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Emil Kostadinov : "J'ai aidé le football français"

Il a été le bourreau de l'équipe de France le 17 novembre 1993 en inscrivant le but qui priva les Bleus de la coupe du monde 1994 aux Etats-Unis. 23 ans après, à deux jours de France-Bulgarie, Emil Kostadinov se confie au micro de RMC Sport.

Qui est Emil Kostadinov aujourd’hui ?

Je travaille maintenant à la Fédération Bulgare de Football. Je suis membre du comité exécutif. J’ai aussi un rôle de directeur technique auprès des jeunes joueurs.

Vous vous souvenez précisément de cette rencontre ?

J’espère qu’on a gardé un bon souvenir de moi en France. Dans ma tête, je me souviens précisément de tout ce match, des buts. Surtout parce que ce match nous avait permis de partir à la Coupe du Monde 1994 aux Etats-Unis où nous avons réalisé un grand parcours.

Dans quel état d’esprit étiez-vous en arrivant à Paris ?

On savait qu’une victoire nous permettait d’avoir notre billet pour les Etats-Unis. On étaient vraiment très motivés.

Vous vous souvenez de l’ambiance au Parc des Princes ?

Je me souviens qu’il n’y avait pas un bruit après mon deuxième but. On était au Parc des Princes mais on entendait seulement les cris de nos supporters à ce moment-là.

Racontez-nous votre deuxième but ….

Nous avons profité d’un moment de méforme de l’Equipe de France. Nous sommes partis en contre-attaque et on a marqué ce but.

Comment vous aviez trouvé les joueurs français ce soir ?

Après mon égalisation, on a senti qu’ils étaient tout à coup très nerveux. Ils avaient déjà connu la défaite contre Israël. On a senti que c’était notre chance de gagner. On les avait déjà battu à Sofia donc nous étions confiants sur notre force.

Cette frappe sur le deuxième but … Vous pouviez la tenter 100 fois à l’entraînement … Elle ne serait pas rentrée

C’est la magie du football. Parfois, il arrive un moment comme ça un peu phénoménal. C’est pour cela qu’il y a tant de personne qui aime le football. C’était incroyable à vivre pour nous.

L’ambiance dans le vestiaire bulgare après le match ?

C’était vraiment un moment incroyable pour nous. Nous avions vraiment une très bonne équipe à cette époque. On a fêté ça. Ce sont des souvenirs inoubliables.

Votre retour en Bulgarie après ce match ?

A l’époque, je jouais à Porto. J’étais rentré au Portugal juste après ce match donc je n’avais pas pu mesurer l’engouement que cela a suscité en Bulgarie.

Ce match a changé votre vie d’une certaine façon ?

C’était la première fois que je me qualifiais pour la Coupe du Monde ! En plus j’avais marqué ces deux buts de la qualification donc, oui, c’était un grand moment pour moi. Ça a changé ma carrière de footballeur oui.

Vous êtes conscient du traumatisme que cela a créé en France ?

Je pense que j’ai un peu aidé le football français. Après mon but et cette élimination, la France est devenu championne du monde et championne d’Europe ! La fédération française a dû réfléchir à une autre stratégie après ce France Bulgarie. Les changements qui ont été faits, à cause de ce match, ont apporté les succès d’après.

Est-ce que vous avez reparlé de ce match avec des joueurs français qui étaient sur la pelouse à l’époque ?

Je n’ai parlé avec aucun Français au coup de sifflet final. Mais je me rappelle avoir reparlé avec Jean-Pierre Papin lorsque nous étions tous les deux au Bayern Munich. On a parlé de ce match pendant plusieurs heures. Jean-Pierre était toujours un peu nerveux ! Il n’arrivait toujours pas à parler tranquillement de ce match et du résultat.

Si ce match a changé votre vie … il a aussi changé la vie de David Ginola en France. Vous êtes conscient de cela ?

Le sélectionneur n’avait pas le droit d’accuser David Ginola sur ce match. Ginola était un très grand joueur. Je pense qu’il aurait encore pu aider l’équipe nationale. Cette défaite, ce n’était pas la faute de Ginola. Pour moi, le responsable était l’entraîneur Gérard Houllier qui a demandé à ses joueurs de continuer d’attaquer.

Est-il vrai que vous n’auriez jamais dû participer à ce match à cause d’un problème de visa ?

C’est vrai. Je n’avais pas reçu mon visa au Portugal où je jouais à l’époque. Nous nous sommes donc rendus en Allemagne et on a passé la frontière française en voiture ! Evidemment qu’on s’est demandé si on allait jouer le match. Je suis arrivé un jour après l’équipe de Bulgarie. Il y avait un entraînement au Parc des Princes. Je ne suis arrivé à Paris que la veille du match ! Quelqu’un de la police bulgare, très gentil, m’a ensuite donné un visa.

Vous avez joué au Portugal, en Espagne, en Allemagne … Vous auriez pu jouer en France ?

Je regrette mais je n’ai jamais eu de contact avec des clubs français. Je ne pense pas que l’on me détestait en France.

La Bulgarie termine 4ème de la Coupe du Monde 94 … C’était la plus grande génération du foot bulgare … Vous auriez pu gagner ce Mondial ?

On a eu notre chance en demi-finale contre l’Italie. Si on avait pu se qualifier pour la finale, tout aurait pu arriver.

Votre regard sur le niveau de la Bulgarie aujourd’hui … Elle peut tenir tête à la France comme en 93 ?

Il y a une grande différence entre la France et la Bulgarie. Nous avons 3 ou 4 joueurs de bon niveau. Mais pour tenir tête à une équipe comme les Bleus, il faut avoir 11 joueurs de grand niveau. Ce sera difficile pour la Bulgarie. Le groupe de qualification est très dur.

Vous serez à Paris pour le match ?

Je ne serai pas là parce que les U20 Bulgares joueront un match important contre le Danemark. Si nous gagnons nous nous qualifierons pour le championnat d’Europe.

Vous êtes retournés à Paris depuis ?

J’ai joué la Coupe du monde 98 bien sûr. Mais j’entretiens toujours un rapport particulier avec le Parc des Princes.

Dernière question : cela vous a surpris qu’on demande à vous voir plus de 20 ans après pour parler de ce match … Encore ?

Non je ne suis pas vraiment étonné. Vous savez ici en Bulgarie, chaque année, je donne encore des interviews pour reparler de ce match !

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Georges Quirino et Vincent Delzescaux