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Uruguay : le pays-football

La fête à Montevideo après la qualification pour le Mondial 2010

La fête à Montevideo après la qualification pour le Mondial 2010 - -

Emportés par une passion débordante pour le ballon rond, les Uruguayens vouent un culte à leur équipe nationale, la Celeste, deux fois championne du monde en 1930 et 1950. Découverte d’un pays où le foot fait l’histoire, et réciproquement.

C’est une petite nation, coincée entre le Brésil et l’Argentine. Pas facile de se faire une place entre ces deux géants. L’Uruguay a pourtant été la première à se faire un nom sur l’échiquier mondial, sacrée championne du monde en 1930 chez elle et vingt ans plus tard au… Brésil. Vendredi à 15h30 locales, le pays tout entier va s’arrêter de tourner pendant deux heures, suspendu à la prestation de la Celeste face à la France. Les Charruas -leur surnom- ont manqué la dernière édition. Ils ne veulent pas rater celle-là.

Ruben Umpierrez a migré pendant sept ans à Nancy avant de rentrer au pays en 1985. « Chez nous, on ne vit pas sans football. En France, c’est juste un sport », résume-t-il. En Lorraine, il a croisé son compatriote Carlos Curbelo à la fin des seventies : « Le foot en Uruguay a toujours été un miracle. Il n’y a pas d’argent. Le Brésil, c’est 175 millions d’habitants. Nous, trois et demi seulement… », lâche le père du gardien de l’ASNL. L’évocation de la Seleçao n’est jamais anodine dans une bouche de Charrua. On y glisse toujours une référence à ce 16 juillet 1950, lorsqu’Alcides Ghiggia crucifia toute une nation en inscrivant le but du sacre (2-1). « Trois personnes ont fait taire le Maracana : le Pape Jean-Paul II, John Lennon et moi », dira-t-il des années plus tard. Drame national au Brésil, gloire éternelle pour la Celeste, meilleure équipe de la première moitié du XXe siècle.

« Ici, on souffre et on se réjouit avec le foot »

Deux fois championne olympique (1924, 1928), l’Uruguay a également remporté sur son sol la première édition de la Coupe du monde, en 1930. 80 ans plus tard, les taxis de l’aéroport de Montevideo vous proposent toujours de passer devant le Centenario, lieu de ce premier sacre, pour débuter votre visite de la ville. Mais cet âge doré du football uruguayen (qui a compilé également 14 Copa America) est de l’histoire bien ancienne. Et la tendance n’est pas au dépoussiérage de l’armoire à trophées. Carlos Curbelo : « Avant, les meilleurs Argentins venaient au Penarol ou au Nacional, les deux grands clubs du pays. Maintenant ils vont tous en Europe », où évoluent 17 des 23 Charruas en Afrique du Sud.

La passion, elle, est toujours aussi forte. Une rue terreuse, un terrain vague, la place d’un village : partout dans le pays, on joue au football, ce sport importé par d’originaux Anglais venus aider à la construction d’un chemin de fer à la fin du XIXe siècle. « On a ça dans le sang. Ici, on souffre, on vit et on se réjouit avec le football », raconte Salo Szafran, journaliste pour la radio Tyc Sports. Le peuple se réjouit déjà de la présence de ses favoris en Afrique du Sud. Mais les attentes et la pression sont, comme d’habitude, énormes. Dans un pays malheureusement gangréné par la violence dans et autour des stades, les supporters n’ont pas tous la sagesse de Salo Szafran : « Si j'écoute mon coeur, on sera champion du monde. Si j'écoute la raison, je crois qu'on peut passer le premier tour... » Ce serait déjà une belle performance : depuis 1970, et en quatre apparitions, la Celeste n’a remporté qu’un seul match. 3,5 millions d’Uruguayens, pas un de moins, espèrent que la France sera sa deuxième victime.

Silvère Beau