RMC Sport

Blanc : « Ribéry se met trop de pression »

Laurent Blanc

Laurent Blanc - -

Invité exceptionnel ce mercredi de Luis Attaque, Laurent Blanc est longuement revenu sur sa première année intégrale à la tête de l’équipe de France. Deuxième volet de cet entretien fleuve : les joueurs.

Si vous évoquez Diaby de la sorte, c’est que vous l’adorez…

Il n’y a pas que moi qui l’adore ! Dès qu’il est apte à jouer, Arsène Wenger l’aligne d’entrée. C’est un joueur qui physiquement est costaud, qui se transforme et qui percute vite devant. Il est capable d’aller chercher des ballons, de construire et de se retrouver à la finition.

On tient donc là un des 23 Français qui participera à l’Euro ?

Pour l’instant, il est blessé.

Les joueurs qui composent l’équipe de France aujourd’hui ont-ils le niveau international ?

Ce sont des jeunes joueurs. Alors oui, on nous dit qu’ils font des performances dans leurs clubs et qu’ils mériteraient d’avoir leur chance en sélection. Mais le problème, c’est qu’entre mériter d’avoir sa chance et avoir le niveau international, il y a un certain temps. Certains joueurs sont encore inexpérimentés et tendres comme Marvin Martin, Maxime Gonalons.

A la veille du match contre la Belgique, vous avez remis la pression sur Franck Ribéry et Florent Malouda…

On dit toujours qu’il faut faire un choix à gauche entre Franck Ribéry et Florent Malouda. Si l’un des deux est performant, le choix s’imposera. Mais si les deux ne sont pas performants, ce sera peut-être un autre qui jouera à leur place. Samir Nasri peut très bien jouer à gauche. Il l’a fait à Arsenal.

Peuvent-ils faire mieux que ce qu’ils montrent aujourd’hui ?

Je pense qu’ils sont capables de faire mieux. Pourquoi ne le font-ils pas ? J’aimerais connaître la raison. Je crois qu’ils en ont vraiment envie, mais ils n’arrivent pas à l’appliquer sur le terrain. Selon moi, Franck se met trop de pression. Il a envie de bien faire mais à l’arrivée, il déjoue et surjoue alors qu’au Bayern, il joue beaucoup plus libéré.

Et Malouda ?

Florent a fait un excellent début de saison avec Chelsea. Depuis, il a du mal. Ce poste ne leur est pas réservé. Certes, s’ils sont performants, ils postuleront. Mais ils ne sont pas à l’abri d’un joueur qui éclate.

Dans votre esprit, Karim Benzema est-il le numéro un en attaque ?

A l’heure actuelle, le meilleur, c’est lui. Il reste un joueur important de l’équipe de France. On le voit dans la semaine. C’est un joueur qui a des appuis exceptionnels. Il peut, à mon avis, devenir un grand joueur. Et puis, regardez les stats. Il ne suffit pas de marquer des buts en club. Marquer en équipe de France, c’est un autre niveau.

Pour beaucoup, certains joueurs vous ont manqué de respect, en revendiquant ouvertement leurs préférences en sélection…

Vous savez, le football n’est que le reflet de la société. Les jeunes d’aujourd’hui, ce sont exactement ceux que l’on retrouve dans la rue. Ils ne respectent plus les valeurs qui étaient les nôtres il y a quinze ou vingt ans. Vous ne les gérez plus de la même façon qu’avant. Il faut leur inculquer la rigueur. On ne peut pas passer, d’un coup, à tout accepter, à tout refuser. Vous ne pouvez pas refuser un dialogue avec votre joueur. Ribéry ne m’a pas dit : « Coach, je veux jouer à gauche. Et si je ne joue pas à gauche, je ne joue pas ». Il m’a dit que « la zone de jeu dans laquelle je préfère jouer, c’est à gauche ». Et il a raison. Où joue-t-il avec le Bayern Munich ? A gauche.

Selon vous, Patrice Evra affiche-t-il un comportement hautain ?

J’ai eu une grande discussion avec Evra. Je l’ai recadré. Je lui ai demandé à quoi il jouait. Je lui ai dit d’arrêter de jouer un personnage et d’être lui-même. 

Cela peut-il peser dans vos choix en vue de l’Euro ?

L’état d’esprit est important dans une équipe. Del Bosque me le disait à juste titre. Ce n’est pas forcément le meilleur groupe qui est champion à la fin. Mais celui qui s’entend bien durant 45 ou 90 minutes. Si vous avez des éléments perturbateurs dans votre groupe, cela ajoute de la difficulté.

Avez-vous choisi votre capitaine ?

Mon futur capitaine… Hugo Lloris fera sûrement partie des trois joueurs importants de l’équipe de France.

Et Philippe Mexès, n’est-il pas le candidat le plus crédible ?

S’il revient à son meilleur niveau, oui. 

Eric Abidal a décliné cette responsabilité. Sa décision vous a-t-elle agacé ?

Je trouve que c’est honnête. Il y a des gens qui vont vous dire qu’ils acceptent la fonction. Il faut surtout en être capable. Eric en aurait toutes les qualités. Il a beaucoup d ‘expérience, il est respecté du groupe. Mais lui, personnellement, il n’est pas convaincu que cette fonction-là soit faite pour lui.

Comptez-vous encore sur un joueur comme Gourcuff ?

J’ai toujours cru à ce joueur. Ce sont les médias qui n’y croyaient plus à un moment. Qu’il ait eu une baisse de niveau, on est tous d’accord pour l’admettre. C’est un garçon fragile comme beaucoup de joueurs de 23 ans. Certains ont du mal à franchir ce palier. Il revient bien mais pas encore au niveau où je l’ai connu. Est-ce qu’il le retrouvera ? Je l’espère pour lui.

Et Lassana Diarra ?

C’est quelqu’un qu’on surveille. Mais j’aimerais qu’il joue plus. N’oublions pas qu’il sort d’une période délicate avec le Real Madrid, qui l’avait même interdit de s’entraîner avec le groupe. Aujourd’hui, ça va mieux. Mais quand je vois que le Real cherche un milieu défensif… S’il veut s’imposer à Madrid, c’est bien mais il faut qu’il ait du temps de jeu. Pour ne rien vous cacher, on doit aller voir jouer le Real Madrid très prochainement.

Envisagez-vous, vous aussi, de procéder à une liste élargie en vue de l’Euro ?

Si les autres sélectionneurs l’ont fait, c’est pour une bonne raison. Je n’ai pas de nouveautés à ce niveau-là.

Quitte à vivre un crève-cœur en vous coupant de 7 éléments ?

Même un, ce sera un crève-cœur.

RMC Sport