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Buffet/Lamour : « On s’est trompé de diagnostic »

Jean-François Lamour et Marie-George Buffet

Jean-François Lamour et Marie-George Buffet - -

Le triste visage affiché par les Bleus lors de leur tournée sud-américaine (défaites contre l’Uruguay et le Brésil) inquiète à un an de la Coupe du monde. Interrogés par RMC Sport, les anciens ministres des Sports, Marie-George Buffet et Jean-François Lamour, estiment que le football français n’a pas su apporter les bonnes réponses après le fiasco du Mondial 2010 en Afrique du Sud.

Le football français va-t-il dans le mur ?

Marie-George Buffet (ministre des Sports entre 1997 et 2002) : « Le football français est fragilisé. Hormis Monaco et le PSG, beaucoup de clubs de Ligue 1 sont dans une situation financière extrêmement fragile. Cette course aux transferts et aux salaires n’arrête pas d’alourdir leur masse salariale, au détriment des investissements, notamment en matière de formation. Si l’UEFA et Michel Platini se sont lancés dans le fair-play financier, c’est parce qu’ils sentent bien qu’il est urgent de réguler l’argent dans le football. »

Jean-François Lamour (ministre des Sports de 2004 à 2007) : « Le football français est confronté à cette difficulté d’être dans une concurrence "loyale" avec d’autres pays. On connait les règles et il y a une fiscalité déconcertante, en particulier avec cette taxe à 75%, qui n’a pas vraiment de réalité sur le sol français. Le gouvernement est visiblement content de taper sur les footballeurs. Si c’est pour qu’ils partent et qu’ils ne paient plus rien en France, on va voir le résultat. La concurrence va être exacerbée au travers de cette différence. Les clubs manquent également d’infrastructures de qualité. L’Euro 2016 en France va en partie résoudre ce problème, mais pas totalement car il y a encore un rapport compliqué avec les collectivités et les citoyens. Il faut accompagner nos clubs vers plus de modernité. »

Une non-qualification des Bleus pour le Mondial écornerait-il l’image de la France ?

Marie-George Buffet : « Que l’équipe de France ne soit pas qualifiée, ce serait la règle sportive. On peut regretter tel ou tel choix de sélection mais j’ai l’impression que l’entraîneur essaie de rajeunir son équipe et a fait des essais lors cette tournée sud-américaine. Il travaille et prépare la Coupe du monde. On a le droit à l’échec sportif ou la méforme mais, à l’approche du Mondial, les joueurs doivent avoir le bon comportement et le bon rapport au maillot. Ils doivent êtes conscients de l’image qu’ils renvoient auprès des jeunes. »

Jean-François Lamour : « On était très heureux de voir l’équipe de France réussir en 1998. Pendant quelques semaines, il y a eu un élan et un sourire, même de gens qui ne s’intéressaient pas du tout au foot. Mais il faut mettre les choses à leur juste niveau. Ce n’est pas ça qui va inverser la courbe du chômage ou permettre à des investisseurs de revenir en France. Il y a des choses plus graves et qui n’ont rien à voir avec le football. Que ça concourt à un état d’esprit et à une dynamique, pourquoi pas, mais c’est vraiment à la marge. »

A-t-on tiré les enseignements de Knysna ?

Marie-George Buffet : « On s’est complètement trompé de diagnostic après cette Coupe du monde en Afrique du Sud. On a dit que la responsabilité de tout ça était que la Fédération française de football est dirigée par des bénévoles et qu’il faut mettre des professionnels. Ce n’est pas du tout le problème ! Le problème, c’est le football professionnel lui-même. Tous ces jeunes présents en équipe de France sont issus de clubs français, anglais ou italiens. Or, ils sont très tôt plongés dans un monde d’argent, avec des agents, ce qui les infantilise. Et ça devient difficile de gérer leur attitude et leur rapport au maillot de l’équipe de France. Il faut repenser le football professionnel au niveau des clubs.

Jean-François Lamour : « Qu’on ait fait une commission d’enquête parlementaire en 2010, je trouve ça franchement déplacé. Ça n’avait aucun intérêt et je ne vois pas ce qu’en a retiré l’équipe de France de football. A mon avis, pas grand-chose. C’est un problème qui concerne la Fédération, le groupe et peut-être les supporters. Est-ce qu’il y a eu une évolution ? Il y a sans doute encore un malaise et un manque de leadership dans cette équipe. J’ai le sentiment que c’est encore du chacun pour soi et c’est le grand défi de Didier Deschamps. »

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Propos recueillis par Julien Richard