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Neeskens : «Cruyff a tout déclenché»

Johan Neeskens

Johan Neeskens - -

Adjoint de Franck Rijkaard sur le banc de Galatasaray, Johan Neeskens, a accordé un entretien exclusif à RMC Sport. Double finaliste des Coupe du monde 74 et 78 avec la meilleure équipe néerlandaise de tous les temps, celle du football total des "Oranje" prôné par Rinus Michels et Johan Cruyff, Neeskens vous invite à un travelling arrière passionnant à quelques heures de la finale de la Coupe du monde 2010.

Johan Neeskens, quel est votre sentiment sur les Pays-Bas version 2010 ?
Pour moi, il s'agit de la troisième meilleure équipe néerlandaise de tous les temps. Si elle est sacrée Championne du monde dimanche soir, alors elle sera sur la première marche du podium. Mais en attendant, on est devant et juste derrière nous il y a l'équipe de l'Euro 88, celle du trio Van Basten-Gullit-Rijkaard. Mais je dois dire que cette génération 2010 me fait forte impression. Ils sont invaincus depuis 26 matches et ça reste la seule équipe à ne pas avoir perdu dans cette Coupe du monde. Ce sont vraiment des stats très impressionnantes. Il y a trois joueurs qui sont capables de faire la différence à tout moment : Sneijder, Robben et Van Persie tirent l'équipe vers le haut. Après, je peux aussi vous dire que je trouve la France de 84 plus forte que votre équipe qui a ramené le doublé 98-2000. Vous aviez à l'époque un milieu de terrain incroyable, des joueurs de talent très complémentaires.

Quelles sont les différences majeures entre les Pays-Bas version 74-78 et 2010 ?
A l'époque, il y avait un joueur exceptionnel qui s'appelait Johan Cruyff. Ensemble, on a passé sept saisons en club à l'Ajax et au Barça. Je n'ai toujours pas trouvé d'équivalent pour lui aujourd'hui. Il savait tout faire, dribbler, provoquer, combiner... Et surtout il allait plus vite balle au pied que certains sans le ballon. Mentalement, c'était un monstre. Avant chaque match, dans le vestiaire, il nous persuadait qu'on pouvait gagner. Toujours.

Il y avait beaucoup d'attente par rapport à cette équipe aussi...
Oui, car l'Ajax avait remporté trois fois de suite la Coupe d'Europe des Clubs Champions (71, 72, 73). Il y avait des automatismes entre nous. On arrive en Allemagne avec une énorme pression de la part de nos supporters. Ils étaient très présents. A chaque match, il y en avait 20 à 30 000. On jouait à domicile ! Comme par hasard, pour la finale, nos supporters n'ont eu que 5000 places au Stade Olympique de Munich. En 2010, il y a aussi une attente énorme aux Pays-Bas. Le pays est en ébullition.

Si Rensenbrink marque...

Quelle finale vous laisse le plus de regrets?
Sans hésiter, celle de 78. A une minute de la fin du temps réglementaire, Rob Rensenbrink décoche une frappe monumentale qui heurte le poteau avant de "plonger" dans la niche du gardien. S'il marque on est champion du monde. Malheureusement, on part en prolongation et on prend deux buts...

Comment expliquez-vous le lien si particulier entre le FC Barcelone et les Pays-Bas ?
D'abord, il y a une relation historique très forte. Ensuite, tout est venu de Johan Cruyff. Quand il est arrivé en Catalogne dans les années 70, le club n'avait rien gagné depuis 24 ans. Il fallait que le Barça remporte au moins un titre par an à l'époque. Aujourd'hui, c'est pire, il faut deux ou trois titres par saison sinon les "Socios" grondent. La pression ne diminue jamais.

Cruyff a donc tout déclenché à Barcelone...
Oui, on peut dire ça. Vous savez, Koeman, Stoïchkov, Laudrup ou Romario sont venus grâce à lui. Il avait ses méthodes, ses idées et il a ouvert la voie à d'autres comme Van Gaal. Son football attratif convenait parfaitement au Barça. A cette Coupe du monde, les Pays-Bas jouent comme le Barça de l'époque. L'influence de Cruyff est toujours très active à Barcelone. Idem aux Pays-Bas, c'est lui qui est à l'origine de tout.

Cette finale est aussi un affrontement entre Villa et Sneijder qui peuvent terminer meilleur buteur du tournoi (5 buts chacun)...
C'est un match dans le match. Ils peuvent faire basculer la rencontre. Evidemment, je préfère Sneijder. Il a l'habitude de jouer des finales cette saison (Vainqueur de la C1 et de la Coupe d'Italie avec l'Inter Milan) ! Mais Villa est un des tout meilleurs ailiers au monde.

Y a-t-il du Cruyff chez Bert Van Marwijk ?
Bonne question ! Ce sont deux personnalités différentes. Bert est quelqu'un de silencieux, tranquille, qui parle de ses joueurs, de leurs qualités, de leurs défauts. Sur cette Coupe du monde, il a un plan et il s'y tient. Il a dit aux joueurs : "Les gars, on n'y va pas pour participer mais pour gagner. Tout le monde doit adhérer à mon discours. Vous êtes OK ?" Personne n'a bronché et on voit ce que ça donne...

Propos recueillis par Christophe Couvrat