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Entraîneur, un métier à risques ?

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Le récent malaise de Gérard Houllier à Aston Villa vient rappeler à quel point le poste d’entraîneur n’a rien d’une sinécure. En Ligue 1, certains coaches ont pris leurs précautions.

Frédéric Antonetti ne fera pas d’impasse. Avec ce qu’il nomme lui-même ses « antécédents », l’entraîneur du Stade Rennais doit faire contrôler son cœur chaque saison. Mais ces deux dernières années, il avait laissé couler… avant d’appeler son « cardio » en urgence, il y a quelques jours, pour programmer un rendez-vous. Entre-temps, le nouveau malaise cardiaque – apparemment sans conséquences – de Gérard Houllier est passé par là.

« Notre métier, il faut le vivre pour le comprendre, explique le technicien corse C’est des nuits blanches, beaucoup de stress… On récupère moins. Du 1er juillet au 30 mai, on est tout le temps dedans. Avant Lorient (1-2), je n’ai pas dormi. Les deux nuits qui ont suivi non plus… » Des nuits perdues qui pèsent quand, à l’instar d’Antonetti, on entraîne au plus haut niveau depuis plus de vingt ans. Et ce n’est sans doute pas un hasard si Guy Roux, 40 saisons au compteur, a été opéré en 2001 d’un double pontage coronarien. « Entraîneur, ce n’est pas facile psychologiquement et physiquement, explique Rolland Courbis. Ce métier, tu le vis à fond. Il y a beaucoup d’émotion, de stress. On vieillit avant l’heure. Et quand on dépasse la soixantaine, comme Gérard Houllier, on récupère moins facilement. »

Tigana : « Il faut éliminer le stress »

Depuis ses débuts d’entraîneur en 1986, l’ancien coach de Bordeaux, Marseille ou Montpellier n’a jamais connu de pépins physiques. Mais il a bien conscience que s’il retrouvait une place sur le banc, il ne serait à l’abri de rien. « Tout dépend de la morphologie, de la solidité, des gènes, explique-t-il. On ne peut pas généraliser. Et puis, Gérard a subi des contrariétés pendant la Coupe du monde au sujet de Domenech. »

Pour prévenir ces risques, certains choisissent de s’entretenir physiquement. C’est le cas, par exemple, de Claude Puel, capable de faire jeu égal avec certains de ses joueurs lors du traditionnel stage d’avant-saison de l’OL à Tignes. « C’est un poste assez exposé, avoue-t-il. Quand on est entraîneur, on vit ça de l’intérieur. Personne n’est à l’abri d’un accident ou d’un incident. »

Jean Tigana, de retour à Bordeaux après trois ans sans club, estime lui aussi qu’il est important de « se dépenser, de faire des footings ou du vélo pour éliminer tout le stress. » Mais « lors de la prochaine trêve », il ira quand même voir son cardiologue. Pour lui non plus, il n’y aura pas d’impasse.