pompe trop d’énergie.
A Knysna, la gestion du quotidien est tout simplement désastreuse. Entre l’Uruguay et le Mexique, la semaine de travail est tronquée. En cause, le retour des femmes, la polémique avec Rama Yade et la pluie incessante qui tombe sur la région et oblige le staff à partir un jour avant pour Polokwane. Dans ces conditions, voir les Mexicains dominer physiquement les Bleus est tout sauf une surprise.
En revanche, la leçon de football reçue au Peter Mokaba stadium est plus douloureuse. Mais pouvait-il en être autrement ? Domenech ne pèse jamais sur les matches. Son coaching est inexistant. Tout comme ses rectifications tactiques. Et ce ne sont ni Bruno Martini ni Pierre Mankowski qui peuvent l’éclairer. Son improvisation tactique est également permanente. Lorsqu’il perd Lassana Diarra à quelques jours du début de la Coupe du monde, il opte pour un 4-3-3 qu’il teste lors des matches amicaux. Mais sur l’insistance de ses cadres, il revient au 4-2-3-1 juste avant le match de l’Uruguay. Le sélectionneur aurait pu mourir avec ses idées. Il est mort avec celles de ses joueurs…

Joueurs : la génération ratée
Au soir du désastre de Polokwane, la scène est loin d’être passée inaperçue. En zone mixte, Anelka et Wiltord, l’envoyé spécial de Canal Plus au cœur des Bleus, se chambrent mutuellement. Les sourires de l’attaquant français choquent les observateurs. Ils incarnent un groupe pourri par les états d’âme et les caprices de ses stars. Ribéry veut jouer à gauche, Anelka n’en fait qu’à sa tête, Henry traîne sa peine et Gallas est plus isolé que jamais. « Ce groupe est en totale autogestion », affirme Jean-Pierre Paclet, l’ancien médecin des Bleus.
Pour tenter de conserver l’illusion du pouvoir, Raymond Domenech cède sur tout. Sur les horaires, la présence des femmes et pour finir sur la composition d’équipe. Lui reprochant de ralentir le jeu de l’équipe, les cadres ont en effet la peau de Gourcuff. « Ces joueurs-là n’ont pas envie d’être ensemble, affirme Claude Dusseau, le formateur à Clairefontaine de la génération Henry. Cela se ressent sur le terrain, cette équipe n’a pas de cohésion. »
En Afrique du Sud, le rendement de certains joueurs est nettement insuffisant. Le cas de Govou, fantomatique, est significatif. Perfides, certains de ses équipiers font le parallèle avec son remplaçant à Lyon Jimmy Briand qui, lui, n’a pas été retenu.
Dans ce constat catastrophique, l’attitude distante cultivée par les joueurs met également en colère les supporters français. Depuis des mois, les Bleus ne donnent rien. « Moi, Je les ai connus tout petits, se souvient Claude Dusseau. C’était des gamins polis, gentils et dynamiques. C’est navrant de les voir représenter leur pays aussi mal. » Et le manque de résultat ne fait que rajouter à ce désamour du public. Jamais les Bleus n’auront provoqué autant de ressentiment à leur encontre. C’est le seul point commun entre Raymond Domenech et ses joueurs.

Marc Ambrosiano à Johannesburg