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Michalak-Mulamba, la rencontre inattendue

Michalak et Mulamba

Michalak et Mulamba - -

Réunis par leur sponsor en Afrique du Sud, Frédéric Michalak et l’ancienne gloire persécutée du football zaïrois Pierre Mulamba Ndaye dialoguent à bâtons rompus

Frédéric Michalak se fait tout petit. Le rugbyman toulousain, ancien joueur de Durban et pourtant habitué aux caméras et photographes, n’en mène pas large. Assis à ses côtés, Pierre Mulamba Ndaye, la légende du football zaïrois des années 1970. Derrière les deux hommes, un immense poster représente les onze Zaïrois vainqueur de la CAN 1974. Avec cette équipe, Pierre Mulamba Ndaye avait inscrit neuf buts en six matchs. Il avait également contribué à la qualification de son pays pour la Coupe du monde la même année, en Allemagne fédérale. Une première pour un pays d’Afrique noire. Mais l’humiliation sera telle (trois défaites dont un cinglant 9-0 face à la Yougoslavie) que le Maréchal Mobutu sera sans pitié avec ses Léopards, sévèrement sermonnées, voire persécutées.

« Je connaissais le sportif, mais pas son histoire. C’est bien qu’il veuille la raconter. C’est un honneur pour moi d’avoir pu le rencontrer », lâche timidement Michalak. Réunis par le Coq Sportif, les deux hommes se rencontrent pour la première fois. Et si l’international français évoque l’histoire de son aîné, c’est que l’homme de 61 ans n’a pas été épargné par le sort. En 1994, le ministre zaïrois des Sports lui demande ainsi d’offrir au président Mobutu une médaille qu’il vient de recevoir de la Confédération du football africain pour l’ensemble de sa carrière. Refus catégorique.

Laissé pour mort

Le soir même, des soldats font irruption chez lui, tuent sous ses yeux son fils de onze ans et lui tirent dessus avant de le jeter du haut d’un pont où ils le laissent pour mort. Mulamba est finalement soigné et s’exile en Afrique du Sud. « Il faut faire attention, relativise Michel, l’ami belge qui lui a consacré un documentaire. En Afrique, on mélange parfois la fiction et la réalité. » Toujours est-il qu’après avoir été la gloire de tout un peuple, il peine aujourd’hui à joindre les deux bouts, modeste membre de la communauté congolaise au Cap.

Alors celui qu’on surnommait « Mutumbula » (le tueur, des surfaces bien évidemment) se raccroche à son amour de toujours : le football. « Je n’oublie pas que je suis connu grâce au football », préfère-t-il répondre quand on les questionne sur son incroyable parcours. Les yeux humides, il se concentre sur l’écran d’ordinateur qui projette la bande-annonce du documentaire qui lui est consacré. Les souvenirs remontent à la surface. « Quand je revêts ce maillot (ndlr, le maillot du Zaïre réédité par son sponsor), je regrette de ne pas être dans une voiture pour faire marche arrière et de nouveau connaître la joie de cette sélection, avoue-t-il. La première fois que je l’ai revu, j’ai pleuré. » Un livre qui vient de sortir* raconte également le destin tragique de ce footballeur légendaire dans toute l’Afrique.

* « La mort m’attendra », par Claire Raynaud, éditions Calmann-Lévy. Préface de Yannick Noah.