RMC Sport

Des Jeux sans spectacle ?

-

- - -

Les sélections officielles pour le tournoi olympique de Pékin, privées de bon nombre de stars, vivent un sale quart d’heure. La faute notamment à l’égoïsme de certains, plus soucieux de leurs finances que préoccupés par l’intérêt sportif.

En principe, les Jeux Olympiques sont prétexte, pour tout sportif et ce quel que soit la discipline qu’il représente, de fierté, d’immense bonheur et de consécration sportive. L’ennui, c’est que tout le monde au sein du monde du sport ne l’entend pas de cette oreille. Notamment les clubs, peu désireux de laisser partir leurs gros joueurs « vagabonder » en Chine. Il y en va de l’intérêt financier de ces entités sportives et de leur bonne tenue dans les compétitions pour lesquelles elles sont déjà engagées. Quitte à dévaluer le niveau d’ensemble du tournoi olympique.

Les prochains JO, disputés du 8 au 24 août (l’épreuve de football aura lieu du 7 au 23) ne devraient pas accueillir un grand nombre de stars sur leurs terrains. Pas de Kaka, retenu au Milan AC. Pas de Drogba, une des rares stars, à l’instar de Robinho, à être interdites de JO pour cause de blessure. Pas de Diego non plus, tout simplement conservé par son club, le Werder Brême, pas du tout disposé à se séparer de son prodige brésilien alors qu’un calendrier surchargé attend le club à la reprise de la Bundesliga. Autant de stars absentes, le tout malgré les appels incessants de la Fifa à « respecter l’esprit olympique », il y a légitimement de quoi se préparer à vivre – sauf accident - une déception légitime durant le futur spectacle proposé par la compétition.

Des joueurs presque retenus en otage

Du coup, chaque jour ou presque apporte son lot de défections pour le rendez-vous chinois, qu'il s'agisse des joueurs sélectionnables (nés après le 1er janvier 1985) ou des trois jokers de plus de 23 ans autorisés par équipe. Finalement, de toutes les vedettes annoncées, seul le Brésilien Ronaldinho sera de la partie. Et encore… le Brésilien de 28 ans avait dû négocier sa présence auprès de son nouveau club, l'AC Milan, lors de son transfert en provenance du FC Barcelone, qui, lui, n'y était pas favorable.

Une formation catalane qui n’a cependant pas dit son dernier mot. En effet, Lionel Messi, qui a l’âge requis (21 ans) et l’envie de défendre ses couleurs lors du tournoi olympique, se retrouve en plein doute. Le Barça, engagé lors du 3e tour préliminaire de la Ligue des Champions, compte sur son feu follet argentin pour assurer sa qualification au sein de la plus prestigieuse des Coupes d’Europe. Pour le moment et jusqu’à ce qu’une décision soit prise, le joueur est en stage en Ecosse avec son club et, selon un porte-parole barcelonais, cette décision a été prise en accord avec « l’autorisation de la Fédération argentine ».

Quand la justice s’en mêle…

La Fifa, de son côté, semble gênée aux entournures, puisque seule une « loi coutumière » oblige les clubs à libérer les joueurs de moins de 23 ans. « Depuis 1992, la mise à disposition des joueurs de moins de 23 ans a toujours été acceptée par les clubs. Ce principe doit de nouveau s'appliquer », affirme la Fédération internationale, qui appelle les entités sportives à libérer les jokers, invoquant le principe de « solidarité ».

Du coup, des ténors comme le Barça ou le Milan AC se retranchent derrière les règlements écrits, notamment en ce qui concerne l'absence des Jeux du calendrier officiel de la Fifa. Le Werder Brême a ainsi porté plainte devant le tribunal arbitral du sport (TAS) après le refus de son meneur de jeu, Diego, de renoncer aux Jeux. Le Brésilien, né en février 1985, a quitté la ville hanséatique pour Paris, point de ralliement de la sélection auriverde. Même cas de figure concernant Rafinha, défenseur brésilien parti à Paris, et dont le club, Schalke 04, envisage d'aller porter l’affaire devant le TAS. D'autres clubs allemands ont refusé de libérer des joueurs confirmés, comme le Bayern Munich (l'Argentin Demichelis et le Brésilien Lucio), le Hertha Berlin (le Serbe Marko Pantelic) ou Hambourg (le Belge Vincent Kompany).

La Fifa en appelle à la solidarité

Dans ce vaste micmac médiatique et juridique, les clubs ont reçu le soutien du président de la Ligue allemande (DFL), Holger Hieronymus, selon lequel « il n'y a pas d'obligation de mettre à disposition les joueurs », ajoutant : « Nous n'avons malheureusement eu aucune réponse valable de la Fifa à nos diverses demandes formulées depuis mai ». « On ne fait pas de spéculation », répond la Fifa quand on l'interroge sur les possibles suites juridiques de ces controverses entre clubs et sélections. La tension était également palpable entre le Real Madrid et la Confédération brésilienne (CBF), celle-ci se plaignant que la formation espagnole ait attendu le dernier moment pour refuser de libérer Robinho, dont une blessure au pubis a été diagnostiquée lundi.

« Le club pense que c'est mieux que je fasse une bonne pré-saison », a depuis commenté le joueur de 24 ans. Le Real a cependant donné son feu vert aux Argentins Gago et Ezequiel Garay, ainsi qu'au Brésilien Marcelo. De même, l'Atletico Madrid laissera son joyau Sergio Agüero gagner la Chine. L'Argentin de 20 ans, surnommé « El Kun », pourrait bien être la grande vedette du tournoi. La seule également, puisque l’état de forme physique de Ronaldinho, absent des terrains en fin de saison avec le Barça, laisse à désirer. Dans cette vaste lutte de pouvoir motivée par l’argent, il apparaît évident que les JO, symbole ultime de la pratique du sport de haut niveau, n’en sortent pas grandis.

La rédaction - Alix Dulac